Entretien Littéraire avec Juliette #3 : La Lecture.

entretien juliette B avec moiSuite et fin de l’entretien littéraire avec la chanteuse Juliette. Aujourd’hui, Juliette va vous parler plus largement de la lecture. Vous pouvez lire les deux premiers épisodes en suivant les liens suivants : Les lectures fondatrices #1 et La littérature contemporaine #2.

Entretien accordé le 26 septembre 2013.

Épisode 3 : La Lecture

je lis beaucoup dans les lieux d’aisance.

Comment choisissez-vous les livres, par le bouche à oreille, en allant en librairie ?

Essentiellement le bouche à oreille. Ma mère est une grande lectrice, donc en général elle me pourvoie. Je suis pourvue en bouquins par elle, parce qu’elle consomme pas mal, elle lit beaucoup de bouquins et donc elle opère une espèce de filtre, sauf qu’elle me raconte tout avant. Mais il m’arrive d’aller dans des librairies, bien sûr et j’adore ça. Des librairies avec de belles étagères en bois, j’adore ça comme une initiative très heureuse des libraires qui le font de plus en plus, des librairies indépendantes, ce sont des cartons sur les couvertures, les coups de coeur. Parce qu’il y a un investissement qui montre qu’ils ont lu les livres, qu’ils peuvent en parler, et ce n’est pas le dernier bust booster écrit par je ne sais pas qui – ils y sont parce qu’il faut avoir de tout – je trouve cela très intéressant.

Avez-vous une librairie fétiche ?

Ombres_blanchesNon, ça dépend des quartiers où j’habite, parce que je déménage assez souvent. Quand je suis dans le Sud, il y a une librairie que j’aime beaucoup parce qu’ils font un boulot merveilleux, c’est à Toulouse, Ombres blanches, qui a un destin national maintenant. Parce que c’est une librairie indépendante en pointe depuis très longtemps, avec un rayon littérature enfantine, par exemple, remarquable, et qui sort des sentiers battus. Ombres blanches à Toulouse c’est donc une librairie dans laquelle j’aime bien me rendre, je n’y vais pas assez souvent, ils vont ricaner lorsqu’ils vous liront et vont dire : ben dis donc ça fait longtemps qu’on ne l’a pas vue. Et c’est vrai que je suis comme tout le monde et  – sauf quand je suis à Paris, c’est une autre affaire – comme j’habite la plupart du temps à la campagne dans un coin assez reculé, ma foi madame Amazon…

Je ne parviens pas à me faire aux livres électriques

Que pensez-vous de la liseuse ?

Non, la liseuse ça ne me branche pas trop, ça me dépanne, j’ai envie de dire. Je n’ai pas une liseuse dédiée, mais sur ma tablette, j’ai des livres, ça me dépanne quand je suis coincée quelque part, je n’ai que ma tablette et donc j’ai un bouquin possible à lire. J’aime bien lire dans les endroits, comme tout le monde, où on est obligé de passer un peu de temps et du coup on en passe encore un peu plus. Ou en tournée aussi par exemple. Partir en tournée avec une collection complète des œuvres d’Honoré de Balzac, ça ne le fait pas, donc là effectivement c’est un certain avantage.

Cela permet aussi de lire des choses libre de droit, des auteurs classiques, pour voir comment ça marchait, tout simplement, et ça m’a permis de lire Les Mystères de Paris d’Eugène Sue, par exemple. Il ne m’a pas trop plu, c’est un peu écrit avec les pieds, à la page. C’est marrant parce que c’est le milieu des mauvais garçons de l’époque, mais Dickens pour l’Angleterre fait cela tellement mieux.

Sinon, vous lisez où et comment ?

entretien Juliette AAlors je lis beaucoup dans les lieux d’aisance, qui est pour moi un endroit où j’ai toujours eu des livres, des magazines. Donc j’ai des livres là qui sont généralement des livres de nouvelles assez courtes, ou alors des bouquins que j’aime bien et dont je relis quelques pages, c’est le bon endroit pour relire quelques pages. Sinon je lis dans mon lit avant de dormir. Dans la journée aussi. Etant donné mon métier, quand je suis en tournée, je lis dans le bus avant d’aller me coucher, c’est très agréable et là, pour le coup, c’est très souvent la tablette, c’est encore dans mon lit, mais dans le bus et il y a un côté très agréable de lecture à ce moment-là.

Il m’est arrivé de faire une nuit blanche parce que je ne pouvais plus m’arrêter

Je pense que le moment du soir c’est pas mal, à part qu’il y a deux inconvénients : il faut que le bouquin soit assez passionnant parce que sinon on s’endort et l’autre inconvénient est que si le bouquin est prenant alors là on ne dort plus. Il m’est arrivé de faire une nuit blanche parce que je voulais savoir, que je ne pouvais plus m’arrêter. Sylvain Tesson m’a fait ça d’ailleurs. J’ai eu deux trois nuits où je me disais qu’il fallait que je me couche, mais je rajoutais des pages. Ce n’est pas un très gros bouquin, mais il y a des livres que l’on lit avec précision et d’autres que l’on lit vite. Je ne sais pas si ça vous fait ça. Moi, il y a des livres que je lis d’une manière imprécise, que je lis parce que l’intrigue m’intéresse, m’amuse, ce n’est pas de la diagonale, c’est imprécis, je ne m’attarde pas. Et puis, il y a des livres qu’on lit avec précision. Je relis une page, par exemple, je reprends pour remettre tout cela en ordre, ou je reprends dix pages avant pour me remettre dans le bain, comme si on faisait un résumé des épisodes précédents, ce qui fait qu’on lit des livres plus lentement que d’autres même s’ils ne sont pas très longs.

Vous avez une lecture photographique ou vous lisez dans votre tête ?

???

Vous ne connaissez pas ? Il y a des lecteurs qui regardent le texte sans prononcer les mots dans leur tête, donc en général c’est une lecture très rapide.

Alors il doit m’arriver les deux, je pense. Ce doit être les livres que je lis, comme je vous le disais, de façon imprécise, dont je garderai une image globale, mais dont je ne me souviendrai globalement de l’intrigue si c’est pour cela que je l’ai lu, et puis pour d’autres, en faisant un effort de mémoire, je peux me rappeler des phrases, des citations. Mais j’ai des images aussi. Quand on lit en général ça crée un imaginaire. Si on reprend l’image du livre de Tesson, sa cabane je la vois, je vois comment elle est, ses chiens aussi.

C’est pour cela que l’on est souvent assez déçu par les adaptations cinématographiques.

Aussi, bien sûr. Par exemple, je n’ai jamais osé le dire, mais j’ai été très déçue par l’adaptation cinématographique de Chronique d’une mort annoncée de Garcia Marquez, et pourtant c’est un très bon film. J’ai été très déçue à cause de la Colombie, parce que c’est vraiment la Colombie, ce n’est pas autrement et moi je ne l’imaginais pas du tout comme cela et ça me déçoit horriblement.

Les blogs de lecture, ça m’intéresserait beaucoup

Concernant les blogs de lecture vous ne les consultez pas, ça ne vous intéresse pas ?

entretien Juliette CNon, ça m’intéresserait beaucoup, mais je n’ai pas pris l’habitude, parce que je ne passe pas tant de temps que ça à lire sur internet. Lire sur un ordinateur est épuisant. Je tomberais plus par hasard sur un blog si je suis sur twitter, que quelqu’un tweete quelque chose qui m’intéresse donc j’irais voir le lien et je m’apercevrais que c’est un blog, alors du coup je vois des articles à côté, je feuillette, etc.

Enfin, une petite question concernant George Sand, ce qui permettra de boucler la boucle, que pensez-vous de ses romans et de la figure qu’elle représente ?

George Sand, je la rencontre beaucoup par la musique, la figure historique m’intéresse aussi pour cela, son lien avec ses contemporains : Musset, Chopin. Le premier roman de George Sand que j’ai adoré d’ailleurs que j’ai lu à l’école, c’est La Mare au diable. J’ai trouvé que c’était beau, surtout qu’à l’époque je passais toutes mes vacances en Limousin, donc ça me parlait beaucoup, c’était excessivement romantique et en même temps c’est magique. Après François le Champi. Après j’ai lu Consuelo. C’est très beau Consuelo. Je l’ai lu comme un feuilleton, mais ça a un côté très romantique encore et puis il y a la musique aussi dans ce roman. Mais je crois que ma littérature George Sand s’est arrêtée là.

George Sand, je la rencontre beaucoup par la musique

Le personnage, historiquement est super important. Première femme revendiquée libre dans la littérature française, elle se pose un peu là, quand même. Elle arrive au XIXe siècle, ce n’est pas un hasard, c’est un siècle bourgeois, il en fallait une. L’émancipation des femmes commence avec George Sand, elle fait partie des grandes figures du féminisme, c’est assez évident. Elle écrit des choses, mais elle les vit aussi, elle les assume, elle porte un nom d’homme, ce qui est assez particulier, mais n’est pas inintéressant, à mon sens, parce que si elle s’était appelée Aurore Amantine Dupin, bêtement comme tout le monde, elle n’aurait pas eu aussi ce poids transgressif parce qu’elle s’assume en tant que femme et elle porte un nom d’homme. Il y a une réflexion sur le genre qui n’est pas inintéressant.

Littérairement je ne suis pas tombée dedans plus que cela, mais la femme est un jalon incontournable. Ce que j’ai lu m’a bien plu, mais voilà c’est fait, j’ai vu.

Pourtant elle a des romans très différents.

Je connais assez mal, donc je fais ma théoricienne de jeneconnaisrien, j’ai toujours des choses à dire même sur des choses que je ne connais pas.

Il est question de faire entrer George Sand au Panthéon, qu’en pensez-vous ?

Elle y aurait sa place en tant que femme littéraire, je pense que s’il y  en a une qui doit y être, c’est bien elle, pour moi ça ne fait aucun doute, j’y mettrais bien Colette aussi d’ailleurs. Pour George Sand, c’est même scandaleux qu’elle n’y soit pas déjà. En plus ça ne nous choquerait pas parce que A la patrie nos grands homme reconnaissants : George Sand, ça ne choquerait pas les étrangers.

Un grand merci à Juliette.

juliette_nour-1d442
Juliette – Le Diable Dans La Bouteille par AdmiralGraal

Les photos illustrant les trois billets consacrés à cet entretien ne sont pas libres de droit (Kate, Improfoto).

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9 Commentaires

  1. J’adore ! Vraiment une chouette manière de découvrir une auteure musicale que je connais peu. Entre parenthèses, bien que j’aime la musique, je m’intéresse peu à la vie des chanteurs(euses) en général. Mais là, on est loin des potins, ça cause littérature et j’aime ça.

    Par contre, s’il y a bien un vice que je ne possède pas, c’est celui de lire dans les lieux d’aisances… Impossible pour moi de lire à cet endroit. On hurlait sur notre père qui y faisait ses mots fléchés et nous, et bien, on dansait devant la porte parce que cela faisait 1/2h qu’il était à l’intérieur et l’une de nous avait besoin d’y aller en urgence.

    Donc, lire aux toilettes, c’est « niet » pour moi.

    Tiens, une idée : demander à Nabila un interview littéraire… non, mais, allo quoi elle sait pas ce qu’est un livre, la Nabila ?? 😀

    Répondre
  2. Charmante Juliette.
    Sinon… George Sand est très bien là où elle est. Ils peuvent graver son nom sur une plaque au Panthéon, elle et toutes les autres, mais qu’ils la laissent reposer chez elle !

    Répondre
  3. Merci pour ces trois épisodes avec Juliette que j’ai lu avec beaucoup d’attention. J’aime beaucoup Juliette, elle est totalement atypique et j’adore ça !! Merci pour le partage (sinon je suis d’accord avec le commentaire juste avant de Syl)

    Répondre
  4. La merveilleuse talentueuse hors toutes normes (vive elle!) Juliette… découverte « par accident » pour accompagner Maman qui voulait la découvrir à la salle Gaveau… quelle richesse!

    Répondre

à vous....

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