« La meilleure d’entre nous » Sarah VAUGHAN

vaughan la meilleure d'entre nousKathleen Eaden est une pâtissière hors pair. Dans les années 60, en Angleterre, son livre L’Art de la pâtisserie, remporte un énorme succès. Dès lors les femmes anglaises se le transmettent de génération en génération, un peu comme le célèbre J’élève mon enfant de Laurence Pernoud en France, mais dans un autre domaine, vous l’aurez bien compris ! Mais pas tellement que cela finalement, puisque Kathleen, tout en confiant ses recettes, distille également quelques conseils bien sentis concernant les enfants et par là même fini par définir ce qu’est une bonne mère. Or une bonne mère, pour Kathleen est une femme qui sait nourrir ses enfants et sa famille. Angleterre de nos jours : Vicki, Claire, Karen, Jenny et Mike (père divorcé), fans de Kathleen (l’une a même récupéré l’exemplaire de sa mère), sont sélectionnés pour un concours culinaire. Le gagnant sera la nouvelle figure de la chaîne d’épicerie fine Eaden, fondée par le mari de Kathleen. Pendant plusieurs mois, les participants vont devoir réaliser les meilleures recettes de Kathleen et seront départagés. Tous vouent un véritable culte à Kathleen et tous veulent lui ressembler. Mais qui se cache véritablement sous le masque de la femme parfaite qu’est Kathleen et quelle influence aura ce concours sur les participants ?

Ce premier roman est une vraie pépite. La preuve : j’ai lu ses presque 500 pages en une semaine. Je n’avais qu’une envie, une fois rentrée chez moi, me replonger dans l’univers gourmands de ce roman. Sarah Vaughan parvient à nous donner l’eau à la bouche, nous fait sentir les odeurs de caramel, de chocolat, nous fait saliver en décrivant les tartes au citron meringuées, les pains chauds, les génoises victoriennes et j’en passe. Mais, dans cet univers sucré, sous l’égide de la femme parfaite que paraît être Kathleen, les participantes vont dévoiler leur vie, leurs failles.

Et c’est là que le roman prend véritablement toute son ampleur. Car la bonne idée de ce roman est de mêler la vie des participants idéalisant Kathleen et la vie de Kathleen dans les années 60. Le lecteur suit le concours et lit, en parallèle, le récit de l’écriture du livre de cuisine que Kathleen rédige dans les années 60. Chaque début de chapitre révèle un extrait de son livre où transparaît l’image d’une femme accomplie, qui s’épanouit dans la confection de gâteaux et mets en tout genre et ravit toute sa famille. Mais la réalité est bien différente.

Alors que les participants qui ne se sentent pas à la hauteur , voire pas à leur place dans ce concours, se révèlent, l’image de Kathleen se fendille. Chaque participant a son destin allant de Jenny qui s’est toujours consacrée à sa famille et qui, au fil des ans, a vu son tour de taille s’élargir, en passant pas Claire, mère célibataire qui, avec son salaire de caissière tente de donner une belle enfance à sa fille, ou encore Karen, femme séductrice et sexy mais cassante et froide, en passant par Vicki qui a abandonné son métier d’instit pour se consacrer à l’éducation de son fils. Chacun est loin de la perfection et manque de confiance en soi. Mike est sans doute le personnage qui a le moins d’ampleur, mais il sert de révélateur et c’est sans doute son intérêt dans le roman.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman et ces portraits de femmes engluées dans un rôle social qu’elles essaient, contre vents et marées, d’endosser en s’oubliant elles-mêmes. Ce concours va être pour elles l’occasion de se redécouvrir, de s’émanciper alors même qu’elles tentent de ressembler au modèle stéréotypée de la bonne mère de famille. De même, Kathleen, enfermée dans sa perfection, devient, au fil des pages, de plus en plus humaine.

Sarah Vaughan, dans un roman sucré, livre un roman d’un féminisme moderne alors même qu’on pourrait penser de prime abord qu’elle tombe dans les clichés féminins : la pâtisserie, les enfants… Mais elle a l’intelligence de ne jamais sombrer dans la simplicité. Bien au contraire La meilleure d’entre nous est roman intelligent qui donne à réfléchir sur ses propres choix, sur la place et le rôle de la femme au sein de la famille. Vicki, Claire, Karen, Jenny sont des femmes d’aujourd’hui et si elles peuvent paraître émancipées par rapport aux femmes des années soixante, Sarah Vaughan montre bien que l’émancipation féminine n’est pas si simple et que la pression sociétale reste forte.

Ce qui m’a aussi fait aimer ce roman est le rapport aux enfants. Difficile d’évoquer ce pan du roman sans vous dévoiler des éléments importants de l’intrigue. Mais il y a, dans ces pages, toute une réflexion sur les rapports mère/enfant, sur le désir d’enfant, sur les difficultés de la maternité et de l’éducation, sur la patience immense, le sentiment de ne jamais faire comme il faut, bref sur la culpabilité des mères à laquelle on ne peut échapper.

Vous l’aurez aisément compris – si vous êtes parvenu au bout de ce billet – que ce roman est un vrai coup de cœur que je vous recommande chaudement.

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16 Commentaires

  1. Je ne connaissais pas du tout mais tu m’as convaincue, je l’ajoute à ma whish liste !

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  2. Cette gourmandise ne va pas me résister très longtemps.

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  3. Ton billet donne envie de découvrir ce roman, par contre l’idée de mêler l’histoire d’aujourd’hui à celle de l’auteur du livre de cuisine n’est pas novateur, c’est aussi le procédé utilisé dans Julie et Julia.

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  4. Décidément, on dirait que Préludes commence avec de très bons textes !

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  5. Je comprends bien et du coup je l’ai noté 3 fois ! Keisha, Albertine et toi.

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  6. Oui, et tu m’as parfaitement convaincue. je suis absolument impatiente de le lire.

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  7. J’ai craqué à la librairie Mollat après avoir lu ton billet ! J’ai hâte de le commencer 🙂

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  8. Je suis aussi très tentée. Merci pour le billet.

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  9. Mimi

     /  juin 9, 2015

    Il me tente énormément …
    Fait-il partie de ces romans « chorale » que l’on aime ?
    Parmi tout ce que je lis sur la blogosphère, et notamment sur le thème de la pâtisserie, il me fait penser à « Refaire le monde » de Julia Glass …
    Un article dans « Pages des Libraires » a fini de me convaincre qu’il fallait que je le lise.

    Réponse

à vous....

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