« Une Chinoise ordinaire » Stéphane FIERE (Rentrée Littéraire Janvier 2014)

fière une chinoise ordinaireUne Chinoise ordinaire est un roman divisé en quatre parties dont le fil conducteur est la voix d’Ai Guo, jeune femme proche de la trentaine qui, comme le souligne pudiquement la 4ème de couverture, vend ses charmes aux plus offrant. Originaire de Shanghai, elle a fui cette ville sans destin, pour s’installer à Pékin et faire fortune en se prostituant, mais attention, pas n’importe comment et surtout pas avec n’importe qui.

Ses patients, comme elle les appelle, sont des expatriés étrangers, ayant une situation financière florissante. Elle applique des tarifs très élevés à la mesure de ses prestations. Elle gère sa carrière comme une vraie chef d’entreprise, établit une grille de tarifs très précis, jongle avec son agenda, répond sans cesse à des appels téléphoniques, des sms ou des mails. Sa fortune est établie, elle vit dans un très bel appartement situé dans l’un des plus beaux quartiers de la ville, ne se refuse aucun achat. Mais voilà Ai Guo va bientôt fêter son trentième anniversaire, et les doutes commencent à s’installer. Ces doutes vont devenir de plus en plus prégnant quand emménage en face de chez elle, un homme différent des autres.

La première partie du roman est une longue confession d’Ai Guo dans laquelle elle raconte sa vie passée et présente à un interlocuteur qui ne sera perçu qu’à travers le discours de la jeune femme. Dans ce long monologue qui révèle le pourquoi de sa vocation et ce qu’est son métier, Ai Guo apparaît sûre d’elle, maîtresse de son physique, calculatrice, aimant le luxe et assumant pleinement son métier. Sa confession est parfois coupée par la nécessité de répondre à des messages ou à des coups de fil de ses patients et révèle ainsi la réalité de son métier. Au cours des trois autres parties du roman, Ai Guo, petit à petit, va nous apparaître plus humaine, faillible et va, finalement devenir cette Chinoise ordinaire que nous annonce le titre.

Stéphane Fière, dans ce roman, montre le visage d’une Chine moderne et urbaine que, me semble-t-il, nous n’avons pas l’habitude de voir. Il fait le portrait d’une jeune femme cherchant à rompre avec les coutumes ancestrales, menant une vie plus proche de l’Occident, où l’argent est au centre de tout, mais devant, toujours subir le poids des traditions de son pays et incarnées par sa mère, Ma, qui la pousse à se marier, à faire des enfants, bref à entrer dans le rang.

Le culte de l’argent a remplacé celui des Dieux et des ancêtres (p.261).

L’auteur montre une Chine en mutation, tout en dénonçant le travail aliénant des jeunes femmes dans les usines, celles ayant quitté leur campagne pour trouver un emploi, mais aussi le destin de certaines qui décident de quitter la Chine pour trouver en Occident un travail qui leur amènera la fortune, croient-elles. Ai Guo a refusé ce destin, elle a choisi la liberté, le luxe, l’argent en se servant de sa beauté et son talent en la matière.

Je me suis servi de mon corps pour m’extirper de la fange, batailler pour éviter d’y tomber à nouveau, je suis belle, où est le problème, il fallait s’arracher de l’abîme et mettre très vite les distances les plus grandes possibles avec le destin et la misère qui nous avaient été échus (p.93)

A travers ce roman, c’est aussi toute une réflexion sur le destin des femmes chinoises, ce sous-genre, ces filles que l’on élève à perte si elles ne se marient pas, ces filles non désirées mais dont il faut se satisfaire à défaut de fils. Par le sexe, Ai Guo gagne son indépendance, par sa beauté, elle exerce son pouvoir sur les hommes, elle les fait payer au sens propre et au sens figuré.

La force de Stéphane Fière est de ne jamais tomber dans la vulgarité gratuite malgré son sujet, sans passer sous silence, il choisit l’évocation souvent plus parlante. Il parvient également, sans doute grâce à une très grande connaissance de la Chine, à rendre compte de ce pays, de son langage et de ses coutumes passées, mais aussi présentes, nous montrant alors toute sa complexité. Enfin le personnage principal, est un être tout en contradiction, à la recherche d’elle-même et qui finit peut-être par incarnée cette Chine en devenir, à la fois refermée sur elle et profitant des avantages de l’Occident.

Toutefois, je dois avouer quelques regrets. J’ai ressenti des longueurs et des scènes qui avaient tendance à se répéter sans faire beaucoup avancer l’intrigue : la lecture des lettres de son ancienne domestique exilée à Paris, les soirées d’Ai Guo avec ses amies, voire même certaines réflexions de l’héroïne qui ont tendance à tourner en rond. Heureusement l’arrivée du voisin relance l’intrigue et la dernière partie permet de refermer le roman sur une bonne impression malgré tout.

Roman lu dans le cadre du Challenge Amoureux Saison 3.

Challenge Amoureux saison 3

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14 Commentaires

  1. oulala sujet difficile mais why not ?ça peut être interessant et puis j’ai jamais lu de livre qui se passait en chine… !

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  2. Ca me rappelle fort un reportage que j’avais vu sur le sujet… A voir du coup !

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  3. J’avoue que je ne suis pas tentée du tout par ce sujet, je ne note pas du coup !

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  4. Sujet intéressant. Encore un titre à noter.

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  5. J’étais emballée par la première partie de ton billet, n’ayant jamais lu de tel je trouvais intéressant de découvrir un « traitement » original de ce sujet encore plus en Chine. La fin modère ma motivation… à voir!

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  6. Ma foi, ça a l’air intéressant tout de même 🙂

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  7. Je l’ai vu en rayon, maintenant il me tente encore plus, c’est pas gentil ça x) mais je note 😉

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