« Barbe Bleue » Amélie NOTHOMB

nothomb barbe bleuePour celles et ceux qui suivent ce blog depuis plusieurs années, vous savez qu’entre Amélie et moi, ce ne fut pas toujours rose. Après deux essais malheureux (L’Hygiène de l’assassin et Les Combustibles), j’avais un peu renoncé. Mais comme il n’y a que les c… qui ne changent pas d’avis, je me suis laissée tenter par cette réécriture du conte de Perrault, relu d’ailleurs il n’y a pas si longtemps.

Amélie Nothomb situe donc sa réécriture à l’époque contemporaine : Saturnine cherche une colocation sur Paris où elle est professeur d’art à l’École du Louvre. Une annonce très alléchante à un prix très attractif la décide à postuler. Le propriétaire, Don Elemirio, est un homme riche, mystérieux, souffrant d’une réputation qui attise la curiosité féminine. Alors qu’elle attend d’être reçue, Saturnine apprend que les anciennes locataires ont mystérieusement disparu. Mais cela ne l’affole pas, elle se sent sûre d’elle et sait qu’elle résistera au soit-disant charme de ce nouveau Barbe Bleue.

La romancière reprend donc les actants du conte de Perrault : la pièce mystérieuse et fermée dans laquelle il est interdit d’entrer est, dans le roman de Nothomb, un atelier photo, une chambre noire, mais contrairement au conte, elle n’est pas fermée à clef ; l’homme, au commencement, est mystérieux, pas vraiment beau, mais offre à Saturnine un service quatre étoiles avec champagne à foison et serviteur à sa disposition. Très vite, il l’informe de l’interdit : Ceci est l’entrée de la chambre noire, où je développe mes photos. Elle n’est pas fermée à clef, question de confiance. Il va de soi que cette pièce est interdite. Si vous y pénétriez, je le saurais, et il vous en cuirait (p.12). Le ver est dans la pomme !

Le roman est construit autour de plusieurs soirées passées en compagnie de Don Elemirio et constitué essentiellement de dialogues dans lesquels Saturnine apparaît comme une femme indépendante, rationnelle, intelligente. Bien évidemment le thème majeur du roman comme du conte est la vilaine curiosité qui fait perdre toute notion de prudence : Curiosity kills the cat, disent les Anglais. Saturnine a d’ailleurs un certain mépris pour les anciennes locataires, même si elle les plaint : Je ne sais pas qui je méprise le plus : les malheureuses qui y [dans le piège] sont tombées ou le misérable qui l’a tendu (p.33).

Amélie Nothomb joue avec les mots, le symbolique comme autant de petit clin d’œil aux lecteurs qui ont lu le conte : Vous vous trompez sur mon compte (p.39) par exemple qui joue bien sûr sur l’homophonie de « conte » et « compte » et qui laisse supposer que Saturnine ne sera pas aussi naïve que l’épouse du conte de Perrault. De même l’atelier photo, pièce mystérieuse renfermant les crimes de Don Elemirio est forcément une chambre noire : « chambre » renvoyant au lit nuptial et « noire » renvoyant à ses meurtres.

L’autre thème majeur de ce conte, et donc de ce roman, est la mariage. Mais Saturnine explique : Vous avez votre chambre noire où personne ne peut aller. Mon absence de désir matrimonial, c’est ma chambre noire à moi (p.41) et chacun place ses secrets où il veut (p.42). Mais Barbe Bleue est sous le charme de la jeune fille et part à sa conquête.

A travers les multiples dialogues, d’autres thèmes sont évoqués, ainsi est-il question de Dieu et de la religion ou encore de l’art ou bien sûr du champagne et de ses plus grands crus. Cependant, en lisant ce roman, je ne cessais de me dire : Pourquoi Amélie Nothomb n’écrit-elle pas tout simplement pour le théâtre ? Même si elle évite la répétition des verbes de prise de parole (dit-elle, répondit-il, etc.), il y a cependant une certaine platitude dans l’écriture, ou plutôt un manque de densité qui lasse.

J’avoue cependant avoir été un peu moins déçue que pour les précédents romans que j’avais lus d’Amélie Nothomb. L’idée de la réécriture est intéressante et la situation contemporaine plutôt bien trouvée. Mais, je reste sur ma faim. C’est un peu comme pour les livres d’E.E Schmitt, il y a de bonnes choses mais une fois le livre refermé, il ne nous en reste pas grand chose. On se console en se disant que 125 pages, ça se lit vite.

J’avoue que la chute me laisse songeuse, même si elle se rattache bien au conte, il manque pour le coup, un brin d’éclaircissement ou alors est-ce juste une pirouette et dans ce cas, c’est décevant.

Roman lu dans le cadre du Challenge Petit Bac 2014 (cat. couleur BLEUE) et du Challenge Romans sous influences (référence explicite au conte de Perrault).

challenge petit bac 2014challenge Romans sous influences

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42 Commentaires

  1. Je partage tout à fait ton avis sur Amélie Nothomb! J’ai de la peine à comprendre l’engouement général pour ses écrits… Quant à « Barbe Bleue », je ne l’ai effectivement pas trouvé original du tout, malgré le potentiel du conte. (très chouette blog :-))

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