« Andromaque » Jean Racine – Théâtre

Racine AndromaqueUn petit retour aux classiques ne fait jamais de mal, et revenir à Racine reste toujours pour moi un plaisir particulier. Mes études de Lettres m’ont amenée à lire, voire relire plusieurs de ses pièces (Phèdre, Iphigénie, Britannicus, Mithridate, Bérénice). Il me semble avoir déjà lu Andromaque, mais mes souvenirs étaient assez flous et une circonstance pro m’a poussée hier soir à me replonger dans le théâtre classique. Lire des alexandrins, et surtout ceux de Racine fut donc un réel délice et, si ce n’était l’heure tardive, je les aurais bien lus à haute voix tant la musicalité de ces vers est forte.

Nous nous situons après la Guerre de Troie et surtout après la mort d’Hector, tué par Achille. L’intrigue se situe à Épire, dans le palais de Pyrrhus, fils d’Achille. Andromaque, veuve d’Hector et son fils, Astyanax, sont retenus captifs par Pyrrhus. Dans ce palais se trouve aussi Hermione, fille d’Hélène, promise à Pyrrhus, mais celui-ci est amoureux d’Andromaque, que sa froideur rend violent et qui menace de mort le fils d’Hector pour faire plier la mère. Vient également se greffer, l’ambassadeur grec, Oreste, lui-même amoureux d’Hermione qui le dédaigne. Ça va ? Vous suivez ?

Deux intrigues se nouent donc : Hermione va-t-elle finalement parvenir à épouser Pyrrhus et Andromaque va-t-elle sauver son fils ?

Au-dessus de ce chassé croisé amoureux, la figure héroïque d’Hector plane, évoquée de nombreuses fois par l’amour d’Andromaque et le souvenir de sa mort et de l’offense faite au corps du héros trainé par des chevaux autour des murailles de Troie. Andromaque apparaît sublime, fidèle à son mari et mère aimante et désespérée. Elle se trouve devant un dilemme moral : épouser le fils d’Achille, l’assassin de son mari pour sauver son fils ou refuser et voir mourir son fils. Bien que la pièce porte son nom, Andromaque est finalement assez peu présente dans cette pièce. Elle apparaît plus par défaut, car, finalement, le destin de tous les autres personnages va être soumis à son choix.

Je vous le dis, il faut ou périr ou régner (v.968)

Dans cette pièce, les femmes sont dédaigneuses et froides face aux hommes qui les aiment. Hermione manipule Oreste, et se fait flouer par Pyrrhus, l’homme qu’elle aime, et Andromaque traite avec hauteur Pyrrhus en souvenir d’Hector. Tous ces personnages sont des héros et s’inscrivent dans une dynastie prestigieuse. Ils sont soit le fils, soit la fille des héros de la guerre de Troie et doivent faire avec, c’est-à-dire pacifier ou non les relations sans renier leurs ancêtres. La tache est difficile car les tensions sont à peine recouvertes et la présence de l’ambassadeur est là pour le prouver.

La figure de Pyrrhus m’a fait penser à Néron dans Britannicus, non pour sa folie (quoique) mais dans ce rapport sadique avec Andromaque, ce plaisir étrange d’exercer son pouvoir sur la femme qu’il aime, de l’éprouver dans ses sentiments les plus forts : son amour maternel.

Pouvez-vous souhaiter qu’Andromaque vous aime ? / Quels charmes ont pour vous des yeux infortunés / Qu’à des pleurs éternels vous avez condamnés? (v. 302 à 304)

L’amour ou plutôt la passion désordonnée, tant redoutée par les Classiques qui se voulaient mesurés en tout, prend ici des allures de sadisme avant l’heure et c’est souvent ce qui m’a frappée dans les tragédies de Racine. Bien sûr il n’y aurait pas de tragédie sans ces passions exacerbées et le but est bien d’expurger les passions en les représentant sur scène, la fameuse catharsis.

Tandis que la tension entre les personnages monte au fil des actes, c’est Hermione qui provoquera la chute et finalement, malgré elle, sauvera Andromaque et son fils. L’héroïne tragique ici, ne serait-ce pas finalement Hermione, fille d’Hélène ? Hélène par qui le scandale arriva, dont l’enlèvement provoqua la Guerre de Troie, provoque par sa fille, la victoire d’Andromaque, épouse du petit fils de Pâris qui l’enleva. La boucle semble bouclé. Oreste se fera l’instrument du destin.

Je deviens parricide, assassin, sacrilège. / Pour qui ? pour une ingrate, à qui je le promets (v.1574/1575)

En sauvant Andromaque et son fils, Astyanax, Racine se range du côté des Troyens.

Andromaque est l’une des premières tragédies de Racine et celle qui inscrit son style. Elle annonce Britannicus et Bérénice. Certes ses personnages sont des héros, des hommes et des femmes de haut rang, mais Racine ici parle des sentiments humains : l’amour, la passion, le rejet et le dédain amoureux, l’amour maternel et marital. Il oppose le devoir politique à l’amour, mais les raisons d’État passent vite au second rang et c’est surtout aux valeurs de la fidélité, maritale ou familiale, dont il est question.

Pièce lue dans le cadre du Challenge Amoureux Saison 3 (catégorie Amours Classiques) et du Challenge Royal.

Challenge Amoureux saison 3challenge royal

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33 Commentaires

  1. tu donnes envie de relire ce texte lu il y a 10 ans

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  2. Je n’ai encore jamais lu cet auteur, contrairement à toi mes études de lettres m’ont menée aux frères Corneille (Thomas et Pierre) mais j’avoue que je préfère lire les pièces comiques et non tragiques, pas sûre que Racine me plaise

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    • C’est fou comme nos études nous orientent sur certains auteurs et pas sur d’autres. Durant les miennes, par exemple, je n’ai jamais abordé Hugo alors que j’ai eu plusieurs années de suite Proust, Stendhal (fac de lettres de Grenoble oblige, sans doute) ou Racine . Il faut qu’on rattrape nos lacunes, heureusement il y a ton challenge 😉 !

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  3. J’ai toujours beaucoup aimé la beauté de ces textes classiques. Molière pour le côté plus comique et Racine pour la tragédie sont des incontournables. Je n’ai pas souvenir d’avoir pu en voir une représentation, j’aimerais beaucoup (mais pas avec une mise en scène moderne). Et comme le dit Denis, tu donnes envie de relire ces textes.

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    • J’ai eu l’occasion de voir plusieurs représentations sur scène des pièces de Molière, dont deux à la Comédie Française, ce qui est fantastique, mais je crois n’avoir jamais vu de représentation des pièces de Racine et j’aimerais vraiment beaucoup.
      Contente de t’avoir donné envie de t’y replonger !

      Réponse
  4. Oh ! Ma première pièce de Racine, je l’ai lue quand j’avais 13 ou 14 ans. Une de mes plus belles découvertes et surtout le début d’une grande histoire d’amour qui dure toujours.

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  5. C’est la tragédie de Racine que je préfère. J’ai bien dû la lire une dizaine de fois, pour les besoins des études comme pour le plaisir. Mon vieux classique Larousse en porte les stigmates. Tu me donnes envie de le ressortir !

    Réponse
    • Je crois que ma préférée est « Bérénice » (qu’il faudrait aussi que je relise, c’est tellement triste toutes ces lectures faites et qui ne figurent pas sur mon blog, mais on ne peut pas tout relire 😉 !). Mais dans toutes les pièces de Racine, il y a des alexandrins qui donnent des frissons et ça, j’adore !

      Réponse
  6. Cette pièce reste un lointain souvenir de mes années collège et je sens à quel point je n’avais pas réellement saisi tous le sens de cette tragédie à l’époque… Je lis très peu de théâtre, mais là tu me donnes envie, non seulement de la lire, mais de pouvoir la voir sur scène! 🙂

    Réponse
    • Ce n’est pas toujours évident car il y a l’arrière fond mythologique, les références que l’on n’a pas toujours quand on est au collège, c’est pour cela que j’aime bien les relire. J’ai surtout étudié Racine en fac, donc j’étais un peu plus mure, c’était un peu plus facile. Contente de t’avoir donné envie de lire cette pièce.

      Réponse
  7. Marjolaine

     /  mai 16, 2013

    je l’ai vu joué à la comédie française cette année! c’était pas mal même si j’avais oublié que la prose de Racine demande un petit temps d’adaptation avant de s’immerger dans l’histoire!

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  8. Ce n’est pas ce que je préfère les pièces de théatre, j’ai toujours un peu de mal à m’immerger… Je suis venu te dire que j’ai enfin répondu à ton tag (désolée pour le retard ;0) Tiens et au fait, sais-tu que j’ai déménagé ?? Je suis désormais sur WordPress (tu n’as qu’à suivre le lien) Bisous

    Réponse
    • Ah je vais aller lire tes réponses !
      Oui, j’ai vu que tu avais changé d’adresse, je t’ai laissé quelques com il me semble, j’espère que tu as trouvé tes marques ! J’aime beaucoup ton nom titre !

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  9. Voilà ce qui me manque : un retour aux classiques par petites vagues !

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  10. Bon pour le moment ce n’est pas trop le genre que j’ai envie de lire… 😀
    Bonne soirée bisous

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  11. J’adore !!!

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  12. Tu me donnes envie de rapatrier mes livres stockés chez mes parents, de tous les relire… doux souvenirs de mes années collège et lycée et du théâtre, merci!

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    • A l’époque du collège et du lycée, certaines lectures nous barbaient un peu, mais avec le temps ces classiques que l’on relit nous parlent, c’est pour cela que j’aime bien les relire.

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  13. « Où fuyez-vous, Madame ?… » Etudiée, récitée, jouée… j’avais beaucoup aimé !

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  14. Ah tu me donnes envie de le relire !!!

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  15. Je suis fan de Racine et j’adore Andromaque. Encore un auteur à relire…

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  16. Je l’avais étudié en première et j’avais adoré. J’ai mis beaucoup plus de temps à aimer Corneile.

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à vous....

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