« La Place Royale » Corneille, mise en scène de François Rancillac – La Cartoucherie

la place royaleUn des avantages du niveau attentat élevé et de l’interdiction de déplacer des élèves sur l’Île de France, est qu’une de mes collègues, qui avait réservé pour une de ses classes de seconde, s’est retrouvé avec des places à bas prix (tarif de groupe, youpiii !) pour la représentation de La Place royale  de Corneille dans un des théâtres de La Cartoucherie, L’Aquarium. Aussi, hier soir, accompagnée de quatre collègues, j’ai eu le plaisir d’assister à une très belle représentation.

L’étrangeté des études littéraires fait que je n’ai jamais étudié Corneille, si ce n’est quelques extraits du Cid (Rodrigue as-tu du cœur ?), alors même que j’ai dû étudier au moins deux fois Phèdre, sans parler de Bérénice ou de Mithridate de Racine Je ne connaissais donc pas du tout cette pièce.

L’intrigue est à la fois simple et compliquée : Alidor aime Angélique et Angélique aime Alidor, tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, sauf qu’Alidor étouffe sous l’amour exclusif d’Angélique. Il ne peut supporter l’idée de se marier et ainsi de perdre sa chère liberté. Comment se libérer d’une femme que l’on aime et qui nous aime ? Il va donc tout faire pour apparaître odieux aux yeux que celle qu’il aime : trahisons inventées, enlèvement manqué… Angélique va subir les pires affronts qui la feront osciller entre désespoir et espoir. Mais la liberté d’Alidor lui sera octroyée par une solution qu’il n’avait pas imaginée.

L’originalité de cette pièce qui se présente comme une comédie, est que l’obstacle ne tient pas au manque d’amour ou aux difficultés que les amants peuvent rencontrer pour se marier, mais précisément à l’amour lui-même. Les deux amants s’aiment et rien n’empêche a priori leur union alors même que dans les comédies les amants, traditionnellement luttent pour que leur union se réalise. Là, point du tout, l’obstacle vient de l’amant lui-même et l’amour lui-même est mis en cause : il n’est pas bon de trop aimer, de se donner cœur et âme à un être, de s’oublier et d’enchaîner un autre être à son amour. Lysis d’ailleurs, l’amie d’Angélique l’a bien compris : elle prône l’amour libre, multiplie les amants, ne s’attache à aucun. Elle tente bien de convaincre Angélique d’être moins tout entière attachée à sa proie (ah non ça c’est de Racine !).

On peut réellement s’interroger dans quelle mesure cette pièce est bien une comédie, tant le drame que subit Angélique est grand et tant Alidor est cruel. Corneille lui-même écrit à propos de sa pièce : « Le caractère d’Angélique sort de la bienséance, en ce qu’elle est trop amoureuse ». Tout est là, comme je le disais plus haut : aimer oui, mais ne pas aimer trop ! Alidor quant à lui lutte entre son amour pour Angélique et sa volonté de liberté.

Le deux finalement seront punis. Car faut-il renoncer à l’amour sincère ou renoncer à sa liberté ? Le dilemme cornélien est bien là !

Il y a dans cette pièce écrite un an avant Médée (que j’ai lue dernièrement, il faut bien combler ses lacuneset trois ans avant Le Cid  des alexandrins qui sonnent comme des répétitions à ses deux tragédies. La tirade de Médée blâmant la trahison de Jason a des accents de celle d’Angélique. Et quand les personnages s’exclament As-tu du cœur ?, comment ne pas reconnaître là la célèbre réplique du Cid ?

La mise en scène moderne de François Rancillac et la prestation des acteurs rendent un bel hommage à cette pièce. Les alexandrins coulent tout seul, les diérèses multiples sonnent justes et les intonations rendent vivants et modernes les vers de Corneille.

Un beau spectacle.

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4 Commentaires

  1. Que j’aurais aimé le voir! le sujet est très actuel, cette peur de s’engager d’Alidor, ce désir de liberté sexuelle de Lysis. Je ne connais pas cette pièce de Corneille même si quand j’étais élève l’on étudiait Corneille (mais les tragédies, ses comédies devaient être considérées comme inférieures!), Racine et Molière de la sixième à la terminale et ceci dans toute la France. Si bien que tous ceux qui faisaient des études (mais beaucoup d’élèves s’arrêtaient avant) avaient le même patrimoine culturel. Cela créait des liens certains quand tous les potaches de France faisaient les mêmes blagues vaseuses sur le Cid et sur les Horaces!

    Réponse
    • On étudie les comédies de Molière, les tragédies de Racine ou de Corneille. Les auteurs sont encore trop rangés par genre ! Pourtant j’aime beaucoup « L’illusion comique » de Corneille. Et puis on étudie toujours les mêmes œuvres, certaines œuvres sont rabâchées d’autres ne sont jamais abordées c’est dommage !

      Réponse
  2. bookworm

     /  février 3, 2015

    Je ne connais pas cette pièce. Mais le théâtre de l’Aquarium, j’en garde un bon souvenir…

    Réponse

à vous....

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