« Le Journal d’un écrivain sans succès » JEAN-FABIEN

jean-fabienJe reçois parfois des mails d’auteurs souhaitant me faire lire leur roman. Il n’est pas toujours évident de se décider, car les mails sont parfois assez brefs, sans forcément de détails sur le dit roman. Quand j’ai reçu celui de Jean-Fabien, trois choses m’ont décidée : le titre, forcément un tel titre ne pouvait que me plaire quand on sait que j’ai beaucoup aimé déjà un autre roman dont le titre résonnait comme un échos à celui de Jean-Fabien : Journal désespéré d’un écrivain raté de Mary Dollinger. Deuxième point, le mail était accompagné d’un lien menant au blog de l’auteur et dont la lecture m’a beaucoup amusée. Enfin, un truc tout bête écrit en fin de mail : « Bon ben voilà ». Oui c’est peut-être idiot, mais ce « bon ben voilà » fut aussi décisif car tout à coup le mail devenait vivant. J’ai donc reçu ce roman après quelques échanges de mails. Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Samedi dernier, je me suis rendue à un Salon du Livre très intimiste dans une petite ville de la banlieue parisienne à quelques minutes de chez moi. Je m’y suis rendue à l’origine pour y retrouver Sophie Adriansen qui y présentait ses propres livres. Nous avons donc papoté une bonne heure avant que je me décide à faire un tour du salon et je tombe par hasard sur Jean-Fabien qui lui aussi présentait son roman. Nous nous sommes donc mis à discuter pendant une bonne demi-heure et cette rencontre inopinée a tôt fait de raviver mon envie de lire Le Journal. Il m’a parlé de son roman, de la difficulté de trouver un éditeur, nous avons parlé blog, etc. etc.

Cette petite présentation des circonstances de ma lecture n’est pas là pour me dédouaner de quoique ce soit, et ces circonstances n’ont en rien influencé ma lecture, que les choses soient dites. J’ai juste trouvé les coïncidences assez belles, et j’aime les coïncidences.

Mais venons en au roman en lui-même.

Le Journal d’un écrivain sans succès est une énorme mise en abyme qui frôle la schizophrénie. Jean-Fabien est donc l’auteur du roman et le personnage-auteur du journal, mais aussi l’auteur d’un blog de futur écrivain qui se met en scène dans son propre roman qu’il est en train d’écrire. ça va ? vous suivez ? Mais attendez, ce n’est pas fini. Car ce roman est une vraie poupée russe. Jean-Fabien, le personnage mais aussi l’auteur d’après ce que j’ai compris, est informaticien et s’ennuie à cent sous l’heure dans son job. L’autre souci du personnage (et de l’auteur ? je ne m’avancerai pas sur ce terrain) a quelques soucis avec la gente féminine d’autant qu’il est souvent accompagné d’un copain-collègue surnommé le boulet et qui a fortement tendance à rompre le charme des premières rencontres. La posture de l’écrivain devient alors non seulement une occupation pour tromper l’ennui, mais aussi une manière efficace de draguer. A cela s’ajoute une description assez drôle de l’univers des ingénieurs en informatique et une réflexion sur les blogs d’auteurs non moins passionnante.

Vous l’aurez compris les intrigues sont multiples, les personnalités du narrateur aussi et même certains personnages mènent une double vie. Schizophrène, vous dis-je ! Quoiqu’il en soit on se laisse embarquer dans cette histoire et dans le destin à la fois de cet auteur en quête d’éditeur et de cet homme en quête d’amour. Parfois on s’y perd un peu aussi, il faut le reconnaître et peut-être que le roman aurait gagné en efficacité (oui, je sais ce terme est affreux) si les ressors de l’intrigue  et les procédés narratifs avaient été moins nombreux. Car, en plus du dédoublement du personnage, nous avons droit à un récit narratif « normal », à des extraits de blogs, à des SMS et des mails, mais aussi au journal d’un raid organisé par l’entreprise. Disons que c’est un défaut de premier roman qui a tendance à traiter plusieurs sujets en même temps. Le récit de la vie en entreprise pouvait, à lui seul constituer un roman tout comme les tribulations d’un écrivain.

Pourtant ça fonctionne assez bien et on ne s’ennuie pas à la lecture, d’autant que l’humour est bien présent, parfois un peu trop, mais ne vaut-il pas mieux, tant qu’à pécher, de pécher par excès ? Certaines phrases font mouche, d’autres moins, mais on rit souvent et c’est toujours agréable de se marrer en lisant. Reste à savoir si les lecteurs et les lectrices ont le même humour, mais il faut croire que le mien coïncide assez bien avec le sien.

Jean-Fabien est donc un anti-héros assez sympathique voire touchant et la deuxième partie du roman relatant son histoire avec la belle Servane n’est pas sans charme.

Un roman à découvrir, malgré ces petits problèmes de construction, car il y a véritablement un ton dans l’écriture (à maîtriser peut-être davantage) qui m’a un peu fait penser au premier roman de J. Heska Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir (ici et ).

Je suis un ingénieur qui passe le plus clair de son temps à faire semblant de travailler, je suis un faux écrivain (p.174)

Roman lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres.

challenge-le-nez-dans-les-livres

Merci à Jean-Fabien pour cette lecture et pour cette rencontre très agréable, et bonne chance pour la suite.

Publicités
Poster un commentaire

32 Commentaires

  1. Méfie-toi tu vas désormais recevoir tout un tas de mail qui finissent par « bon bein voilà » maintenant!!! Oui, je sais, plusieurs mois sans commenter et je reviens pour dire ça. Ca va, je sors :p

    Réponse
  2. Et on ne se perd pas dans tous cet imbroglio de personnages doubles? ;-)… En tous les cas, on sent réellement que tu t’es beaucoup amusée avec cette lecture et qu’il y a fort à parier que l’on entendra encore parler de Jean-Fabien!

    Réponse
    • Non on ne se perd pas je te rassure et c’est même assez drôle de passer de l’un à l’autre et de voir comment l’un se nourrit de l’autre. J’espère qu’il fera une longue route.

      Réponse
  3. Il est aussi sur ma pile depuis samedi 🙂 Merci pour le clin d’œil ! La réflexion sur les blogs d’auteurs m’intéresse… A suivre donc !

    Réponse
  4. Apparemment, tu as pris beaucoup de plaisir à cette lecture schizophrènique. Si c’est la même veine que J. Heska dont j’ai lu : « On ne peut pas lutter contre le système » ce ne doit pas être si mal !!!

    Réponse
  5. Quelle belle expérience ! Je suis sure que tes commentaires vont être très utiles à l’auteur pour ses prochains écrits. Allez, je retourner fouiner dans les blogs 😉

    Réponse
  6. C’est exactement le genre de rencontres que j’adore ^^ Quelle belle « aventure » 🙂

    Réponse
    • J’aime beaucoup les histoires autour des livres, comment ils nous arrivent entre les mains, les rencontres qu’ils peuvent provoquer, comme s’ils avaient une vie indépendante.

      Réponse
  7. bon ben voilà… super chronique 😉

    Réponse
  8. En tout cas un livre qui n’a pas l’air d’être commun, atypique. Il me plait bien cet article 😉

    Réponse
  9. C’est marrant, je pensais aussi à Heska. Souhaitons lui une belle aventure ! Ton billet est tentateur. Il a de la chance !

    Réponse
  10. Ton article me plaît bien mais je ne pense pas que le sujet me parlerait.

    Réponse
  11. une belle aventure littéraire donc

    Réponse
  12. Ton enthousiasme pour Heska m’avait décidée a le lire ! Or, je n’accroche pas du tout mais pas du tout ! Je ne désespère pas, je le reprendrai mais je pense que de rencontrer l’auteur ou lier un tant soit peu influence forcement la lecture ! 😉

    Réponse
    • C’est toujours le problème avec des textes où l’humour est très présent, il faut qu’on soit sensible à l’humour de l’auteur. C’est vrai que ça peut influencer la lecture et pas le jugement sur le livre, en tout cas je pense que mon avis sur ce livre aurait été le même si je n’avais pas rencontré l’auteur, mais l’avantage aussi est que ce livre m’a plu.

      Réponse
  13. Ah, les vertiges de la mise en abyme…

    Réponse
  14. touloulou

     /  avril 30, 2013

    J’aime beaucoup l’argument du bon ben voilà, mais aussi parce que ce que tu dis est très vrai !
    Ce roman a l’air en effet surprenant et tu me donnes envie de le lire !

    Réponse
    • Ben oui, moi je veux bien découvrir de nouveaux romans mais il faut me donner un peu envie !
      Si tu veux le lire, je peux te l’envoyer, ce sera avec plaisir !

      Réponse
  15. metaphorebookaddict

     /  mai 1, 2013

    C’est vrai que quelques fois c’est terrible les bouquins reçus par les auteurs!!

    Réponse
  16. mondedepapier

     /  mai 3, 2013

    J’hésitais à lire ce livre et je crois que cet article m’en a convaincu… Merci !

    Réponse

à vous....

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :