« Pauvre Miss Finch » W. WILKIE COLLINS (Mois Anglais #5)

Wilkie Collins Miss FinchJ’ai découvert Wilkie Collins à la fin des années 90. Après avoir lu Sans nom, j’ai enchaîné avec La Dame en blanc, puis Armadale (chef d’oeuvre !!!) et enfin BasilPuis je l’ai délaissé, le pauvre, mais ma bibliothèque prouve que je ne l’ai pas oublié, car plusieurs de ses romans siègent sur mes étagères. Aimer à ce point un auteur et n’avoir aucun billet à son sujet sur mon blog est une chose bien triste à laquelle je veux remédier depuis plusieurs mois (pour ne pas dire années !). Grâce à la fois au Club des Lectrices et au Mois Anglais, je me suis décidée à lire Pauvre Miss Finch et grand bien m’en a pris !

Cette pauvre Miss Finch donc, est une jeune femme aveugle depuis la tendre enfance. La mort de sa mère et le remariage de son père, la laisse libre de disposer d’elle-même. Pour lui tenir compagnie, Mme Pratolungo est embauchée et se fait narratrice du récit. Miss Lucilla Finch tombe amoureuse d’Oscar Dubourg, jeune homme timide, maladroit, mais sensible. Les choses se corsent quand le jeune homme atteint d’épilepsie doit suivre un traitement au nitrate d’argent qui a l’inconvénient de teindre la peau en bleu. Or Lucilla a une sainte horreur des couleurs sombres. Pour compliquer un peu l’intrigue, apparaît le frère jumeau d’Oscar, Nugen au caractère beaucoup plus entreprenant, locace, entreprenant à tel point qu’il propose de faire venir un docteur allemand spécialiste des yeux capable de redonner la vue à certains aveugles. Oscar, défiguré, craint alors la réaction de sa bien-aimée quand elle le découvrira.

Ce roman est, dans le ton, assez différent des romans de Wilkie Collins que j’avais lus jusqu’à présent. L’humour est très présent grâce à la narration de Mme Pratalungo, veuve d’un révolutionnaire républicain, qui, un brin féministe est bien décidée à protéger cette pauvre miss Finch de toute entourloupe. L’autre élément comique vient du personnage du docteur Grosse, amateur de mayonnaise, qui offre un décalage cocasse avec l’aspect romanesque du récit. Il ne faut pas oublier non plus la seconde épouse de Mr Finch, affublée d’une ribambelle de gamins, dont le dernier ne quitte pas ses bras, tout comme son mouchoir et son roman en cours qu’elle égare à chaque instant.

Il y a également dans ce roman, à travers le personnage de Mme Pratolungo, qui rappelons-le est Française et Républicaine, une confrontation entre les caractères anglais et les caractères français : l’Angleterre, mesurée, où la noblesse et les rentiers sont encore très présents, et la France, l’esprit révolutionnaire, l’exubérance et, à travers le père de Mme Protalungo, coureur de jupons à tout âge.

Vous autres Anglais, lorsque vous bavardez avec un ami tout en marchant, vous ne savez pas faire de pauses aux moments intéressants – ce que, nous Français, nous faisons toujours. (p.300)

Tout cela renforce bien évidemment l’aspect comique de ce roman et est renforcé encore davantage par le Dr Grosse qui incarne l’Allemand, brusque, malpoli, bien éloigné de la réserve anglaise et fortement porté sur la nourriture et le tabac.

Mais ce qui m’a frappé dans ce roman sont les allusions nombreuses au romanesque et une forte tendance de la part de la narratrice au métalittéraire. A plusieurs reprises, on trouve ainsi dans le roman une réflexion sur le roman, l’écriture ou les personnages de roman. Mme Pratolungo est la narratrice du récit et intervient souvent à la façon de Stendhal (ce que l’on appelle les intrusions d’auteur). On peut lire d’ailleurs dans les réflexions de Mme Pratolungo, les volontés de Wilkie Collins lui-même notamment sur la fonction du roman qui ne doit pas ennuyer son lecteur :

Prenez un livre et commencez votre lecture. / J’agis comme elle me le demandait. Malheureux auteur ! Ni elle ni moi ne lui accordions la moindre attention. Pis, nous le conspuâmes parce qu’il n’avait pas le don de nous intéresser ; puis nous le replaçâmes brutalement, et à l’envers, sur le rayon de la bibliothèque, et nous allâmes nous coucher. (p.306)

Un peu plus loin dans le roman nous retrouvons à peu près la même réflexion, mais cette fois Mme Pratolungo n’est pas lectrice mais auteur :

Moi, tout ce que je veux, c’est ne pas être assommante. Vous direz peut-être que je l’ai déjà été dans ce livre ? L’honnête femme que je suis proteste. Certaines personnes s’ennuient avant même de commencer leur lecture et en accusent ensuite l’auteur. Je n’en dis pas plus. (pp.414/415)

Dans la dernière partie du roman, quand Mme Pratolungo recopie les pages du journal de Lucilla, elle ne peut s’empêcher d’interrompre le récit pour renvoyer le lecteur à des chapitres précédents, en allant jusqu’à donner le numéro du chapitre au lieu de rappeler l’évènement. Il me semble qu’il y a donc dans ce roman une regard réflexif de Wilkie Collins sur son art romanesque. Il est conscient d’écrire des romans romanesques sans doute destinés essentiellement aux femmes, il use alors d’une narratrice plutôt que d’un narrateur ce qui lui permet également une vision quelque peu ironique de son art.

On pourrait encore développer le thème féministe car les hommes de ce roman ont tous, à un degré plus ou moins élevé, des réflexions quelque peu misogynes qui ont tendance à énerver notre Française révolutionnaire. Le révérend Finch dirige sa femme comme une enfant ; Nugen Dubourg se lance dans une longue diatribe sur les femmes : A d’autres ! Vous ne parlez pas à Oscar en ce moment, mais à un homme qui connaît assez bien les femmes. Je sais qu’elles tiennent à leurs opinions tout simplement parce que ce sont les leurs, et qu’elles ne se demandent pas si elles ont tort ou raison. […] Les meilleurs et les plus intelligentes ne connaissent pas l’amour (p.369), quant au Dr Grosse sa remarque fait sourire malgré tout : Ecoutez-moi bien, matame Pratolungo. Quand le pon Tieu créa les femmes, il eut pitié tes paufres hommes, et c’est alors qu’il créa les tapacs pour les consoler. (p.344). Inutile de préciser que ces remarques contrarient Mme Pratolungo qui s’en prend elle-même aux séductrices coureuses de dotes : Les femmes montent en première ligne. Attendez un peu. Les tigresses à deux jambes passeront un mauvais quart d’heure quand nous entrerons au Parlement (p.481).

Je crois que vous avez compris à quel point je fus heureuse de retrouver mon Wilkie et malgré les plus de 500 pages, malgré les quinze jours passés à le lire, malgré ma réticence ces derniers temps aux romans de plus de 250 pages, cette lecture fut un réel bonheur que je ne peux que vous conseiller.

Roman lu dans le cadre du Club des Lectrices, du Mois Anglais, du Challenge British Mysteries, du challenge Un Pavé par moi et du challenge XIXe, sans oublier le Plan Orsec.

mois anglais saison 3 logochallenge british mysteris cat. Wilkie Braddonchallenge 1 pavé par mois by biancachallenge littérature XIXePAL Orsec 2014

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9 Commentaires

  1. Je n’ai encore jamais lu Collins et j’ai pourtant La dame en blanc de ma PAL, il faut que j’arrive à l’en sortir

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  2. Tu me donnes envie de le lire! Trop de bonnes idées aujourd’hui sur Hellocoton!

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  3. Tu m’as convaincue ! Je n’ai jamais lu de Collins, celui-ci rejoint ma wish-list direct !

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  4. Ah qu’il est fort ce Wilkie …

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  5. novelenn

     /  juin 29, 2014

    J’ai découvert Wilkie Collins grâce au Mois anglais et je suis déjà fan !
    Celui-ci est noté !

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  6. Je n’ai jamais lu Collins mais avais l’intention (surtout depuis la lecture du « treizième conte ») de le faire et encore plus après ta critique!!!!!

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  7. Je le note. Le nombre de pages des livres de Collins me refroidit souvent, mais pour la reprise des trajets en train l’an prochain, il faudrait que je m’y mette car ton billet fait vraiment envie 🙂

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  8. L’autre inclusion de l’auteur dans ce roman est le fait que l’héroïne est aveugle tandis que dans le même temps l’auteur était lui-même en train de perdre la vue et a fini la rédaction de ce roman aidé par la fille de sa compagne.
    Ce fut une découverte pour ma part de cet auteur et si j’aimé je n’ai pas non plus été follement emballée, j’ai plus la sensation qu’il a écrit beaucoup mieux et qu’il me reste encore à le découvrir.

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  9. Je suis moins enthousiaste que toi. Pour moi ce roman est trop long et trop poussif, et malgré toute l’affection que j’avais pour Mme Pratalungo, je n’ai pu m’empêcher de trouver son ton parfois un peu faux… Mais cela ne m’empêchera pas de continuer à découvrir les autres romans de cet auteur que j’ai découvert tardivement!

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à vous....

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