« La femme au miroir » Eric-Emmanuel SCHMITT

Schmitt la femme au miroirLors de la Rentrée Littéraire de l’an dernier, ce roman de E.E Schmitt m’avait tentée. Oui, dès qu’il est question de destins de femmes, ça m’intéresse. Aussi quand Le Livre de Poche m’a proposé de le lire pour annoncer sa sortie en poche, je n’ai pas hésité longtemps.

Bien que le titre soit au singulier, E.E Schmitt, dans ce roman, nous narre l’histoire de trois femmes à trois époques différentes, dans trois villes différentes, mais dont les prénoms sont proches : Anne au temps de la Rennaissance vit à Bruges, Hanna au début du siècle dernier vit à Vienne au temps des débuts de la psychanalyse et Anny est une actrice contemporaine vivant à Hollywood. En alternance, l’auteur nous raconte donc le destin de ces trois femmes dont les vies ne sont pas si différentes que cela dans le fond.

Le thème du miroir semble un thème cher à Schmitt puisque je l’avais déjà rencontré dans sa pièce Un homme trop facile que j’avais lue en mars dernier et dans laquelle un acteur incarnant Alceste découvrait le personnage de Molière dans son miroir ce qui lui valait le titre de l’inconnu du miroir. Dans ce roman-ci, le miroir est présent dans les trois premiers chapitres, mais Anne n’aura pas le temps de s’y contempler, Anny ne s’y reconnaîtra pas et le miroir d’Hanna est des photographies sur lesquelles elle affirme se voir comme déguisée. Anny étant actrice de cinéma, le miroir est aussi, pour elle, l’écran de cinéma.

Il est donc question d’être et de paraître et donc de la difficulté parfois à faire coïncider les deux. Ces trois femmes souffrent en effet d’un décalage entre ce que leur physique, leurs attitudes renvoient et ce qu’elles sont réellement au fond d’elles. Il faut dire que chacune ne se sent pas à sa place dans son époque : Anne refuse un mariage organisé, Hanna supporte mal sa vie bourgeoise dans laquelle il faut paraître et dont il faut suivre les règles et Anny est engloutie par le star système hollywoodien qui ne lui propose que des rôles en rapport avec son physique de rêve. Bref, il y a décalage et souvent incompréhension de la part de leur entourage.

Outre le miroir, Schmitt, à travers ces trois femmes évoque également un autre thème : la sexualité, puisque ces trois femmes incarnent également trois extrêmes : la virginité (Anne) ; la frigidité (du moins quand Hanna était mariée) et la dépendance au sexe à travers Anny. Thème psychanalytique par excellence et qui donc, déborde quelque peu du simple portrait d’Hanna. Il pose donc, en quelque sorte, le vaste question du plaisir féminin, mais Schmitt reste assez timoré sur la question, ce qui est assez dommage. Il l’aborde surtout (sauf pour Hanna) d’un point de vue sociétal : vouloir rester vierge à la Renaissance c’est entré dans les ordres, dans le milieu bourgeois d’Hanna c’est essentiellement procréer et il est surtout signe de débauche, voire peut-être d’indépendance chez Anny puisque c’est elle qui décide et non l’homme, mais témoigne cependant d’une grande insatisfaction.

Ces trois femmes vont donc tenter de faire valoir leur être profond, et de rompre avec un rôle social et pré-déterminé. Elles auront plusieurs obstacles à franchir avant d’y parvenir, ou pas.

Si le récit de la vie d’Anne fut sans doute le plus intéressant et celui qui me plut le plus, les deux autres m’ont un peu moins convaincue, je le crains. Plusieurs problèmes à cela. Le premier concerne Hanna et ne vient peut-être pas nécessairement de Schmitt, mais de certaines connaissances que j’ai de l’analyse psychanalytique qui ont fait que j’avais l’impression d’assister à un cour de psychanalyse pour les Nuls. Le portrait de ce personnage n’est pas sans intérêt, loin de là, mais le thème de l’analyse psy aurait plus être plus finement approfondi, alors qu’ici nous avons une vision première et qui ne nous apprend pas grand chose de nouveau.

Le second souci concerne le personnage d’Anny que j’ai trouvé très cliché et qui, à mon sens, n’apporte pas grand chose. Visiblement Schmitt s’est inspiré, entre autre, de la vie de Marilyn Monroe (citée plusieurs fois dans le roman), mais là encore il reste en surface, se bornant à des éléments qui manquent d’originalité et qui apparaissent même comme des clichés trop souvent utilisés pour parler du mal être des stars. Mieux vaut lire Blonde de Oates, et de loin.

Pour conclure ce billet à rallonge, je dirai que ce roman n’est pas inintéressant, qu’il se lit assez agréablement, mais qu’il manque de profondeur et de richesse. Malgré tout, la longueur de ce billet prouve qu’il suscite des interrogations, des questionnements et qu’en cela il n’est pas vain. J’aurais pu également vous parler de ce lien intemporel entre ces femmes et comment leur destin va finalement les unir, mais je crains d’avoir été déjà trop longue.

Merci au Livre de Poche pour cette lecture.

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15 Commentaires

  1. Non ce billet n’est pas trop long et il est très intéressant. Encore un auteur que je n’ai pas lu mais ce titre-ci ne me disait rien et ça ne s’arrange pas après lecture de ton billet 😀

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  2. C’est un peu typique de tous les romans récents de Schmitt, non, ce que tu dis :  » ce roman n’est pas inintéressant, il se lit assez agréablement, mais il manque de profondeur et de richesse »… En tout cas c’est ce que je ressens avec cet auteur… Sans doute trop prolixe…

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  3. Je viens de l’acheter, je reviendrai te lire plus en détail quand je l’aurais lu. bises

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  4. Je pense comme Liliba

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  5. Je partage aussi l’avis de Liliba. Je le perçois, peut-être à tort, comme très « commercial » dans sa démarche et ça m’agace. Les quelques livres que j’ai lus de lui m’ont suffi.

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    • Je crois en effet qu’il est de plus en plus dans une démarche commerciale en effet, dans une certaine facilité, il joue sur le côté philo intello mais en fait ses livres sont de plus en plus creux !

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  6. Je lis tous les romans de cet auteur donc j’achèterai ce titre mais, pour l’instant, j’essaye de faire baisser ma PAL.

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  7. Pour la même raison que toi (les destins de femmes me passionnent), je souhaitais vivement lire ce roman dont la couverture n’a pu qu’attirer mon regard…
    Je suis un peu refroidie par ton billet, néanmoins, comme tu le dis si bien, sa longueur prouve que le roman t’a inspiré quelques réflexions qui méritent d’être soulevées.
    Aussi, je me l’offrirai bien vite 🙂

    PS : apparemment, E.E.S. s’est rattrapé dans son nouveau roman pour ce qui est du « potentiel érotique de la femme » 😉

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    • Si tu as envie de le lire il ne faut pas t’en priver ! le mieux est toujours de juger un livre par soi-même ! J’espère qu’il te plaira !
      J’ai effectivement entendu dire que E.E.S avait surfé sur la vague de 50 nuances 😉 !

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  8. Coïncidence, mardi je rends visite à mon petit libraire, j’adore ces instants d’échange avec un professionnel passionné. Je suis en manque d’inspiration, aucun des ouvrages sur ma liste ne figure dans ses rayons, il me conseille cet ouvrage ! …..j’ai un peu peur à présent. Dès que je l’ai lu, je reviens te dire ce que j’en pense.

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  9. Ce billet est très bien 🙂 Pour ce qui est des auteurs qui n’approfondissent pas suffisamment, c’est un problème récurrent je trouve, et je rejoins Liliba et Zazy sur ce point, certainement dès que l’auteur devient trop prolixe. Je note toutefois ce titre, j’apprécie les destins de femmes 🙂

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