« Tu n’as pas tellement changé » Marc LAMBRON (Rentrée Littéraire Janvier 2014)

Lambron pas tellement changéEn exergue, un court texte de l’auteur nous informe que ce texte a été écrit en 1995 et que s’il le publie aujourd’hui, pour cette Rentrée Littéraire de Janvier, c’est pour faire mémoire de celui dont on ne me parle plus, sauf quand une amie d’autrefois veut lui faire servir sa cause. Marc Lambron livre ici un texte autobiographique, sur sa relation avec son frère cadet, mort du SIDA en 1995, l’écriture du texte et la mort de son frère sont donc concomitantes.

Récit autobiographique donc et aussi autoportrait de l’écrivain qui, à travers l’image du frère et de sa maladie, réfléchit sur lui-même, sur son rapport à ce petit frère, à son enfance, à leur vie différente et comment, paradoxalement, la maladie va leur permettre de renouer avec le lien de l’enfance.

Et si, contre l’impuissance à comprendre le fond d’un homme, je ne peux répondre qu’en cherchant la trace qu’il a laissé en moi, je n’y peux rien, c’est ma défaite et c’est mon lot. (p.10)

Le texte est douloureux et suit l’avancée de la maladie, de l’annonce du pronostic jusqu’à l’annonce de la mort. Philippe apprend qu’il est malade en 1987. Durant 8 ans, Philippe et donc Marc, vont vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de leur tête, avec cette fin programmée. L’angoisse de Philippe rejaillit sur Marc, comment vivre alors et ne pas se sentir coupable ?

Marc Lambron retrace les périodes d’abattement, mais aussi les moments de reprise quand la maladie n’est pas encore visible, pas encore handicapante. Au fil des pages, il fait revivre ce frère esthète, un peu dandy, intelligent qui a brûlé sa vie en sorties, en voyages pour fuir une issue fatale.

Le temps de l’écriture suivant de peu la mort de Philippe, il y a quelque chose d’instantanée dans l’écriture, à la fois un retour sur soi et une immédiateté de l’émotion qui entraine un texte parfois un peu répétitif, trop peut-être encore dans l’émotion brute de la perte.

J’ai aimé ce regard sur la fratrie, sur les liens entre frères et comment ils évoluent entre l’enfance et l’âge adulte ; j’ai aimé aussi la redécouverte de ce lien que provoque la maladie ; les responsabilités de l’aîné face à son cadet, sa culpabilité, son impuissance.

J’ai beaucoup pensé, en lisant Marc Lambron, au roman d’Isabelle Monnin, Daffodil Silver, qui traite lui du rapport entre sœurs. Ce sont deux textes très différents sur le même thème. Je préfère la mise à distance d’Isabelle Monnin, le choix d’un personnage extérieur pour raconter le lien entre sa mère et la sœur de celle-ci, je préfère la fiction et son recul. Mais ne nous trompons pas, le livre de Marc Lambron est un texte poignant qui évite le pathos, qui rend hommage à un être sans doute fascinant, et qui ravive les sentiments fraternels tout en montrant les ravages qu’a provoqué et provoque encore le SIDA.

Merci à Eva pour cette lecture.

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7 Commentaires

  1. C’est étrange cette similitude entre le livre que j’ai attaqué hier soir Son frère de Philippe Besson et celui que tu abordes… Deux frères et la maladie qui plombe le petit frère, l’aîné étant le narrateur… Mais là, c’est une fiction…

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  2. Comment a-t-il pu avoir le recul nécessaire à l’écriture alors qu’il venait de vivre tout cela ?

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    • Oui justement, il aurait peut-être fallu prendre du recul, c’est ce que j’ai voulu dire. Pour moi cette simultanéité entraîne du coup quelques redites surtout sur la fin du roman, qui ne sont pas présentes quand il évoque l’enfance et l’adolescence, par exemple.

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  3. Ce récit a l’air poignant, je ne connaissais pas, tout comme Daffodil Silver que je n’ai encore pas lu… beaucoup trop de belles découvertes chez toi!

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  4. Un récit qui semble difficile mais juste. Merci de cette découverte !

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  5. Ce genre de roman est vital, nécessaire car dès que l’on parle un peu moins de la maladie, dans l’inconscient collectif, c’est qu’elle recule. On oublie aussi souvent de parler de l’entourage du malade, de cette souffrance passive si complexe à décrypter…

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