Entretien avec Dominique Dyens.

dyens dominique portraitComment êtes-vous devenue écrivain ?

J’ai toujours considéré que je me nommerais écrivain à partir du dixième roman. Je me nomme plutôt romancière, et j’étais romancière à partir du moment où mon premier roman a été publié, c’est-à-dire à partir du moment où il a été lu par d’autres, et par le plus grand nombre.

Cette période du premier roman me paraissait tellement magique, un peu inaccessible, à tel point que je mettais autour du terme « écrivain » beaucoup d’admiration, il y avait quelque chose qui m’empêchait, par modestie, de me nommer écrivain.

Je dois être fascinée par un certain type de femmes qui sont d’une certaine façon des héroïnes tragiques.

Comment définiriez-vous le genre de vos romans ?

J’ai écrit des polars, par exemple La Femme éclaboussée*, il va y avoir un meurtre, une enquête policière, et donc un polar. Mais malgré cela, je dirais que la plupart de mes romans sont des drames bourgeois et en même temps des thrillers psychologiques qui n’entraînent pas spécifiquement une enquête policière, parce qu’il n’y a pas meurtre nécessairement.

Je dois être fascinée par un certain type de femmes qui sont d’une certaine façon des héroïnes tragiques. Ce sont des femmes à qui, en apparence, la vie sourit, et j’aime bien gratter le vernis et voir ce qui se cache derrière. Et ce sont des femmes qui ont une souffrance cachée, une faille, des choses qu’elles ont tenté de totalement enfouir et puis à un moment donné, un évènement extérieur va survenir dans l’histoire et va entrer dans la faille et faire tout exploser.

Quelle est la phase, dans l’élaboration d’un roman, que vous préférez ?

J’aime beaucoup la relecture et la réécriture, les corrections. Dès qu’il y a un mot qui m’écorche les oreilles, un silence qui n’est pas bien, j’ai besoin d’entendre, que ce soit lisse, de trouver le mot juste. Et même si c’est un travail difficile, j’y trouve beaucoup de sérénité. J’aime beaucoup travailler sur la langue.

Mon éditrice, Héloïse d’Ormesson, chaque fois va mettre le doigt, comme par hasard, sur les huit lignes qui m’ont posé un problème. Mais il y a aussi des moments magnifiques de l’écriture, où c’est fluide, c’est bien, on sait que l’on a bien écrit, et parfois cela ne demande pas d’efforts, c’est magique, comme une sorte d’alchimie.

Je dirais que ma vraie sérénité, je l’ai surtout quand je sais que le livre est terminé, qu’il me convient et qu’il faut juste que je l’améliore le plus possible.

L’écriture parfois, c’est magique, comme une sorte d’alchimie

Quel conseil judicieux avez-vous reçu et que vous pourriez transmettre à un écrivain en herbe ?

Héloïse d’Ormesson m’a appris à veiller toujours à avoir une lecture de la page dans son entier, pour éviter toute répétition, ou même un mot qui phonétiquement pourrait ressembler à un autre dans la même page. J’y suis toujours vigilante.

Si je devais donner un conseil pour les jeunes auteurs qui souhaitent publier un roman, ce serait d’abord d’écrire pour eux sans penser à être publié, parce que cela peut être source de blocage, voire de déception et je pense qu’il faut écrire au maximum, se relire énormément et être très très très exigent. Plus on écrit de livres et plus on est exigent, c’est pour cela que j’écris de plus en plus lentement en ce qui me concerne. Il faut prendre son temps, ne pas s’angoisser quand il y a des moments difficiles, parce qu’il y en aura toujours.

Il ne faut pas avoir le vertige, même si parfois c’est assez vertigineux d’écrire un livre.

Pour finir, connaissez-vous les blogs de lecture, et les lisez-vous ?

Je connais plusieurs blogs de lecture, je les lis de temps en temps. Il n’y a pas de blogs que je suis tous les jours, mais tout à coup sur Facebook ou Twitter je vais trouver quelque chose qui m’intéresse, donc je vais rentrer sur le blog. De manière générale, c’est très chronophage et je peux y passer des heures. Les blogueurs sont importants, souvent ils nous encouragent, on attend de savoir ce que les blogueurs vont penser de notre dernier livre, pour nous c’est important. On sent parfois une vraie qualité de lecture chez certains blogueurs, donc c’est un vrai plaisir.

Pour les critiques négatives, ce qui m’amuse c’est que les blogueurs n’ont pas dû penser que je pouvais être une petite souris et aller sur les blogs et lire.

Les blogueurs font partager leur plaisir, et heureusement qu’ils sont là.

Quand j’ai commencé à écrire, il n’y avait pas tous ces réseaux sociaux, je recevais de temps en temps des lettres envoyées chez mon éditeur, je n’avais pas de retour direct. A présent, on est en contact avec les lecteurs et on a beaucoup plus d’échanges grâce aux réseaux sociaux. Dans les moments où je suis découragée,  quand je reçois des messages hyper positifs ça me booste, je sais au moins pourquoi j’écris.

Merci à Dominique Dyens.

Entretien réalisé au Salon du Livre de Paris, mars 2014 par l’intermédiaire du site Les Nouveaux Talents et la Fondation Bouygues Telecom.


 

*Retrouvez les livres de Dominique Dyens : La Femme éclaboussée sorti en mai 2014 aux Éditions Héloïse d’Ormesson Suspens ou Intuitions sorti en format poche chez Pocket en mars 2014.

**Vous pouvez également retrouver mon avis sur Intuitions en cliquant sur le lien.

 

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6 Commentaires

  1. Laurence (Lolotte)

     /  mai 22, 2014

    Je n’ai jamais rien lu de cette auteure mais tu me tentes (encore une fois !!!)

    Réponse
  2. devenirecrivain

     /  mai 23, 2014

    Merci pour cet article. J’aime ces moments magiques de l’écriture où l’on ressent cette alchimie dont tu parles… mais en vérité, tu as aussi raison de le dire : écrire demande du travail, beaucoup de travail ! 😉

    Réponse
  3. Entretien qui m’a vraiment passionnée. Du coup je vais retenir son nom, et lorsque je verrai son nom sur l’étal d’un libraire, forcément je prendrai le temps de lire et de regarder.

    Réponse

à vous....

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