« Petits bonheurs de l’édition : Journal de stage » de Bruno MIGDAL

migdal petits bonheursQuand je me suis levée ce matin, rien ne prédestinait au fait que j’allais lire ce livre. Il m’a été très amicalement prêté par une insatiable Charlotte il y a plusieurs mois maintenant, et fidèle à mes mauvaises habitudes, je l’avais laissé sommeiller entre un autre livre venu avec lui, La Liseuse, et Plus jamais d’invités ! de Vita Sackville-West. Mais Charlotte portant bien son nom, une insatiable envie de relire ses livres l’a poussée à me les redemander, ce qui est bien normal. Il m’a paru bien triste d’avoir hébergé si longtemps ces deux livres et de devoir les renvoyer chez eux sans les avoir ouverts, sans m’y être frottée. Voilà comment, j’ai commencé et fini dans la foulée ce petit livre qui méritait bien un billet sur ce blog !

Bruno Migdal, quadragénaire de formation scientifique mais/et grand lecteur, décroche un stage dans une prestigieuse maison d’édition, la Maison, pour une durée de 6 mois. Plus qu’un stage vécu comme une première pierre à un projet professionnel, ce stage est surtout pour lui l’occasion de découvrir ce monde étrange de l’édition, de pénétrer dans l’antre de la littérature. Le livre est donc plus exactement un journal, avec ellipses, comme le souligne le sous titre.

Bruno est donc stagiaire littéraire, lecteur chargé de faire le tri entre le publiable et l’autre, c’est-à-dire la grande majorité des manuscrits arrivés par la poste, le non-publiable. Nous suivons sa découverte de la Maison, la décrépitude de l’endroit, les sphères entre le niveau de la direction et les autres étages, il croise des auteurs désignés par des initiales que l’on joue à identifier avec un petit plaisir de détective, il révèle les copinages du milieu germanopratin, l’outrecuidance de beaucoup, la simplicité de peu, dresse les portraits pas toujours flatteurs des autres stagiaires, des attachés de presse caractérielles ou des assistantes versatiles. L’éditeur apparaît comme un homme pressé, un grand manitou croulant sous les manuscrits. Les bureaux sont étroits, sombres, la lumière du jour a du mal à filtrer, mais Bruno est heureux et se sent à sa place, l’œil et l’oreille sont aux aguets. Pourtant BHL, l’Arlésienne de la Maison, ne sera jamais même entr’aperçu.

La lecture des manuscrits est l’occasion de pointer les défauts de beaucoup d’écrivains : la volonté de faire moderne en utilisant un style vulgaire qui n’amène rien, l’insertion de simili mails qui là encore n’apporte aucune profondeur, des descriptions vides qui ne sont que des noms de rue ou de magasins… Ses remarques apparaissent comme autant d’écueils à éviter pour tout aspirant écrivain. Sans parler des lettres d’introduction aux manuscrits qui à elles seules sont autant de perles.

Au-delà de la vie de la Maison, Bruno l’évoque également comme une entreprise. Il parle de la hiérarchisation, des conditions précaires des stagiaires, de la nécessité de vendre, des méthodes commerciales magistralement orchestrées. C’est le regard candide d’un  homme mûr, qui a passé l’âge d’être stagiaire, et qui a donc le recul nécessaire (et la connaissance littéraire) pour appréhender tout cela avec un humour qui ne se veut pas blessant.

C’est aussi le récit d’un lecteur qui touche du doigt le Nirvana, heureux de pouvoir empocher les livres publiés par la Maison (à défaut d’un salaire digne), de croiser des auteurs, de baigner finalement dans ce lieu qui reste magique tant les livres sont présents parfois jusqu’à l’outrance.

Par ce livre, Bruno Migdal soulève le voile, nous fait voir les rouages de la machine éditoriale, nous explique un peu comment cela se passe. On n’est guère surpris pour tout dire, mais cette lecture reste un petit plaisir qui s’apprécie, comme une lecture interdite.

L’écriture ne s’apprend pas ! Si les fondamentaux en sont dispensés durant la scolarité, la seule lecture personnelle est censée développer les dispositions à l’écriture. Les gens lisent, donc se sentent naturellement en droit d’écrire : imagine-t-on un simple mélomane frapper à la porte d’un orchestre. (p.23)

Un seul petit regret cependant, un style parfois inutilement lourd qui donne un aspect un peu surfait et que semble lui avoir aussi notifié l’Editeur de la Maison : lourdeur de style… artificialité de l’écriture… (p.141). Mais finalement cela s’entrave guère la lecture et on referme le livre avec le sourire aux lèvres, c’est bien là l’essentiel.

Livre lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres et de « Un Jeudi, un livre« . Merci à Charlotte pour sa gentillesse.

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32 Commentaires

  1. Un livre qui a l’air intéressant pour ceux qui s’intéressent à l’envers du décor mais qui n’est pas pour moi ! Dis donc t’as une belle cadence de lecture 🙂

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  2. Intéressant et cela me rappelle une lecture faite il y a très très très longtemps sur un sujet similaire (maison édition vu de l’intérieur). Il faudrait que je retrouve le titre de ce livre !

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  3. Je note ! J’aodre les livres qui permettent de découvrir le milieu de l’édition … parce que je serais bien tentée d’y aller un jour …

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  4. Oh la la ce que ça donne envie!

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  5. Un livre sur les dessous de l’édition, je me frotte les mains hi hi ^^ Et je note !

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  6. Oh, ça a l’air chouette, ça. Moi aussi, je note!

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  7. intéressant … je prends note ! 😀

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  8. Je l’ai lu il y a quelques semaines et j’ai beaucoup aimé !

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  9. Je me le note 🙂

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  10. Ca me tente bien. Tu sais faire craquer tes lecteurs!

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  11. J’avoue que j’aimerais bien savoir comment cela se passe.

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  12. Il est dans ma pal, mon choix a l’air de se confirmer ! Merci pour cet article 🙂

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  13. Forcément, quand on aime la lecture et les livres, un roman qui tourne autour de l’édition ne peut que titiller …

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  14. Très sympa ton blog 🙂

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  15. Je note ! J’ai moi-même eu l’occasion de faire un stage de très courte durée dans une maison d’édition, je pense que je vais y retrouver des éléments que j’ai également vécu à ce moment là. Merci pour la découverte !

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