« Lectures intimes » Virginia WOOLF

Woolf Lectures intimesLectures Intimes rassemble plusieurs textes parus dans divers revues.

Le recueil s’ouvre par un texte sur Jane Austen, présentée comme gaie, pleine de vitalité, géniale même par cet œil critique et en même temps un peu espiègle sur sa société. Mais c’est l’analyse que Virginia Woolf fait de Persuasion qui est réellement passionnante dans ce premier texte, analyse qui montre comment Jane Austen, petit à petit, devenait romantique.

Le deuxième texte est consacré à Jane Eyre et aux Hauts de Hurlevent. Comme pour Jane Austen, Virginia Woolf ouvre son texte sur la courte vie de Charlotte Brontë morte à 39 ans, alors que dans le précédent elle augurait de tous les romans qu’Austen aurait pu écrire si elle n’était pas morte à 42 ans. Ici, elle montre la valeur des descriptions comme reflet de l’âme des personnages, et partant, la poésie de Charlotte et d’Emily.

Virginia Woolf nous parle ensuite de la tolérance de George Eliot, de sa lutte pour exister en tant que femme auteur intelligente et contrairement aux trois premières évoquées, souligne comment May Ann Evans se mit à écrire à 37 ans, avec tout ce que cela a induit sur son œuvre.

Ce qui est fascinant dans ces textes successifs c’est bien à la fois la mise en relief du talent de chacun de ces écrivains sur lesquels elle se penche, que sa critique qui ne les épargne pas. Si elle écrit aussi sur Mme de Sévigné, ou Katherine Mansfield, elle n’en dédaigne pas pour autant les auteurs masculins, comme George Meredith (que je ne connaissais pas), Thomas Hardy, Henry James ou encore Joseph Conrad et D.H Lawrence et toujours en évoquant d’autres grands noms, comme Dickens ou Proust.

Mais la richesse de ce recueil d’articles, tient aussi à ceux consacrés au roman, à la biographie ou encore à la femme auteur. Mais parmi tous ces textes, celui qui, je crois, fut le plus intéressant pour moi, est la conférence que Virginia Woolf donna à La Ligue du service sociale des femmes, intitulée Métiers de femmes. C’est étrange comme, ce mois-ci, mes lectures me ramènent toujours à ce thème de la femme-auteur. Dans cette conférence, Virginia Woolf raconte son combat à mort contre ce qu’elle appelle l’Ange du Foyer de sa conscience, ce fantôme qui l’empêchait de penser par elle-même, tentant sans cesse de la ramener dans son rôle héréditaire de femme dévouée à son foyer, alors même qu’elle devait écrire un article sur le roman d’un homme : Tuer l’Ange du Foyer faisait partie de la tâche de la femme-écrivain (p.217) ; elle raconte ensuite, quand elle se mit à écrire des romans, un autre combat, celui contre la morale : elle avait pris conscience de ce que les hommes peuvent dire d’une femme qui parle avec franchise de ses passions, et cela l’avait sortie de son état d’inconscience artistique. Elle ne pouvait plus écrire. L’extase avait disparu. L’imagination ne pouvait plus travailler. (p.219). Alors oui, ces réflexions datent d’une époque que nous avons dépassée (1942), mais se retrouve dans ces pages une interrogation qui, malgré tout, ne nous est pas totalement inconnue.

Il faudra longtemps encore, je le crois, avant qu’une femme puisse entreprendre d’écrire un livre sans trouver sur son chemin un fantôme à tuer, un rocher auquel se heurter. (p.220)

Les quelques pages de cette conférence sont pour moi la raison principale qui me pousse à vous dire de lire ce recueil d’articles tant elles ont provoqué en moi d’adhésion, et là encore, immanquablement je repense à la lettre de Pia Petersen et je mesure encore davantage ce qui me sépare de cette lettre. Je me sens, bien que non écrivain, bien plus proche de la pensée de Virginia Woolf telle qu’elle l’exprime dans ces quelques lignes qui me serviront de conclusion :

Vous avez gagné des chambres à vous dans la maison occupée exclusivement jusqu’ici par les hommes. Vous pourrez, avec une bonne dose d’efforts et de travail, en payer le loyer. Vous gagnez vos cinq cents livres par an.  Cette liberté n’est qu’un début ; la chambre est à vous, elle est encore vide. Il faut la meubler, il faut la décorer, il faut la partager. Comment allez-vous la meubler ? Comment allez-vous la décorer ?  Avec qui allez-vous la partager et dans quelles conditions ? Ces questions sont, le pense, d’une importance et d’un intérêt considérable. (pp.221/222).

Recueil lu dans le cadre du Challenge Virginia Woolf et du Challenge Lire avec Geneviève Brisac (Virginia Woolf).

challenge virginia woolfChallenge-Genevieve-Brisac-2013

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29 Commentaires

  1. Tu as lu « Une chambre à soi » ? Parce que ce livre développe ce que tu as aimé dans la conférence à la Ligue du service social des femmes. J’aime la manière dont Virginia Woolf parle de littérature, elle est passionnée par la lecture et l’écriture et elle nous retranscrit cela dans les différents textes. Tout sa vie est consacrée de littérature et je trouve ça magnifique.

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    • Ce que j’aime c’est qu’elle n’a pas du tout un discours théorique sur les romans, elle en parle de façon sensible et en étant super proche du texte, en comparant les auteurs entre eux, c’est fabuleux !
      Il faudrait que je relise une Chambre à soi, je l’avais lu dans ma jeunesse !

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  2. Merveilleuse Virginia Woolf, comme toujours ❤

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  3. un livre fort intéressant à n’en pas douter

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  4. Dans l’ensemble je suis d’accord avec toi. J’ai appris beaucoup de choses à propos de Virginia Woolf et de la littérature en général. J’aime bien le ton qu’elle emploie. Par contre, il y a certains auteurs dont parle Virginia que je ne connaissais pas alors j’ai parfois été un peu larguée. 😉

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    • Hormis George Meredith que je ne connaissais même pas de nom, je connaissais les auteurs mais c’est vrai que parfois ce n’est pas évident surtout quand elle fait appel à des romans que nous n’avons pas lus, mais le grand mérite de Virginia est qu’elle nous donne envie de les découvrir !

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  5. Cette collection est vraiment riche en pépites et je le lirai certainement un jour ! En revanche, je me sens plus proche de Pia Petersen et de ses préoccupations contemporaines que celles qui datent d’un autre siècle où tout était à conquérir et encore plus en Angleterre ! L’idée est très romantique et chevaleresque mais dans la réalité, je préfère être femme au XXIème siècle !!! 🙂

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    • Je trouve justement que les questions qu’elle pose dans la dernière citation que je donne en conclusion sont terriblement modernes et proposent précisément les choix que les femmes doivent faire encore aujourd’hui, notamment celle-ci : » Avec qui allez-vous la partager et dans quelles conditions ? » Pia Petersen a choisi de ne pas partager sa chambre à elle et de ne pas mettre de conditions, moi j’ai choisi de la partager et j’ai mis des conditions. Je ne crois que ce soit seulement des idées romantiques, surtout en 1942, je pense que ce sont justement des questions éternelles que les femmes doivent se poser.

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  6. oh celui là aussi il faudrait que je le lise dans le cadre du challenge

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  7. ça a l’air passionnant !

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  8. Tu sais comment nous donner envie de le lire, merci de ce partage George ^^ Je le note 🙂

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  9. Absolument passionnant chère George. Merci de mettre en avant cet ouvrage dont le thème nous tient tant à cœur dans ce challenge.

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  10. J’ai un peu honte de dire que je n’ai encore jamais lu Virginia Woolf mais je compte bien la découvrir avec « Lectures intimes ».

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  11. Merveilleuse Virginia Woolf, comme toujours xoxo

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  12. Je note celui-ci, j’aime bien savoir ce que pense les auteurs de leurs confrères !

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  13. encore jamais lu Virginia Woolf… mais ce livre que tu présentes ici à vraiment l’air passionnant, j’aimerai bien l’avoir tiens !

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  14. Ton billet me fait penser au film « The hours » de Stephen Daldry où tout tourne autour de la place de la femme dans la société au travers de Virginia Woolf et de son influence sur le destin de trois femmes.

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à vous....

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