« La dame du manoir de Wildfell Hall » Anne Brontë – Best Of de l’été 2013 #3

Brontë anne la reclusebrontë anne le manoirIl ne faut pas rechigner devant les classiques même l’été ! Je dirais même surtout l’été ! L’esprit est reposé, le stress s’en est allé et vous êtes alors beaucoup plus disponible pour des lectures que vous pensez plus exigeantes. Or il y a classique et classique ! Je vous conseille donc un roman d’Anne Brontë réédité chez Archi Poche¨(certes avec quelques imperfections mais saluons cependant cette réédition puisque Phébus a abandonné le projet, ce qui est bien dommage puisque sa traduction était nettement meilleure). Lu en septembre dernier, ce roman reste toujours très présent à ma mémoire et vous permettra de faire la connaissance d’Anne Brontë sans doute la sœur la moins connues de la fratrie.

Voici mon avis de l’époque :

Anne Brontë est la soeur la moins connue et sans doute la moins rééditée des trois, est-ce à dire qu’elle est forcément la moins douée, rien n’est moins sûre. La réédition de ses romans chez Archipoche semble une bonne nouvelle, mais cache, du moins pour ce roman-ci, quelques vices dont j’ai parlé dans un billet sur mon journal il y a déjà quelques jours. Toutefois on peut se féliciter de cette réédition, puisque le roman est malheureusement épuisé chez Phébus. Par chance, j’avais cette édition dans ma PAL, et après avoir pris connaissance des vices cachés de chez Archipoche, j’ai lu le roman dans l’édition Phébus et grand bien m’en a pris, car la traduction est d’une tout autre qualité.

Le récit est double par sa forme : un premier récit épistolaire, mené par Gilbert Markam à un ami confident, puis le journal intime de Helen Huntingdon. Tout commence par l’arrivée d’une étrange jeune femme et de son enfant dans un petit village d’Angleterre. Helen Graham est une femme belle, mais mystérieuse, qui semble éviter tout contact avec les autres habitants du village. Très vite les rumeurs vont bon train. Gilbert est cependant très attiré par cette belle brune et ne peut se résoudre à croire aux médisances de sa sœur et de ses amies. Se noue alors entre Gilbert et Helen une certaine amitié, jusqu’à un épisode quelque peu dramatique, qui va contraindre Helen à confier au jeune homme, son journal intime relatant toute son histoire et la raison de son installation dans cette demeure isolée et quelques peu vétuste.

Reconnu comme un roman féministe, La Recluse de Wildfell Hall est un témoignage du XIXe siècle sur la condition de la femme mariée. Anne Brontë, sous la plume de Helen, dresse un portrait sombre du mariage tout en dénonçant aussi l’aveuglement des jeunes filles, leur naïveté devant l’amour, leur innocence et leur ignorance. Helen tombe amoureuse d’Arthur Huntingdon, jeune homme séduisant, sûr de lui, intrigant. Malgré les préventions de sa tante, elle l’épouse. Mue par une croyance forte en Dieu, elle s’adonne à son rôle d’épouse avec conviction et abnégation. Mais Arthur Huntingdon se révèle bien vite un homme alcoolique, jaloux, méprisant et fêtard invétéré. La vie de Helen se transforme petit à petit en cauchemar. Arthur passe des mois entiers à Londres, la laissant seule dans leur demeure. A son retour, il est ravagé par ses débauches. Cependant Helen, en bon petit soldat, tente par tous les moyens de ramener son mari dans le droit chemin. Mais l’effet escompté n’est pas celui que Helen espérait, et bientôt, Arthur prend sa femme en aversion, la rabaissant sans cesse, l’humiliant devant des invités, la trompant sous son toit.

Helen, dans son journal, décrit, mois après mois, cette descente en enfer conjugal. Après la naissance de son fils, le problème de l’éducation vient s’ajouter au problème conjugal. Helen veut à tout prix préserver l’innocence de son fils, lui inculquer les bons principes, mais son mari prend un malin plaisir à défaire toutes les entreprises de Helen, flattant les mauvais penchants de son fils, et l’entraînant à suivre son exemple.

Le piège conjugal finit par se refermer sur Helen quand, après avoir été trompée ouvertement, elle informe Arthur de son désir de quitter le foyer avec son enfant. Se révèle alors toute la puissance maritale. Arthur agit en maître tout puissant : lecture de son courrier, confiscation des clefs de ses secrétaires, de la gestion de la domesticité, embauche d’une nurse pour son fils, suppression de son matériel de peinture, et obligation de justifier toutes ses dépenses. Mais Helen n’est pas comme son amie Milicent qui se laisser piétiner par son mari du même acabit qu’Arthur, elle ose parler aux hommes, tout en maîtrisant ses pulsions de colère, lutte avec dignité et respect d’elle-même. Elle est la femme qui refuse l’avilissement, qui prend son destin en main quitte à tourner le dos aux règles sociales de l’époque. Anne Brontë est résolument du côté de son héroïne, contre la société victorienne.

Ce portrait d’épouse totalement sous le joug marital m’a bien souvent fait penser à ce qu’a vécu George Sand elle-même lors de son mariage avec le baron Dudevant. Comme Helen, celle qui n’était pas encore George Sand, a subi les colères maritales, les menaces, les insultes, l’ouverture de son courrier. L’oppression féminine dans le mariage était bien un fait réel du XIXe siècle autant à l’époque victorienne en Angleterre qu’en France. George Sand l’a dénoncé dans Indiana, son premier roman, et rejoint sur beaucoup de points la dénonciation d’Anne Brontë dans La Recluse.

Au-delà de cette dénonciation, le roman d’Anne Brontë recèle beaucoup de qualités littéraires et romanesques, qui font de la lecture de ce roman un plaisir certain qui n’a rien à envier aux romans de ses sœurs. Les rebondissements sont nombreux, l’analyse des personnages, leur évolution au sein du roman attachent le lecteur à leur destinée. Moins romantique que les héroïnes de Charlotte et d’Emily, Helen est une femme de son temps, finalement plus réaliste et, Anne se révèle une auteure engagée. Dans la préface de l’édition Archipoche rédigée par Isabelle Vièville Degeorges, on peut lire que Charlotte, après la mort de sa sœur, Anne, a rejoint les détracteurs du roman, et à empêcher la republication du roman, assurant que le choix du sujet de ce livre est une erreur (pp.13/14). Cette précision permet peut-être d’expliquer en partie pourquoi l’œuvre d’Anne Brontë reste, aujourd’hui encore, moins connue que celle de ses sœurs.

Un roman et une romancière à découvrir.

best of de l'été 2013

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11 Commentaires

  1. Excellente idée de revenir sur des livres déjà chroniqués et à côté desquels les lecteurs sont peut-être passés, la preuve, je n’avais pas vu ce billet et j’ai désormais très envie de le lire, d’autant que je n’ai encore jamais rien lu de cette époque. J’aime l’idée que l’enfer conjugal soit dépeint (même si ça risque de me remuer) et également que la société victorienne soit critiquée.

    Merci pour la découverte donc, je l’ajoute à ma wish-list !

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  2. suis un peu dubitative devant les traductions d’Archi Poche, mais je pense que celles de Pocket classiques sont encore pires, dans le genre « vulgarisantes », ça me fait un peu tiquer

    Réponse
  3. Le côté épistolaire / journal intime me donne très envie de le lire ^^

    Réponse
  4. J’avoue ne pas être une grande fan des soeurs Brontë. Vers 15 ans, j’avais lu « Les hauts de Hurlevent » et j’avais aimé même si j’ai un souvenir de nombreux rebondissements un peu usants à la longue, et je n’ai jamais réussi à finir « Jane Eyre ». Pourtant, ce que tu dis ici m’intéresse et m’attire. Donc je note; merci.

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    • Tu pourrais y revenir, parfois certains auteurs arrivent trop tôt. J’avais adoré « Jane Eyre » et « Les hauts… ». « La dame du Manoir… » est plus une étude de moeurs sur la situation de la femme mariée à cette époque, c’est ce qui m’a plu aussi.

      Réponse
  5. ça à l’air très bien ce roman. Je regrette seulement de posséder la version Archipoche. J’essaierai de lire le roman en anglais. Intéressant de voir qu’on a essayé de nuire à son oeuvre. Peut-être représentait-elle un danger pour ses sœurs?
    Je viens de poster récemment un petit billet récapitulatif où je parle de Lawrence Durell, un grand auteur comme Kipling et Conrad qui semble avoir été volontairement mis à l’écart. Étrange.

    Réponse

à vous....

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