« Le Cercle des femmes » Sophie BROCAS (Rentrée Littéraire 2014 #1)

brocas le cercleA la mort de son arrière-grand-mère Alice, la narratrice, Lia, jeune femme d’une vingtaine d’années, aide sa mère, Agnès, et sa grand-mère, Solange, à ranger et trier les affaires de son aïeule. La maison dévoile les souvenirs de son enfance, mais c’est quand Lia découvre une lettre et des carnets rédigés par Alice qu’elle prend conscience d’un secret de famille qui remonte aux années 50 et qui semble avoir conditionné, de façon inconsciente, leurs relations aux hommes.

Un titre et une couverture qui me promettaient un beau moment de lecture. Cette histoire de femmes sur quatre générations avait beaucoup d’attraits pour moi qui aime, vous le savez, ces romans qui font la part belle aux destins féminins. Mais, car oui, il y a un gros mais, j’ai été plus que déçue par ce roman qui s’enlise dans les maladresses et les clichés voire les invraisemblances, sans parler d’une psychologie de bas étage.

 Il n’est pas tant question ici d’ennui de lecture, non, pour moi, ce roman est tout simplement non abouti tant les maladresses sont nombreuses dans le style et dans la construction de l’histoire. Pour expliquer un double mariage dans les années 50, par exemple, l’auteure trouve la solution : L‘informatique n’existait pas à cette époque. Cela ne devait pas faciliter les contrôles de l’état civil (p.69). Ben voyons, il n’y avait pas de registres d’état civil à l’époque ! La solution est donc expédiée en une phrase et le lecteur doit s’en contenter. Le problème est que ce double mariage est le socle du secret de famille, et ainsi son invraisemblance ébranle passablement toute l’architecture du roman !

Mais les maladresses se retrouvent aussi dans une mise en place de dialogues factices qui ne servent qu’à raconter le passé d’Alice à travers la voix de son amie d’enfance, Marie. Là encore, le problème vient d’un choix de narration. Lia va à la pêche aux infos et seule Marie connaît le fond de l’histoire. On assiste alors à de longs monologues de Marie, ou d’Agnès, coupés parfois par une intervention interrogative de Lia, mais le pire est que ces dialogues, qui n’en sont pas, se terminent par un laconique : Je vais me coucher (p.87). On pourrait dire que cette maladresse est passée à la trappe mais elle se répète trois fois dans le roman et à chaque fois surgit brutalement rompant une confession. Ainsi page 103, rebelote : Je vais me coucher. A demain, ai-je dit brutalement en quittant la table, ou encore page 149 : Je suis fatigué. J’ai besoin de me reposer. Dans les trois cas, ces ruptures coupent littéralement la narration sans vraiment de justification et l’on trouve que décidément tous ces personnages sont bien fatigués !

Je passerai sur quelques maladresses stylistiques : Vous passiez des heures à discutailler de choses que je ne comprenais pas en fumant (p.119) ou encore de banquette de voiture que l’on démonte et qu’on semble abandonner en pleine campagne : On roulait de nuit. Maman retirait la banquette arrière et transformait l’espace en chambre à coucher pour moi, avec petit matelas et couverture (p.102).

Mais peut-être au final cela n’aurait été que secondaire si le fond avait tenu le coup ! Mais non décidément pas ! Ces trois femmes, élevées dans le mythe du bon mari et du bon père (le mari d’Alice donc), ont toutes lamentablement échoué dans leurs relations amoureuses. Je pensais naïvement que ces femmes, face à ce mythe masculin exemplaire, trouvaient tous les autres hommes bien décevants, d’où leurs échecs amoureux, mais pas du tout. Sophie Brocas nous sort alors de son chapeau une explication psychologique : Elles savaient dans leur inconscient que leur père/grand-père/arrière-grand-père avait en fait été un homme menant une double vie et qu’il avait abandonné Alice après l’avoir trompée alors même qu’elles n’en avaient jamais entendu parler et que personne n’avait même évoqué un tel fait en leur présence ! Trop fort cet inconscient !

Jusqu’aux dernières lignes, ce roman se révèle invraisemblable comme le fait que Lia donne à son fils – oui parce que, je vous rassure ça finit bien – le prénom de son arrière-grand-père, alors même que lors de leur rencontre ce vieil homme quasi infirme l’avait passablement énervée voire dégoûtée. Au moins elle n’est pas rancunière !

Bref, un roman de la Rentrée Littéraire dont vous pourrez vous passer facilement. Je m’interroge quand même sur la nécessité d’avoir édité un tel roman et mon mauvais esprit mal placé me souffle une réponse peu avouable.

Roman lu dans dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire 2014.

challenge 1% 2014

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47 Commentaires

  1. Je suis passionnée de généalogie, et je peux dire que même si l’informatique n’existait pas, tout était soigneusement vérifié ! Et j’en ai lu, des actes, pour remonter jusqu’en 1698.
    Je passe, je passe, je ne le lirai pas !

    Réponse
    • Mon frère fait de la généalogie aussi et pour l’avoir entendu parler de ses recherches dans les archives administratives je sais que ce genre d’affirmation est idiot !

      Réponse
  2. Bon ben je passe mon tour …

    Réponse
  3. Hmmmm… je pense que je vais passer mon tour sur ce roman. Juste ce que tu dis m’horripile.

    Réponse
  4. Le seul avantage de ce livre est sa lecture rapide (il n’a pas duré le temps de mon trajet en train hier).
    Je partage assez ton avis sur ce roman somme toute mièvre avec des invraisemblances (la non existence de l’informatique : il s’est marié plusieurs fois tout de même ! J’ai beaucoup aimé le rescapé d’Auschwitz âgé de plus de 100 ans aussi …), le secret de famille n’est au final pas si « honteux » que ça.
    Quant à la fin, pour un roman qui cherchait à démontrer la non existence du mythe du conte de fée, c’est plutôt raté !
    Vite lu, vite oublié, si je n’étais si en retard dans mes chroniques je dirai aussi que le billet va être vite publié, pas sûre que ça soit le cas.

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  5. Même si l histoire du double mariage est effectivement incohérente, la transmission inconsciente de génération en génération n est pas affabulation et existe bien. Moi qui lis beaucoup sur ce sujet et qui ai vécu ces non dits qui ont des conséquences directes sur la vie des descendants, je trouve que ce livre est assez juste sur le sujet!

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à vous....

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