« Le Lys dans la Vallée » Honoré de BALZAC

Balzac le lysRevenir à Balzac, c’est revenir au coeur de la littérature. Je me souviens encore très bien du tout premier Balzac que j’avais choisi de lire : Beatrix (relu d’ailleurs depuis). Pourquoi celui-ci alors qu’il ne fait pas, a priori, partie des romans les plus connus ? Tout simplement parce que ce prénom est, aux lettres finales près, celui de mon amie d’enfance. Il s’est avéré que ce roman avait quelque chose de prémonitoire puisque l’un des personnages, Félicité Des Touches, est inspirée de George Sand, herself ! Tout cela pour vous dire que lire Balzac est pour moi un retour aux sources.

Le Lys dans la vallée fait partie des romans clefs de la Comédie Humaine. Paru en 1836, il participe du romantisme et annonce déjà le réalisme. Roman d’éducation, il est fondamentalement romantique : amour impossible et platonique, confession du jeune Félix de Vandenesse, et en même temps annonciateur du réalisme dans sa description de la société de province (région natale de Balzac, la Touraine).

Félix de Vandenesse, jeune homme noble, mal aimé par sa mère, tombe sous le charme de l’épaule blanche d’Henriette/Blanche de Mortsauf, lors d’un bal. Le hasard le remet en sa présence et commence alors un amour platonique entre Henriette et Félix. Henriette dévouée à ses enfants de faible constitution et soumise à un mari emporté, violent dans ses colères, refuse de se laisser aller à l’adultère, souhaitant plus que tout rester fidèle aux sacrements du mariage. Elle ne peut proposer qu’un amour maternel et attentif.

Le récit est une longue lettre de Félix à Nathalie de Manerville, son amante d’alors. Cette lettre confession doit permettre à Nathalie de comprendre mieux son nouvel amant et notamment sa relation avec Henriette de Mortsauf. Mais il est bien dangereux de confier à une amante les souvenirs vécus avec une amante précédente, surtout quand celle-ci semble encore si présente dans l’esprit du jeune homme : souviens-toi que tu m’as menacé si je ne t’obéissais pas, ne me punis donc point de t’avoir obéi (p.16).

Félix se plie aux commandements d’Henriette. Celle-ci va aussi en profiter pour faire son éducation et notamment le préparer à son entrée dans le monde. Elle croit en lui, et parvient petit à petit à effacer les cicatrices cruelles que lui a laissé l’éducation rigoureuse de sa mère., d’autant qu’elle-même a connu une enfance difficile. Henriette est une sainte et le portrait qu’en fait Félix ne cesse de rappeler au lecteur la grandeur de cette femme, mère avant tout, chez qui l’abnégation règne en maître. Félix et Henriette sont deux âmes soeurs, empêchés par le saint sacrement du mariage de vivre leur amour.

Balzac, qui a mis beaucoup de lui dans son personnage masculin, apparaît sous un jour un peu nouveau pour moi. Je l’ai découvert romantique, moi qui était habituée à le connaître sous l’étendard réaliste. On assiste donc à toutes les pensées de ce pauvre Félix tiraillé entre son amour et sa volonté de respecter son pacte avec Henriette. La Touraine verte, fleurie est souvent décrite comme un havre de paix, et la vallée comme le berceau de leur amour.

Je ne vous cache pas qu’autant de sentimentalisme m’a quelque peu lassée. Mais le personnage de Lady Dudley a relancé mon intérêt. Anglaise, mariée, mais ne s’embarrassant pas de si peu, elle séduit Félix effrontément et le pousse à renoncer à sa promesse de fidélité faite à Henriette : Eh bien ! lady Arabelle contente les instincts, les organes, les appétits, les vices et les vertus de la matière subtile dont nous sommes faits ; elle était la maîtresse du corps. Madame de Mortsauf était l’épouse de l’âme. (p.229). Les deux femmes incarnent les opposés et Balzac prend un malin plaisir à critiquer cette anglaise aux moeurs bien légères.

J’ai aussi apprécié dans les dernières pages du roman qu’Henriette tombe un peu le masque de la sainteté et se révèle femme, elle qui, pendant tout le roman n’était que mère. Certaines pages finales sont poignantes et révèlent les tourments d’Henriette, et l’on se dit : « Ah, enfin ! » : Est-il possible que je meure, moi qui n’ai pas vécu? moi qui ne suis jamais allé chercher personne dans une lande ? (p.296).

 Je suis heureuse de cette lecture, ne serait-ce que pour le plaisir des mots. Que c’est agréable de lire une telle prose, d’en saisir sa profondeur, de sentir les implicites et de s’émerveiller de tant de richesses.

Une belle lecture et le plaisir d’avoir combler une lacune.

Roman lu dans le cadre du Challenge Un classique par mois, du Challenge XIXe siècle, du Challenge Romantique et du Challenge Myself. Et Plan Orsec 2014.

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37 Commentaires

  1. Balzac fait partie des auteurs classiques que je n’ai encore jamais lu, un jour viendra son tour c’est sûr, peut-être avec ce titre dont tu parles si bien

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    • Ne commence pas forcément par celui-ci, ce n’est pas mon préféré et Balzac est plus dans la veine romantique que réaliste ! Pour commencer je te conseillerai plutôt Le père Goriot ou La peau de chagrin voire même Splendeurs et misères des courtisanes !

      Réponse
  2. eimelle

     /  novembre 8, 2014

    c’est un des premiers livres que j’ai lu de cet auteur quand j’étais ado, et j’en garde un bon souvenir!

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  3. Je suis votre blog avec plaisir…Se référant à George Sand, il ne peut que m’être sympathique…Alors, je vais vous faire un aveu: je n’accroche pas à Balzac. Peut être parce que j’ai commencé trop tôt par le Père Goriot. Tant de noirceur dans l’arrivisme, trop de misère dans l’absence d’amour filial. Depuis, cela ne passe pas. Tant pis pour moi. Je me suis consolé avec Stendhal…
    Bien amicalement. H.A.

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    • Merci !
      J’ai dû lire deux ou trois fois Le père Goriot, mais je comprends vos réticences. Il faudrait que vous en lisiez un autre pour vous réconcilier avec Balzac ! Quant à Stendhal, je suis entièrement d’accord avec vous, étant Grenobloise j’ai une tendresse particulière pour Stendhal !

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  4. Trop accaparée par les nouveautés littéraires, j’ai délaissé les classiques en ce moment… faudrait que je m’oblige à en lire au moins par mois.

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  5. Je n’ai pas lu ce Balzac durant mes années ‘classiques’

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  6. C’est mon roman préféré de Balzac, certainement en raison de l’importance du romantisme par rapport au réalisme, et j’adore la vallée de la Loire : les descriptions qu’il en donne sont d’une justesse au niveau du décor et du ressenti.
    Sans parler comme tu dis du style et de la gamme d’émotions utilisées. Un « must » à mes yeux.

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    • Je t’avoue que je ne m’attendais pas à tant de romantisme sous la plume de Balzac !! Je préfère le Balzac réaliste, sa critique de la société, dans ce roman bien souvent les personnages m’ont quelque peu exaspérée mais le style sauve de tout !

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  7. De Balzac, je n’ai lu que Le Père Goriot, que j’avais d’ailleurs beaucoup aimé. Il faudrait que je me replonge un peu dans l’oeuvre de cet auteur, mais je peine déjà à me consacrer à mon chouchou Zola…

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    • J’ai commencé à lire Balzac assez jeune, et le Père Goriot fait partie de mes préférés. De Zola je préfère les romans les moins noirs comme La Curée ou Au bonheur des dames, qu’il faudrait que je relise d’ailleurs.

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  8. Epouvantable souvenir de cette lecture qui n’en finissait pas…. Ce livre m’a traumatisée à vie 😉

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  9. Comme Zarline j’ai lu Le père Goriot que j’avais beaucoup aimé ainsi qu’Eugénie Grandet que j’ai encore plus aimé. POur autant, je n’ai jamais eu envie de me replonger dans Balzac alors que je le fais en ce moment avec Zola. J’étais donc tentée jusqu’à ce que je lise le commentaire de Violette. Bon, je me le note quand même et je viendrai départager le match.

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    • Tu relèves mon autre lacune balzacienne, je n’ai pas encore lu Eugénie Grandet, enfin pour tout dire, j’avais tenté de le commencer quand j’étais ado et puis la description d’ouverture m’en a dissuadée, il faudrait que je retente !

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  10. Un roman lu au lycée, j’avais adoré le côté romantique et les descriptions de cette vallée (un côté fleur bleue à l’époque qui ne m’a pas vraiment quittée!!). J’ai peu lu d’autres Balzac par la suite mais revenir de temps en temps aux classiques fait du bien

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    • Comme je le disais plus haut, j’avoue préférer le Balzac réaliste. Je suis contente de l’avoir lu ne serait-ce que pour les cents dernières pages qui sont très belles !

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  11. melusine1701

     /  novembre 11, 2014

    J’avais beaucoup aimé cette lecture!

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  12. Mon premier Balzac auquel je n’avais pas vraiment accroché, peut-être parce que j’étais trop jeune? Toujours est-il que je suis revenu à Balzac, que j’ai lu l’ensemble de la Comédie et que j’ai relu ce lys dans la vallée avec un grand plaisir. Et si le sentimentalisme est un peu lassant, en effet, la fraîcheur du roman fut bienvenue au milieu de lecture plus sombres… Fait curieux, lorsque j’ai décidé de m’attaquer à l’ensemble de la Comédie, j’ai commencé par Béatrix!

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  13. Pas encore lu Le Lys, mais j’ai lu Beatrix il n’y a pas longtemps et je n’ai pas trop aimé ! Je serai curieuse de connaître ton avis du coup.

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    • Ahhh Béatrix j’avais adoré quand j’étais ado et je l’ai relu il y a 5 ou 6 ans et j’ai retrouvé le même plaisir mais cela vient sans doute du fait que l’ombre de Sand y plane 😉 !

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  14. C’est un roman que j’ai aussi beaucoup aimé. Je me retrouve dans ce que tu dis sur Balzac : lui, Hugo et Stendhal sont mes auteurs familiers, comme des amis proches qu’on retrouve pour se détendre. Mais, j’avais eu de très mauvais échos du Lys, qu’on décrivait autour de moi comme niais et plat.
    Quel surprise et quel bonheur en l’ouvrant ! C’est un roman, certes romantique, mais fin, délicat comme une plume, et d’un style si pur et si beau …

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    • Niais et plat, non, pas du tout en effet ! Ce qui me gêne un peu dans ce roman est le côté un peu trop larmoyant, le côté « robinet des lamentations » dont parle Stendhal à propos de Chateaubriand ! J’ai donc préféré la deuxième partie du roman avec l’arrivée de Lady Arabelle et la fin est très belle. Je vais t’avouer l’inavouable, je n’ai jamais lu un roman de Hugo, j’en ai honte et il faut absolument que j’y remédie rapidement !

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  15. Il est dans ma PAL depuis un moment déjà, je ne désespère pas de le lire, j’attends le moment propice.

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  16. Comme pour tout auteur classique, je ne réussi pas à me décider vraiment à me mettre à les lire… et je me rends compte que je passe à côté de belles choses! J’espère un jours réussir à franchir le pas, et peut être que ce sera avec celui-là.

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  17. J’ai relu ce roman il y a plusieurs mois, après l’avoir lu à l’adolescence. J’ai complètement redécouvert la plume de Balzac, je n’avais gardé en tête que le côté un peu cul-cul de l’histoire… Tu me donnes envie de lire Beatrix du coup aussi.

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  18. Que j’ai aimé ce livre dans ma prime jeunesse romantique! Peut-être que si je le relisais…? Je me souviens effectivement d’une prose très belle surtout quand il parle de la nature. Et oui, Balzac a été romantique avant d’être classé « réaliste » et encore ce réalisme que l’on dit « visionnaire » n’a-t-il rien à voir avec le mouvement littéraire représenté par Flaubert ou Maupassant . Dis-moi tu fais toujours le challenge romantique (illimité) ou tu as arrêté?

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    • Oui je participe toujours à ton challenge, j’ai juste oublié de le rajouter, je vais le faire tout de suite !
      Tu as raison, son réalisme est différent, et ce que j’aime dans les romans de Balzac c’est justement ce mélange entre romantisme et réalisme !

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  19. Ce fut le premier Balzac que j’ai lu. Même si j’ai du mal avec cet auteur, je trouve que « Le Lys dans la vallée » est un de ses meilleurs romans. Ce qui est fascinant ici, c’est la position téléologique qu’on a une fois l’oeuvre lue. La relecture fait apparaître de nouveaux éléments.
    A la différence de ce que tu conseilles à Bianca, je commencerais par celui-ci ou par « La cousine Bette ».

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à vous....

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