« Esprit d’hiver » de Laura KASISCHKE

kasischke espritLors de sa sortie en librairie, l’an dernier, j’avais beaucoup beaucoup entendu parler de ce roman. Après quelques billets plutôt positifs sont arrivés des avis plus mitigés. Mais, les avis partagés sur un roman me donnent souvent envie d’y aller voir par moi-même. Quand Le Livre de Poche me l’a proposé dans sa sélection d’octobre, j’ai saisi la perche tendue.

Le roman s’ouvre le jour de Noël en 20.. Holly doit préparer le repas de fête pour accueillir ses beaux-parents, la famille des frères de son mari et un couple d’amies gays avec leur fille. Mais elle se réveille en retard. Son mari, à peine sorti de son sommeil, file directement chercher ses parents à l’aéroport. Leur fille, Tatiana, 15 ans, dort encore dans sa chambre. Dehors la neige commence à tomber et va, au fil de la matinée se transformer en un vrai blizzard. Mère et fille se retrouvent donc seules et isolées.

Dès les premières pages, une ambiance lourde s’installe rythmée par la répétition d’une phrase : Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux.

Laura Kasischke entraîne le lecteur dans la tête d’Holly, dans ses angoisses, sa névrose : sa panne d’écriture, la certitude d’une malédiction qui plane sur eux, annoncée par plusieurs faits que Holly interprète et qui seront détaillés tout au long du roman. Et d’ailleurs, durant cette journée de Noël rien ne va se passer comme prévu : la neige ne va  cesser de tomber, le comportement de sa fille va la surprendre, le rôti va être enfourné trop tard, les beaux-parents vont être hospitalisés, etc.

Holly se souvient de l’adoption de Tatiana en Russie : jolie petite fille aux grands yeux et aux cheveux noirs. Mais ses pensées, ses réflexions témoignent d’une fragilité psychologique qui semble frôler la folie.

On se doute donc très vite qu’il se passe quelque chose d’anormal et on ne le découvrira réellement qu’à la fin.

Durant ma lecture, je n’ai pu m’empêcher de penser aux ambiances des romans de Joyce Carol Oates : ambiance lourde, personnage  borderline, la sensation d’un drame qui plane, les phrases en italique. Sauf que chez Oates, les choses sont davantage dans l’implicite à tel point que l’on peut passer totalement à côté tellement réalité et névrose s’imbriquent (cf. Mudwoman). Ici, Laura Kasischke force un peu trop sur l’obsession ce qui entraîne de nombreuses répétitions de phrases ou de scènes quasi similaires. Certes on en apprend de plus en plus au fil des pages tournées, mais on se lasse aussi me semble-t-il, de la répétition de certains motifs.

J’ai été assez séduite par la première moitié du roman puis j’ai commencé à deviner certains choses, dont l’élément principal. Je n’ai certes pas découvert les réelles circonstances de cet évènement dramatique mais j’en avais saisi sa nature. J’ai alors eu hâte de savoir réellement comment on allait en arriver là. Du même coup, la deuxième partie du roman m’est apparue un peu longuette avec ses répétitions, et la fin m’a laissé un goût d’incrédulité voire d’invraisemblance. Cette fin apparaît comme une chute saisissante qui remet tout le roman en perspective, sauf que, pour moi, tout ne rentre pas dans les cases et c’est ce qui m’a gênée.

Ma fréquentation des romans de Oates et mon admiration pour cette auteure ont sans doute joué sur l’appréciation de ce roman, puisque je n’ai pu m’empêcher de comparer et même si comparaison n’est pas raison.

Cependant, j’ai trouvé intéressant le thème de l’adoption : l’horreur des conditions dans lesquelles vivent ces enfants, les maltraitances, l’angoisse des parents adoptant, leur culpabilité aussi, la peur d’adopter des enfants malades, l’argent que l’on dépense pour tenter de s’assurer l’attention de ceux qui s’occupent des enfants « réservés », etc.

De même le personnage de Holly, sans être réellement attachant, est un personnage intéressant et j’ai regretté que ne soit pas davantage développé ce thème de la panne de l’écriture que Kasischke effleure seulement comme à la fois un regret vécu par son personnage et sans doute aussi comme un signe d’un déséquilibre émotionnel. Ne plus écrire ce que l’on ressent est-ce finalement ne plus penser, ne plus tenter de raisonner et au final refouler ?

En conclusion, mon avis est assez mitigé sur ce roman qui n’est sans intérêt mais qui n’est pas parvenu à me convaincre, certains évènements de l’intrigue ne me paraissant pas cadrer avec la chute et l’explication finale.

Roman lu dans le cadre du Challenge Les Anciens sont de sortis (Roman de la rentrée 2013), du Challenge romancières américaines et  du Challenge Lire à toux prix (Grand Prix des Lectrices de ELLE 2014).

challenge les anciens sont de sortiechallenge à tous prixchallenge romancières américaines

Merci au Le Livre de Poche.

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29 Commentaires

  1. J’avais beaucoup aimé ce roman, l’atmosphère qui s’en dégage, le thème de l’adoption, la folie qui monte peu à peu…cela avait été une lecture réussie pour moi! J’aime beaucoup les romans où tout est long et lent après…cela doit jouer.

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  2. Le fait que tu avais deviné la fin du roman n’a pas dû t’aider à l’apprécier. Je crois que si je l’avais autant apprécié, c’est parce que je n’avais rien vu venir.

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  3. Sans être mon préféré de cette auteur, c’est un livre dont j’ai beaucoup aimé la tension. Et même en ayant deviné la fin, j’ai été fasciné par cette folie qui fait perdre tout repère temporel, par ses images qui annoncent le drame !

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  4. Je suis désolée qu’au final, tu n’aies pas tant aimé. Je n’ai pas encore lui celui-là, mais les autres romans de Kasische m’ont beaucoup plu…

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  5. Tu connais mon admiration Pour Oates mais je fais partie de celles qui ont énormément aimé « Esprit d’hiver » alors que je ne suis pas une inconditionnelle de l’auteur. J’ai aimé les thèmes dont tu parles, plus la dimension poétique du roman donné par le poème sur l’ esprit d’hiver et par le style métaphorique (métaphore de la mort dans le paysage enneigé, les rosiers encapuchonnés etc..). J’ai même entendu le silence de cette journée ensevelie sous la neige. J’ai senti le dérapage vers la folie aggravée par le sentiment de culpabilité. A aucun moment, je ne me suis ennuyée. Et j’ai trouvé la fin très vraisemblable comme un puzzle dans lequel on ajoute le dernier morceau pour voir l’image toute entière. Je me demande ce qui ne t’a pas convaincue?

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à vous....

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