« Coup de foudre à Austenland » Shannon HALE

Hale AustenlandJ’attendais avec impatience la parution de ce roman qui apparaissait comme une austenrie réussie et sur lequel j’avais lu des avis assez favorables. J’ai eu la chance qu’il me soit proposé par les Editions Charleston, je me lançais donc dans la lecture avec plaisir, mais j’ai assez vite déchanté.

Jane Hayes est une New-Yorkaise moderne. Citadine, engagée dans son travail, elle multiplie pourtant les échecs amoureux. Bien qu’ayant eu plusieurs histoires d’amour, aucune n’a su la combler car elle court après un image idéalisée de l’homme : Colin Firth dans le rôle de Mr. Darcy. Elle se passe et se repasse l’adaptation d’Orgueil et préjugés par le BBC, comme on se fait des shoots de drogue. Honteuse (je ne vois pas vraiment pourquoi!), elle cache son DVD dans une plante verte (????). Sa tante décède et lui offre en héritage un séjour en Angleterre, à Pembrook Park, dans un lieu très étrange qui reconstitue l’ambiance des romans de Jane Austen, lieu dans lequel les vacanciers doivent vivre selon les codes de l’Angleterre de la fin du XVIIIème siècle. Ce petit séjour a pour but de la soigner de son addiction, de la confronter à son obsession.

Si l’idée de cet Austenland est assez originale, elle a très vite aussi montré ses limites. Limites que l’héroïne reconnaît également. Cet endroit hors du temps, devient vite surfait, et Jane s’ennuie passablement. Certes les personnages de ce roman incarnent des sosies des personnages austeniens, les occupations sont assez proches de celles exercées dans les romans d’Austen, mais il manque l’ironie de Jane Austen et donc surtout son style incomparable et j’ai fini par me dire qu’il valait beaucoup mieux lire un roman de l’originale plutôt que ce roman-ci.

Pour tout dire, j’ai mis plus d’un mois à le lire. L’interrompant plusieurs fois pour me plonger dans d’autres romans, le reprenant, l’abandonnant à nouveau pour enfin le terminer ce week-end. Je n’ai pas été franchement intéressée par les tribulations de Jane Hayes. Tout d’abord parce que, surtout dans la première partie du roman, il est finalement plus question de l’adaptation télé du roman de Jane Austen, que des romans eux-mêmes. Ensuite parce que la honte de l’héroïne ressentie envers son obsession de cette adaptation m’est apparue ridicule et injustifiée, honte qui fait passer cette adaptation et donc l’histoire de O&P pour une bluette pour midinette.

Et puis parce que, pour avoir lu presque tous les romans de Jane Austen, l’intrigue m’a paru cousue de fil de blanc et que, dès le début je savais déjà comment le roman allait se finir. Ce que l’auteur ne semble pas avoir compris, c’est que ce qui nous plait dans les romans de Jane Austen, ce n’est pas tant l’histoire que la façon dont elle est racontée et que cette façon, justement, fait que ce qui pourrait ressembler à une romance de chez J’ai lu, en fait un classique littéraire.

L’autre problème également que j’ai eu à la lecture de ce roman, et dont j’ai déjà un peu parlé plus haut, sont les nombreuses référence au DVD plutôt qu’aux romans, ou plus largement aux livres. Les livres en général n’apparaissent que comme des trompeurs l’ennui et Jane Hayes ne semble pas une lectrice très concernée : je n’ai pas lu un livre en plein milieu de la journée depuis la fac (p.103). Au contraire, la télévision est recherchée comme le saint Graal et pour elle, le summum de la soirée parfaite est de regarder un match de basket à la télé en buvant du coca ! Tout cela pour dire qu’il manque une empreinte littéraire ou plus simplement une ambiance liée aux livres. Il est vrai que dans la deuxième partie du roman, on trouve subitement des références à Mansfield Park ou à Persuasion (avec des notes explicatives en bas de page !), mais l’héroïne a tellement été montrée peu intéressée par les livres que ces références perdent de leur intérêt.

Bref, ce qui m’a principalement déçue, est que je pensais que les romans, les livres de Jane Austen seraient mis à l’honneur alors qu’il est surtout question du feuilleton et de la figure de Colin Firth. D’ailleurs dans les remerciements, l’auteur stipule à son mari : je ne suis pas vraiment sérieuse quand je parle de Colin Firth et non « quand je parle de Mr Darcy », ce qui montre bien que plus que le personnage de Jane Austen, c’est bien l’acteur anglais qui obsède à la fois l’auteur et l’héroïne et finalement elle aurait très bien pu parler de Love actually plutôt que d’Orgueil et préjugés.

Je passerai sur les intermèdes narrant les différents échecs de Jane en amour depuis l’âge de 12 ans, qui ne présentent aucun intérêt, et ne sont même pas drôles, et sur la faute de français du sosie de Mr Darcy qui décrédibilise immédiatement le personnage : Je m’excuse (p.214) ou lieu de excusez-moi.

Donc, vous l’aurez compris, je n’ai pas été convaincue du tout par ce roman. Le paradoxe de ce livre est qu’il semble s’adresser à des fans des romans de Jane Austen, mais dans le même temps, il semble les contourner comme pour éviter de faire trop élitiste, d’où les références au feuilleton plutôt qu’aux romans eux-mêmes, et les notes en bas de page qui situent les romans et les personnages de Jane Austen et qui supposent donc que les lecteurs n’ont pas lu ces romans.

Roman lu dans le cadre du Mois anglais organisé par Titine et Lou, mais aussi dans le cadre du Challenge God save the livre, du Challenge Amoureux saison 3 (catégorie  Amours Romanesques), du Challenge Romans sous influences et enfin du Challenge Ma PAL fond au soleil.

le mois anglais juin 2013challenge-god-save-the-livreChallenge Amoureux saison 3challenge Romans sous influenceschallenge pal estivale métaphore

Merci aux Éditions Charleston.

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70 Commentaires

  1. Virgule

     /  juin 11, 2013

    J’ai l’impression que les austeneries sont souvent écrites par des auteurs qui n’ont pas du tout compris Jane Austen ! Il faut dire qu’il y a chez elle un vrai décalage entre ses sujets et le traitement qu’elle en fait. Un jour j’ai voulu présenter l’histoire d’O&P à une petite ado de 12-13 ans qui lit beaucoup. Et je me suis rendu compte que raconté par moi, ça avait l’air d’être une histoire complètement idiote. Dés qu’on « déshabille » ses romans de son style et particulièrement de son ironie, ils ont l’air de n’être que des romans à l’eau de rose. Alors que pas du tout ! 🙂 En tous cas je viens de commencer Persuasion, et je me régale…

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    • C’est bien là où l’on voir les limites des histoires et la nécessité du style qui change tout. Dépouiller un roman de la façon dont est écrite une histoire revient souvent à n’avoir qu’un simple scénario surtout pour les classiques qui bien souvent racontent des histoires d’amour.

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    • Virgule, ça c’est bien vrai, c’est hyper dur de faire comprendre à des gens qui ne connaissant pas ou pire, qui ont des préjugés midinettes, pourquoi les romans de Jane Austen sont aussi géniaux en ne se référant qu’à l’histoire

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      • C’est aussi je crois le fait que Jane Austen soit une femme, non ? On a un peu le même problème avec les romans George Sand souvent perçus comme enfantins.

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        • je n’aurais pas pensé cela pour George Sand…. vaste problème cette misogynie envers les femmes auteurs!

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          • Ce sont souvent des idées préconçues qui ont la vie dure et aussi, concernant George Sand, une tendance à ne lire que certains romans et à méconnaître totalement les autres. Souvent les gens ne connaissent que 2 ou 3 romans de George Sand (et très souvent sans les avoir lus) alors qu’elle a écrit environ 80 !

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  2. Et ben dit donc, ça donne envie tous ça !!! Je passe donc mon tour 😉

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  3. Et dire que j’ai « les filles de Mr Darcy » dans ma PAL ainsi que « Jane Austen à Scargrove Manor » (ou un truc comme ça), ça fait pas envie !!! 😦 J’ai aussi la bio de Tomassin à finir et là c’est nettement plus intelligent et intéressant !!! 😉

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  4. je n’ai lu que le Journal de Mr Darcy en Austinerie, et franchement, c’est juste un tout petit plaisir coupable qui casse pas trois pattes à un canard…. ce n’était pas très bien écrit, ça déforme l’image des personnages et surtout ça renforce le « coté midinette » auprès des gens qui ne connaissent pas l’univers et le talent de Jane Austen

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  5. Ouch, reprendre les thèmes de Jane Austen en les débarrassant de son mordant, il n’y a en effet pas vraiment d’intérêt; Ce n’est pas l’eau de rose entre Elisabeth et Darcy qui fait rêver mais leurs piques et le sous-texte derrière les déclarations =D. Qu’est ce que j’ai pu rire en lisant les déclarations d’amour (surtout la première de Darcy). Lire ta chronique me donne surtout très envie de me replonger dans Jane Austen ! (Je n’ai lu qu’orgueils et préjugés jusqu’à présent, j’ai de grosses lacunes à combler ;))

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  6. Malgré les billets enthousiastes que je pouvais lire sur ce bouquin, il ne me tentait pas (et la couverture est assez moche quand même). Et ce que tu en dis dans ton billet pourrait bien m’agacer beaucoup aussi si d’aventure je m’y mettais alors je pense que je vais sagement passer mon tour.

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  7. Je trouve qu’il n’est pas toujours évident d’entrer dans des livres qui font référence à des films qu’on ne connaît pas. C’est ce qui s’est passé pour le livre Dans la peau de Meryl Streep. Autant j’ai adoré l’histoire, autant je pense être passée à côté de certaines choses, ne connaissant quasiment aucun des films dont il était question.
    Dommage, car l’histoire paraissait tentante …

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    • Oui c’est sûr que si tu ne connaissais pas les films de Meryl Streep tu as dû passer à côté de certaines références. Dans ce roman-ci ce peut être aussi embêtant !

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  8. novelenn

     /  juin 16, 2013

    J’ai toujours eu peur de la littérature para austenienne, je pense qu’il y en a des bons mais il faut trier ! Un livre qui ne sera pas dans ma PAL…

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  9. J’ai davantage aimé que toi (lu il y a plusieurs années… 5 ans, je crois) mais je le lisais en étant pleinement consciente du truc… une romance avec P&P en arrière plan. La série et Colin, surtout. N’empêche que j’ai bien aimé qu el’héroïne réalise que c’était un peu ridicule, cette idée d’Austenland et que certains comportements sont bien caricaturés. Mais ça reste ce que c’est, et pas plus!

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    • Je savais que j’allais lire une romance mais j’espérais plus de références aux romans. C’est vrai que le regard critique de l’héroïne sur Austenland est présent au début ensuite elle se prend au jeu.

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  10. J’évite autant que possible de lire des livres tirés de cette auteure, que j’adore…souvent ce n’est pas super top (j’attends l’avis des autres pour me lancer)…par contre, je ne sais pas si tu connais, il y a un film  » The Jane Austen Book Club » qui est très bien (on m’a vivement déconseillé le livre)….mais le film est vraiment génial. Je pense que cela pourrait te plaire.

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    • Oh la la oui je le connais très bien, je l’ai même acheté en DVD, j’adore ce film ! j’attends d’avoir lu « Mansfield’s Park » pour le roman d’ailleurs !

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  11. Finalement contre toute attente j’ai le bouquin, mais en anglais et j’ai vraiment bien aimé.
    J’avais peur en te lisant que justement le livre ne fasse pas la distinction entre les adaptations et les livres, et les montres comme de simples bluettes, mais un passage au début du bouquin montre bien que Jane a adoré lire O&P plus jeune, toute sa complexité et le wittisme de Austen mais que l’adaptation au contraire ne représentait que pour elle, la romance du roman et que c’est la dessus qu’elle s’est focalisée. Ce sont deux objets totalement différents et j’ai aimé que ce sont présenté. Alors certes sa fixation pour Firth ne m’a pas passionné parce que lui ne me passionne pas, mais c’était intéressant de voir pourquoi sa fixation sur le personnage de Darcy l’a empêché de vraiment construire quelque chose avec ses « petits-amis ».
    Concernant les références aux autres romans, dans la version originale, il n’y a pas de notes de bas de pages pour les expliciter, c’est donc un truc de la traduction française qu’on ne peut pas reprocher au roman. Ainsi que la faute que tu relèves avec Mr Darcy, puisqu’elle n’existe pas en anglais.

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  12. Flo

     /  septembre 24, 2013

    Je suis entièrement d’accord avec toi. J’ai eu aussi beaucoup de difficultés à finir cette lecture. Et c’est vrai que l’héroïne semble plus intéressée par les adaptations de Jane Austen que par l’oeuvre romanesque. Et je l’ai trouvé ridicule avec son obsession de vouloir tomber amoureuse à tout prix puis de décider en un quart de seconde que finalement, pour elle les hommes c’était définitivement fini. Elle m’a horripilée.

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à vous....

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