« Les Lettres » Edith WHARTON (nouvelle)

wharton lettresSyl. a initié une semaine autour de l’amour et de la Saint-Valentin, belle occasion de lire un roman ou tout autre ouvrage parlant d’amouuuuuur ! J’ai fouillé dans ma PAL et ai déniché une longue nouvelle d’Edith Wharton qui me semblait parfaitement correspondre (c’est le cas de le dire) à la consigne ! Je l’ai lue savourant la tiédeur de la couette et le doux soleil de ce dimanche matin.

Lizzie West est une jeune femme peu fortunée engagée comme préceptrice chez Mr Vincent Deering, peintre ayant eu un certain succès mais retombé depuis dans l’oubli. La jeune femme dispense son enseignement à sa fille, Juliette, mais pour Lizzie ce métier n’est pas une vocation et sa jeune élève n’est pas très attentive. Mrs Deering passe ses journées enfermée dans sa chambre et le jeune femme n’a pour seul interlocuteur que Mr Deering. Désespérée par la vacuité de son enseignement, Lizzie lui confie son impression d’échec. Cet entretien tant redouté ne se déroulera pas comme prévu.

Dans cette nouvelle d’une centaine de pages, Edith Wharton ne nous livre pas un roman épistolaire contredisant ainsi le titre. Aucune lettre ne sera même donnée à lire, pourtant les lettres, celles que Lizzie enverra à Vincent, sont au centre de toute cette histoire, elles en sont le révélateur. Vincent et Lizzie vivront une idylle pure et prometteuse. Mais la mort de Mrs Deering obligera Vincent à se rendre aux Etats-Unis pour régler l’héritage de sa femme. Durant cette absence une brève correspondance s’engage, mais bientôt Vincent ne donne plus de nouvelles et Lizzie doit se résoudre : il l’a oubliée.

Quand, quelques années plus tard, Vincent resurgit, la situation de Lizzie a changé, et l’idylle reprend.

Edith Wharton place son lecteur du côté de son héroïne  : ses sentiments, ses espoirs puis ses regrets sont offerts au lecteur. Lizzie nous apparaît dans toute l’espérance de la jeunesse, à la fois métamorphosée par cet amour et incrédule n’osant imaginer qu’un tel homme puisse s’intéresser à elle. Deering est montré à travers les yeux de Lizzie, insaisissable, trouble, sensible, mais le texte laisse quelques indices au lecteur averti et petit à petit il comprend, car moins naïf que Lizzie, que Vincent n’est pas celui qu’on pense.

Il y a quelque chose de Jane Eyre dans ce personnage féminin, mais Edith Wharton, contrairement à Charlotte Brontë, ne fait pas triompher l’amour et montre au contraire l’hypocrisie d’une société : Lizzie finit par tout accepter pour ne pas se retrouver seule et Vincent, homme paresseux, sans envergure, se révèle vain et loin de l’amoureux sensible du début. Ce qui paraissait un amour sincère se révèle une vaste comédie où chacun choisit de se voiler la face. Une fois de plus Edith Wharton lève le voile sur une société hypocrite où chacun se sert de l’autre pour exister.

Lizzie fait le choix de rester malgré tout et l’image de Mrs Deering enfermée dans sa chambre peut alors être programmatique : n’a-t-elle pas finalement vécu la même déception que Lizzie et celle-ci ne finira-t-elle pas comme feu Mrs Deering au bout de plusieurs années de mariage ?

S’il est bien question d’amour dans cette nouvelle, la fin laisse un goût un peu amer sur le couple. Dans cette société du début du XXe siècle où les grandes fortunes s’écroulent et où les femmes n’ont pas encore toute liberté, le mariage d’intérêt reste toujours d’actualité, permettant le standing de l’homme et la sécurité de la femme.

Nouvelle lue dans le cadre de la Semaine de la Saint-ValentinChallenge Amoureux Saison 5 (cat. Amours classiques) et du Plan Orsec 2015.

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8 Commentaires

  1. Un amour dangereux… Il me semble satanique ce Vincent. Je note ce petit livre. J’aime le tableau de cette époque.
    Merci !

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  2. Cette collection recèle décidément de belles pépites !

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  3. Je vais chez Cultura demain… s’il est en rayon je l’achète ☺

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  4. Oui, et je ne pense pas que ce soit complètement hors sujet aujourd’hui. La peur de la solitude provoque encore ce genre d’association malheureuse.

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  5. estellecalim

     /  février 23, 2015

    Je le note aussi, et j’aime bien l’auteur.

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  6. Ah Edith Wharton, quel regard sur les moeurs ! Je note celui-ci même si j’en ai d’autres à lire de l’auteur avant 🙂 à bientôt George !

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  7. J’aime beaucoup Edith Wharton. Je n’ai pas lu cette nouvelle. Merci de me la signaler. Bonne journée.

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  8. Voilà qui semble bien amer… Sans être fan de Wharton, j’apprécie son regard sans concession sur les hommes.

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à vous....

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