« Cranford » Elizabeth GASKELL (LC)

gaskell cranfordDisons pour commencer, que Cranford est aux mains des Amazones ; au-dessus d’un certain loyer, ses demeures ne sont occupées que par des femmes. (p.7)

Dès cette première phrase, le ton est donné. Le roman est constitué de chapitres narrant chacun une anecdote s’étant déroulée à Cranford. La narratrice est une jeune femme qui rend régulièrement visite à son amie Miss Maty Jenkyns, et cela durant plusieurs années. Hébergée par son amie, elle est au centre de tout ce qui se dit dans ce petit village. Les ragots et les histoires des unes et des autres atterrissent toujours, par l’intermédiaire d’autres amies, dans le salon de Miss Maty. Ainsi, au fur et à mesure des chapitres, suivons-nous les aventures sentimentales, pécuniaires ou sociales des habitantes de Cranford.

Comme dans Les Confessions de Mr Harrison, le ton est satirique, un humour très anglais qui m’a également fait penser aux romans d’Agatha Christie mettant en scène Miss Marple. S’il n’est pas question de meurtre et d’enquête policière dans le roman de Gaskell, le principe selon lequel de vieilles filles de la bonne société sont au courant de tout sans sortir de chez elles est le même.

Dans ce village où les femmes issues de la bonne société sont majoritaires, les codes sociaux sont très prégnants : on ne parle pas d’argent dans la rue ; on ne fait pas état de ses sentiments ostensiblement ; on prend soin de bien s’habiller pour recevoir ses amies pour le thé de l’après-midi, on dissimule ses menues économies, etc. La plupart des confessions et des révélations se fait, bien sûr autour d’un thé tout en jouant aux cartes. L’entre-aide, la compassion sont des vertus souvent valorisées. L’amitié entre ses femmes est forte et belle.

Le regard de la jeune narratrice sur ses amies de Cranford est quelque peu distancié. N’habitant Cranford que de façon épisodique, à chacune de ses nouvelles visites elle prend connaissance des nouvelles péripéties qui ont agité le village tout en en racontant la suite. Bien que clairvoyante et parfois quelque peu ironique sur les comportements de ses amies, ses commentaires sont toujours charitables. La voix de la narratrice peut être associée à la voix de l’auteure elle-même.

Dans ce roman, Gaskell donne une vision ironique du mariage qui apparaît bien souvent comme le plus grand maux qui risque de toucher la femme :

– Se marier ! s’écria encore une fois Miss Maty. ça alors ! Cette idée ne m’était même pas venue. Deux personnes que nous connaissons vont se marier ensemble. Le danger se rapproche ! (p.219)

L’homme est souvent perçu uniquement que comme un défenseur potentiel de la femme ou un être capable de résoudre les problèmes d’intendance. La société féminine de Cranford se satisfait parfaitement d’elle-même. Ces femmes vivent leur célibat avec bonheur et le mariage est dénoncé comme la pire chose qui puisse leur arriver. Cette dénonciation toute ironique du mariage si elle fait sourire bien souvent n’en est pas moins efficace. Certes ces charmantes dames nous apparaissent quelque peu superficielles, n’étant préoccupées que des ragots de village, de leur tenue et de leur tricot, et en cela nous pourrions y lire également une critique de cette bonne société, mais Gaskell insiste sur leur bon cœur, la fidélité de leur amitié ainsi que sur leurs conditions de vie souvent difficiles (manque de revenu, regret de la maternité, tristesse de la perte de leurs proches). Ces femmes acceptent leur sort et s’en contentent, il n’y a pas chez elles de revendications féministes ou d’engagement particulier. Gaskell dresse un portrait social d’une certaine société de province avec humour et tendresse.

Ce roman, parfois un peu bavard cependant, est souvent drôle et l’on s’attache à toutes ces femmes. L’espace de quelques pages, nous vivons aussi à Cranford et participons à leurs histoires avec bonheur.

Merci à Titine grâce à qui j’ai reçu ce roman lors d’un concours en partenariat avec 10/18.

Cette lecture s’est faite dans le cadre d’une grande LC. Pour connaître les avis des participantes suivantes, il vous suffira de cliquer sur les liens (cependant les liens parviendront petit à petit au cours de la journée, donc il vous faudra un peu de patience, d’autre part, certaines qui avaient déjà lu Cranford ont opté pour un autre roman de Gaskell) : LouVirgule – Valou – Céline – Emma – Solenn – Sharon – Alexandra – Paulana – Emily – Titine Plumetis Joli – Anis Syl. – ClaudiaLucia – Christelle – Jelydragon

Roman lu également dans le cadre du Challenge God save the livre et du Challenge Victorien.

challenge-god-save-the-livrechallenge-victorien

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49 Commentaires

  1. Je n’ai pas réussi à finir le livre à temps pour la lecture commune, mais mon billet sera en ligne la semaine prochaine!

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  2. Je dois lire Nord et Sud depuis une éternité, mais peut-être finalement vais-je commencer par celui-ci qui me tente bien avec ton billet !

    Réponse
  3. Merci pour cet avis et plus généralement bravo pour le défi Femmesdelettres qui me paraît intelligent ! Ma recension de Cranford d’Elizabeth Gaskell est ici https://femmesdelettres.wordpress.com/2016/11/22/hors-serie-n-5-elizabeth-gaskell/

    Réponse

à vous....

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