« L’Avare » MOLIERE

Molière l'avareL’Avare fut créée pour la première fois en 1668 et ne rencontra pas un franc succès puisqu’elle ne fut jouée que neuf fois du vivant de Molière. En 1668, Molière a 46 ans et a déjà écrit ses grandes comédies : Tartuffe et Dom Juan. Avec L’Avare, il revient à des comédies plus divertissantes et à la prose, pour autant certains aspects de L’Avare me paraissent assez sombres.

Harpagon est un bourgeois dont l’avarice dirige la vie. Son fils, Cléante, et sa fille, Elise, subissent à la fois l’autorité despotique de leur père et ses restrictions financières. L’un comme l’autre sont amoureux : Cléante de la belle Mariane, Elise de Valère qui, pour se rapprocher de la jeune fille, s’est fait engager comme domestique d’Harpagon. Double intrigue amoureuse, donc, voire triple si on ajoute à cela le désir d’Harpagon d’épouser Mariane.

Il va donc s’agir de savoir comment Elise et Cléante vont parvenir à épouser leur prétendant, mais aussi de savoir comment Mariane va éviter de se retrouver mariée avec Harpagon.

 Bien évidemment le thème principal de cette comédie est l’avarice, défaut que Molière dénonce fortement ici, faisant d’Harpagon l’humain, le moins humain. Tourné en ridicule dans de nombreuses scènes, Harpagon est un homme détestable, à l’insulte facile. Il terrorise sa maison par sa rigueur contraignant, par exemple, son cuisinier à assumer également le rôle de cocher, laissant mourir de faim ses chevaux et resquillant sur tout, tout le temps.

Que diable, toujours de l’argent ! Il semble qu’ils n’aient autre chose à dire : « De l’argent, de l’argent, de l’argent. » Ah ! ils n’ont que ce mot à la bouche : « De l’argent ! » Toujours parler d’argent. Voilà leur épée de chevet, de l’argent. (Acte III, sc. 1).

En faisant d’Harpagon un avare père de famille, Molière va plus loin dans sa dénonciation et en cela traite une fois de plus de l’autorité excessive des pères et des mariages d’intérêt donc des mariages forcés dont sa fille Elise et la pauvre orpheline Mariane risquent de faire les frais. Car la deuxième critique mise en place dans cette comédie est bien aussi une critique de la toute puissance paternelle de l’époque. Mu par son amour de l’argent, Harpagon est un père dénaturé qui est prêt à renier son fils et à le déshériter. La rivalité amoureuse entre le père et le fils met en relief cette critique et montre les dérives d’une passion funeste, celle d’un vieillard pour une jeune fille innocente. Mais il ne faudrait pas perdre de vue que cet amour d’Harpagon participe de son ridicule et la première rencontre entre le vieil homme et la belle Mariane est avant tout une scène comique.

Tout va se cristalliser autour du vol de la fameuse cassette. Dans le célèbre monologue, Harpagon est au bord de la folie et tout en faisant rire, Molière montre un homme possédé, égaré ou la raison a laissé place à la folie : Mon esprit est troublé, et j’ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. (Acte IV, sc. 7). Dans un siècle où la maîtrise de soi et de ses émotions est l’une des qualités de l’honnête homme, ce monologue révèle les risques d’une telle passion.

Totalement perturbé par le vol de son argent, la cruauté de l’homme va en être exacerbée, puisque le voilà prêt, sur des accusations fallacieuses, à envoyer Valère à la potence. La cruauté du père également prend toute son ampleur quand Elise, cherchant à sauver son amoureux, fait valoir le fait qu’il l’a sauvée de la noyade :

ELISE : […] Oui, mon père, c’est celui qui me sauva de ce grand péril que vous savez que je courus dans l’eau, et à qui vous devez la vie de cette même fille que…

HARPAGON : Tout cela n’est rien ; et il valait bien mieux pour moi qu’il te laissât noyer que de faire ce qu’il a fait. (Acte V, sc.4).

Bien sûr, cette réplique fait rire, mais dénonce aussi les extrémités d’une passion excessive. Et tout l’art de Molière est là, ce qu’il résumait parfaitement dans cette phrase  de la préface de TartuffeLe devoir de la comédie (est) de corriger les hommes en les divertissant. Et il y parvient parfaitement.

Pièce (re)lue dans le cadre du Challenge Classique, du Challenge Molière et du défi George relit Molière et enfin du Challenge Mélange des genres (cat. théâtre)

challenge un classique par moisChallenge molièreGeorge Relit Molièrechallenge mélange des genres

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12 Commentaires

  1. Je viens de faire un billet sur « Tartuffe » de Molière comme quoi les grands esprits se rencontrent.
    Bonne journée

    Répondre
  2. C’est loin d’être ma préférée…

    Répondre
    • Finalement en la relisant, j’ai perçu plus de choses et, même si pour moi non plus ce n’est pas ma préférée, elle s’est révélée un peu différente lors de cette re-re-lecture !

      Répondre
  3. J’adore Molière ! Il faut que je le relise ! Merci pour cette piqûre de rappel 😉

    Répondre
  4. Merci pour ta participation ! Je viens d’ajouter le lien.
    Je ne l’étudie plus en 4e, je choisis Le Cid ou une comédie de Musset à la place.

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  5. Un classique incontournable !

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  6. Molière n’a pas pris une ride ! J’ai de très nets souvenirs de cette pièce, je l’avais étudiée en 3e.

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à vous....

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