« Crépuscule » Victor Hugo

hugo victorParce que je découvre ce matin les tweets vomis par certains élèves de Première après leur épreuves écrites du Bac Français, j’ai eu envie de recopier ici ce poème de Victor Hugo, auquel ils n’ont rien compris, eux qui ne savent plus voir dans les mots les images qu’ils suscitent, par manque de culture certes, mais aussi de sensibilité littéraire (en espérant qu’ils aient une sensibilité autre).

Les insultes à l’encontre d’un homme qui a lutté contre le travail des enfants, contre la peine de mort, pour l’ouverture des écoles (celui qui ouvre une porte d’école, ferme une prison), qui a écrit des oeuvres si magistrales, qui se voulait guide et espérait dans les générations futures, se trouve, depuis hier, foulé aux pieds.

Quand plus personne ne comprendra plus un seul mot, plus une seule phrase des oeuvres littéraires du passé, que nous restera-t-il ? Ces insultes déversées ne sont, pour moi, que les symptômes d’un recul de la culture littéraire qui se répand ! Cela m’attriste, moi, qui leur dois tant, à tous ces auteurs, mais cela m’attriste aussi pour ces jeunes, car ils ignorent que la littérature peut sauver, qu’elle rassemble à la fois toutes les souffrances et toutes les joies humaines. Leurs tweets reflètent tellement leurs difficultés à s’exprimer et quand on ne sait plus parler, on insulte ou l’on frappe. Ils reflètent, ces tweets, leur désarroi devant des mots dont ils ignorent le sens, des phrases qui leur semblent des codes, oubliant presque que, pourtant, ils parlent la même langue que Victor Hugo.

L’étang mystérieux, suaire aux blanches moires,

Frissonne ; au fond du bois la clairière apparaît ;

Les arbres sont profonds et les branches sont noires ;

Avez-vous vu Vénus à travers la forêt ?

 

Avez-vous vu Vénus au sommet des collines ?

Vous qui passez dans l’ombre, êtes-vous des amants ?

Les sentiers bruns sont pleins de blanches mousselines ;

L’herbe s’éveille et parle aux sépulcres dormants.

 

Que dit-il, le brin d’herbe ? et que répond la tombe ?

Aimez, vous qui vivez ! on a froid sous les ifs.

Lèvre, cherche bouche ! aimez-vous ! la nuit tombe ;

Soyez heureux pendant que nous sommes pensifs.

 

Dieu veut qu’on ait aimé. Vivez ! faites envie,

O couples qui passez sous le vert coudrier.

Tout ce que dans la tombe, en sortant de la vie,

On emportera d’amour, on l’emploie à prier.

 

Les mortes d’aujourd’hui furent jadis les belles.

Le ver luisant dans l’ombre erre avec son flambeau.

Le vent fait tressaillir, au milieu des javelles,

Le brin d’herbe, et Dieu fait tressaillir le tombeau.

 

La forme d’un toit noir dessine une chaumière ;

On entend dans les près le pas lourd du faucheur ;

L’étoile aux cieux, ainsi qu’une fleur de lumière,

Ouvre et fait rayonner sa splendide fraîcheur.

 

Aimez-vous ! c’est le mois où les fraises sont mûres.

L’ange du soir rêveur, qui flotte dans les vents,

Mêle, en les emportant sur ses ailes obscures,

Les prières des morts aux baisers des vivants.

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75 Commentaires

  1. Cela fait un petit moment que je ne commente plus les blogs et que je n’alimente plus le mien par manque de temps (même si je vous lis toujours) mais ce billet m’a donné envie de réagir.

    J’ai moi aussi passé mon bac de français mercredi (mais étant en série L, j’ai eu Stendhal, Proust, Zola et Flaubert : des auteurs que j’admire beaucoup) et j’ai été effarée de ces tweets que j’ai découvert par le biais d’articles. Cela me peine beaucoup que beaucoup de jeunes de mon âge pensent et s’expriment de cette manière même si ça ne m’étonne pas vraiment…

    Mais ça me blesse encore plus que la totalité de notre génération soit assimilée à des incultes dont le français est devenu une langue étrangère. Non, tout le monde n’est pas comme ça ! Oui, il reste encore des jeunes passionnés de littérature, de culture, d’histoire et d’arts : j’en connais beaucoup 🙂

    Comme vous, ces insultes m’ont beaucoup choquée (et ne je parle pas de l’orthographe…) ; d’autant plus que Victor Hugo fut vraiment une personnalité incroyable et ses œuvres méritent tellement mieux que d’être critiquées sur Twitter… Je me rappelle encore très bien de « Melancholia » que j’ai appris en 5ème et qui m’avait beaucoup émue.

    Aujourd’hui, j’ai vraiment honte de l’image que renvoient ces jeunes de nous tous d’autant plus que tous les journaux renchérissent sur notre inculture. Bref, je suis assez triste de voir que la culture mais aussi les livres sont aussi détestés au lycée alors que , personnellement, ce sont eux qui m’ont aidée à me construire.

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    • Merci Emily pour ton commentaire. J’ai vraiment voulu éviter de mettre tous les jeunes dans le même panier et c’est pour cela que j’ai mis en gras « certains » car je reste convaincue qu’il y a beaucoup de jeunes comme toi qui aiment encore les livres et la littérature et HEUREUSEMENT !!! Merci pour ton témoignage, il est très important !

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      • argali2

         /  juin 19, 2014

        Oui Emily, tu as raison. Mais cela montre que nos sociétés de demain (en France, en Belgique) seront encore plus inégalitaires qu’aujourd’hui. Pourtant, l’enseignement devrait permettre à tous d’atteindre un même niveau de connaissances. On en est loin.

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        • C’est tellement vrai ce que tu dis Argali. Ce mépris qu’il faut afficher pour la culture pour faire branché (oui, je sais, cela ne doit plus se dire) est en réalité un aveu de faiblesse qui montre que le rêve d’égalité de l’école n’est décidément pas atteignable en considérant que tous les élèves doivent être traités à la même enseigne. Vive la pédagogie différenciée et vive la culture, quoi qu’en pensent certains.

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          • Cela me déprime aussi, les premiers de la classe ont toujours été moqués, mais là il y a une valorisation du cancre. J’ai eu des élèves qui en se prenant une taule s’en faisait une gloriole. Mais je pense et j’espère qu’une fois à la maison ils font moins les fiers devant leurs parents !

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  2. Comment exprimer le message que je souhaite vous faire entendre sans qu’il soit conspué et que je sois montrée du doigt comme insensible ou illettrée ?

    Je ne suis pas non plus une adepte de la poésie. Je suis trop terre à terre pour que ces figures de style ou ses imagines me parlent. Je manque de sensibilité et pas seulement en littérature je le concède mais ce n’est pas pour autant que je me sens ignorante. D’une manière générale, j’hésite à entamer une œuvre classique car je sais que je vais trouver la lecture difficile voire pénible mais ça n’empêche pas que je revendique aimer lire.

    J’imagine que c’est mon manque d’éducation à la maison et/ou à l’école (comme eux j’ai passé un bac scientifique). Je n’ai pas reçu ce savoir ou je n’ai pas su le recevoir.

    Ceci n’est pas pour les excuser mais pour que vous sachiez que ce que vous exprimez comme normal, naturel est un don que j’envie. Certes ils s’expriment d’une façon déplorable mais je les comprends.

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    • Si j’ai une culture littéraire je peux t’assurer que je n’ai aucune culture scientifique ou mathématique, je suis une vraie bille. Chacun développe un savoir selon comme tu le dis son environnement mais aussi son attirance et peut-être sa curiosité. J’ai centré sur la culture littéraire parce que c’était le sujet. Je parlais de sensibilité littéraire, c’est-à-dire de sensibilité à un texte et comme tu aimes lire, je suis certaine que tu la possèdes. Je ne crois pas que ce soit inné, je pense que l’on a plus ou moins de disponibilités, mais être sensible à un texte cela s’apprend aussi et justement au lycée et ce n’est pas facile. Le commentaire de texte est un exercice scolaire artificiel qui répond à des règles précises qui ont même tendance parfois à vider les textes de leur substance tant tout doit être analysé comme lors d’une dissection. Quant à la lecture d’un classique, là encore ce n’est pas facile non plus surtout qu’on n’y est pas familiarisé. Depuis l’ouverture de ce blog, je lis plus de littérature contemporaine ou de romans ado et je t’avoue que quand je me replonge dans un classique il me faut quelques pages avant de retrouver mes marques. Dans ce billet, je prêche pour ma paroisse, mais ton blog et ton commentaire témoignent que tu n’as rien d’une ignorante et d’une illettrée.

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  3. devenirecrivain

     /  juin 19, 2014

    J’aime la poésie, surtout la poésie classique avec toutes ses règles… Merci pour le partage de ce très beau poème. Je souhaite que beaucoup encore puisse le comprendre et l’apprécier.

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  4. Très belle initiative que cet article, j’avoue que je suis aussi choquée par ces réactions même si, en étant étudiante en littérature, je peux comprendre ce sentiment d’incompréhension face à un texte. Ce semestre, j’ai vraiment galéré sur des textes de moralistes, c’était un peu l’amour-vache entre eux et moi, mais de là à insulter un aussi grand auteur avec autant de virulence.. C’est juste très dommage d’en arriver là.

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    • En littérature il y a des siècles et des mouvements que je préfère à d’autres, pendant longtemps j’avais beaucoup mal avec le XVIIIe, aujourd’hui, avec l’âge 😉 !, je le comprends mieux.

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  5. Ce n’est un secret pour personne que je suis assez peu sensible à la poésie. Mais de là à injurier le poète, et qui plus est Victor Hugo…..Je me souviens douloureusement du calvaire de mon oral de Français avec Baudelaire….jamais au grand jamais je ne m’en serais pris à lui..

    Tout cela est bien triste pour cette jeunesse qui ne sait pas ce qu’elle perd à se  » déculturer » de la sorte.

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  6. Au moins, cela aura eu le mérite de faire parler de Victor Hugo et de ce poème que j’avoue ne pas connaître.
    Comme tu le dis dans un commentaire plus haut, point n’est besoin de culture pour l’apprécier. Il est d’une grande beauté il me semble, simplement par les idées qu’il exprime et par cette mélancolie qui, d’après ce que je me rappelle, est souvent le lot des adolescents. Alors évidemment, mes souvenirs de stylistique me font voir des choses qu’il aurait sans doute fallut déceler pour espérer avoir une bonne note (et cela me fait aussi dire que ce texte me parait être un cadeau pour ces élèves car il est plutôt facile), mais même sans cela, il y a une beauté du contenu qu’il est bien dommage de ne pas voir.

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    • Oui c’est ça, il parle je crois aussi de choses propre à l’adolescence et comme toi je ne le trouve pas spécialement difficile car comme je le disais plus haut les thèmes sont assez clairs et on pouvait facilement monter un plan.

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  7. kakaroto

     /  juin 20, 2014

    Bonjour à tous,
    Venant d’un bac S (il y a 11 ans), comme beaucoup de bacheliers, il est logique de dire qu’ils voient l’épreuve de français comme un « obstacle » à la réussite de leur BAC avec une matière qui ne les passionne pas. En effet, pour mon cas perso, j’avais une analyse et un sens du développement tellement faible dans les matières littéraires que je n’arrivais pas à décrocher de bonnes notes, me frustrant au passage de ne rien y connaître et ne pas progresser. Maintenant, je ne cautionne pas leur comportement débile et l’effet mouton que génère les réseaux sociaux. Mais il y a 11 ans, je n’ai pas eu le sentiment d’être aussi con qu’eux, je n’ai pas eu ce comportement car ne suis pas influençable. En gros, si j’étais nul, c’était à cause de ma culture littéraire raz des pâquerettes (je me donne pas le temps de m’y intéresser, même aujourd’hui), pas à cause des auteurs ni des profs…
    Ma conclusion est simple et vérifiable dans pleins de domaines : La France (au moins elle) se débilise via une part (non quantifiable) de cette « nouvelle jeunesse » :/

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  8. Petit tour sur les blogs après une semaine en apnée, et je découvre – un peu tardivement, donc – le pot-aux-roses. Ton billet est une fort belle réponse à l’avalanche de tweets grossiers et déplacés de jeunes gens qui, ne connaissant d’autre moyen de s’exprimer, insultent et injurient quand ils se sentent dépassés.

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  9. C’est rare, mais pour une fois je ne suis pas d’accord avec toi. Je trouve que c’est un article exagéré, dramatique, et qui ne reflète pas du tout la réalité des faits. Moi aussi j’ai hurlé contre Rousseau et Rimbaud après le bac, c’est juste normal,je n’avais pas encore Facebook pour le faire en public. Voilà, ils sont en période de stress, ils ont insulté Victor Hugo sur le moment alors que ça ne signifie rien pour eux. De dire d’une génération, qu’elle ne comprend rien parce qu’une partie a eu l’audace d’insulter un auteur, je trouve ça assez facile … Aujourd’hui avec twitter et Facebook c’est facile de tout critiquer et ces jeunes ne prennent pas le temps de réfléchir deux secondes avant de balancer leurs bêtises sur twitter. Ça ne veut pas dire que c’est réellement ce qu’ils pensent !
    Ensuite il est vrai que c’est une génération qui lit moins, mais avec seulement 5 ans de différence, je peux dire faire partie de cette génération. Personnellement j’ai détesté la littérature et les classiques jusqu’à ma deuxième année de fac ou je suis tombée sur « au bonheur des dames » par hasard dans ma bibliothèque. Ce n’est qu’une question de temps.

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  10. Je viens de relire mon commentaire que j’ai écris dans la rue tout à l’heure. C’est plein de répétition et la grammaire est horrible! je suis désolée !

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  11. estellecalim

     /  juin 21, 2014

    Nan mais certains tweet sont droles tout de même. Il faut le signaler 🙂
    Celui-là m’a fait mourir de rire (c’est le cas de le dire) :
    « Allô ? Victor Hugo j’écoute ?
    — Glou-glou…
    — Ha ha ha, t’es conne Léopoldine ! ! »
    et celui-là, plus succinct :
    « J’avoue Victor Hugo il m’a déçu avec ses brins d’herbe la »
    Bon weekend 😀

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  12. Je pense que cette actualité en dit bien plus sur l’évolution de la transmission des informations via les réseaux sociaux que sur la culture littéraire de la jeunesse.
    Aujourd’hui, on ne se contente plus d’insulter Hugo avec ses amis en sortant de l’épreuve, on le tweete. La réaction n’a pas changé, mais elle a tout de suite beaucoup plus de portée !
    J’ai aussi eu un poème d’Hugo au bac de français, j’avais beaucoup aimé, il y avait plein de choses à dire. C’est depuis ce jour-là que je l’apprécie vraiment, et j’ai fini par acheter Les contemplations, moi qui ne lit jamais de poésie. Ceci dit, je pense qu’il y a bien du y avoir des tas de lycéens cette année là qui ont eu la même réaction que ceux qu’on montre du doigt aujourd’hui. Bref, j’ai relu Crépuscule après cette histoire, c’est un beau poème qui célèbre la vie…

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  13. après Victor Hugo en première c’est l’épreuve des maths qui indigne les lycéens;
    cette réaction m’a tant indignée que j’en ai fait un article sur mon autre blog ;
    les lycéens doivent comprendre que le bac n’est pas un dû!
    bon dimanche

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  14. Bravo pour votre magnifique article !
    Vous m’avez inspiré à faire de même sur mon modeste site débutant !

    Répondre
  15. novelenn

     /  juin 26, 2014

    Bravo pour l’article !
    Ça mérite d’être dit : la littérature, ce n’est pas que des codes pour analyser (même si j’ai eu beaucoup de mal avec le français au collège et lycée, j’ai su apprécier les auteurs).
    Ah leur écriture me tue, on a une si belle langue qu’ils ne respectent pas.
    Mais évitons les généralités, ce n’est pas TOUS les jeunes, et heureusement ! 🙂

    Répondre
  16. Eve Gonin

     /  juillet 21, 2014

    Le chanteur aurait-il replacé le poète ?

    Le poète en des jours impies
    Vient préparer des jours meilleurs.
    Il est l’homme des utopies,
    Les pieds ici, les yeux ailleurs.
    C’est lui qui sur toutes les têtes,
    En tout temps, pareil aux prophètes,
    Dans sa main, où tout peut tenir,
    Doit, qu’on l’insulte ou qu’on le loue,
    Comme une torche qu’il secoue,
    Faire flamboyer l’avenir !

    Il voit, quand les peuples végètent !
    Ses rêves, toujours pleins d’amour,
    Sont faits des ombres que lui jettent
    Les choses qui seront un jour.
    On le raille. Qu’importe ! il pense.
    Plus d’une âme inscrit en silence
    Ce que la foule n’entend pas.
    Il plaint ses contempteurs frivoles;
    Et maint faux sage à ses paroles
    Rit tout haut et songe tout bas !…

    Peuples ! écoutez le poète !
    Écoutez le rêveur sacré !
    Dans votre nuit, sans lui complète,
    Lui seul a le front éclairé.
    Des temps futurs perçants les ombres,
    Lui seul distingue en leurs flancs sombres
    Le germe qui n’est pas éclos.
    Homme, il est doux comme une femme.
    Dieu parle à voix basse à son âme
    Comme aux forêts et comme aux flots.

    C’est lui qui, malgré les épines,
    L’envie et la dérision,
    Marche, courbé dans vos ruines,
    Ramassant la tradition.
    De la tradition féconde
    Sort tout ce qui couvre le monde,
    Tout ce que le ciel peut bénir,
    Toute idée, humaine ou divine,
    Qui prend le passé pour racine
    A pour feuillage l’avenir.

    Victor Hugo (quatre des six strophes)
    j’ai dit. Eve Gonin

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  17. J’ai bien aimé ton coup de gueule , George…

    Répondre

à vous....

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