« Dans la ville des veuves intrépides » de James CANON

canon les veuvesLe Club des Lectrices avait envie de sortir un peu des frontières de l’Europe pour explorer d’autres continents, et c’est vers l’Amérique Latine et plus précisément la Colombie que son choix s’est porté avec un roman de James Canon, de nationalité colombienne mais qui écrit en anglais.

Dans la Ville des veuves intrépides se déroule donc dans un petit village de Colombie, Mariquita, en 1992. Un beau dimanche matin, une cohorte de guérilleros débarque dans le village et réquisitionne avec violence tous les hommes du village, assassinant sauvagement ceux qui tentent de fuir. Désormais, seules les femmes restent, mis à part le padre Rafael. Que vont-elles devenir ? Et comment vont-elle subvenir à leurs besoins ?

Le roman est composé de plusieurs portraits et histoires de certaines des femmes du village. Ces portraits permettent également de raconter l’évolution du village, son organisation sur une période de 15 (ou 17 ?) ans. Chaque portrait est également suivi de témoignages d’hommes engagés soit dans l’armée paramilitaire, soit avec les guérilleros ou encore dans l’Armée nationale colombienne. Ces témoignages révèlent les exactions commises par les trois camps, et montrent donc toute la violence de cette révolution.

La composition de ce roman est un de ses premiers atouts, même si, au fil des pages, une certaine lassitude m’a gagnée et si les témoignages des hommes ont suscité chez moi une certaine angoisse.  L’autre intérêt est le ton de la narration. Un humour et une certaine folie règnent dans ces pages ce qui permet de suivre les aventures un peu rocambolesques de ces femmes avec souvent un sourire aux lèvres.

Mais ce qui m’a vraiment intéressée est la création de cette communauté de femmes, de cette mise en œuvre d’une société matriarcale qui, d’année en année, parvient à créer une société régit sur le mode du partage et pose cependant certaines problématiques évidentes comme la reproduction, l’amour homosexuel et l’émancipation féminine. Ces femmes ne sont pourtant guère épargnées par l’auteur. Elles sont souvent fortement poilues, hommasses, très corpulentes, un peu hargneuses, et, il faut le dire, passablement castratrices : le petit Julio devient travesti, le padre est impuissant et les 4 jeunes garçons, seuls mâles potentiellement reproducteurs, rêvent que leur pénis a disparu ou que des seins leur ont poussé. Ainsi, non seulement les hommes ont disparu, mais ceux qui restent ont perdu toute virilité.

Les femmes sont donc toute puissantes et vont, sous la direction de Rosalba, madame le maire, organiser une société qui finira par vivre en totale autarcie et en ayant rejeté au loin toute violence qui devient alors le fait des seuls hommes.

Je n’arrive pas réellement à savoir si j’ai aimé ou pas. Je l’ai lu sans réel déplaisir, certains passages m’ont paru un peu longs et répétitifs, certaines anecdotes un peu trop tirées par les cheveux, mais, en le refermant ce matin, je me suis quand même dit que j’avais passé quelques bons moments en le lisant. J’ai aimé l’originalité de la narration, la construction qui finit par se boucler, les réflexions sur une société matriarcale et certains portraits de femmes, ainsi que la façon de traiter la Révolution colombienne des années 90 et notamment en mettant en parallèle la vie des femmes restées seules au village et la vie des hommes engagés malgré eux. C’est un avis donc ni-oui ni-non que je vous livre ici, vous laissant le plaisir de le découvrir par vous même, si le cœur vous en dit.

Je viens de découvrir que ce roman a été adapté (hum façon de parler!) au cinéma en 2011 aux Etats-Unis. La bande annonce révèle que cette adaptation est bien éloignée de l’esprit du roman, ne serait-ce que par le casting. Pour ceux et celles qui ont lu le livre, Rosalba incarnée par Eva Longoria tient du pur fantasme ;) !

Roman lu dans le cadre du Club des Lectrices pour sa réunion du 20 Janvier et du Challenge La Littérature fait son cinéma !

Challenge la littérature cinéma

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30 Commentaires

  1. Je retiens l’avantage du dépaysement pour ce livre, c’est intéressant de changer de territoire de temps à autres, et ne pas rester sur les traditionnels terrains français ou britanniques, sans pour autant dire qu’ils ne sont pas bon !
    je l’ai croisé deux ou trois fois ce roman, mais je ne me suis jamais vraiment posé la question à savoir si j’allais le prendre ou non…le sujet n’est pas ce qui m’intéresse le plus, probablement.

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  2. J’avoue que le sujet ne me tente guère même si j’ai envie de découvrir la littérature sud-américaine je ne crois pas que ce sera avec celui-ci

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  3. J’ai bien aimé ce roman, même s’il n’est pas la hauteur des autres exemples de réalisme magique.

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  4. Je trouvais la couverture si jolis que je me suis précitée dessus mais je n’ai pas été conquise.

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  5. Je ne connaissais pas ce livre. Comme le dit Valérie la couverture est jolie. Comme j’organise un challenge de lectures en espagnol, je le mets dans ma pile à lire. J’espère ne pas être déçu vu les critiques…

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  6. J’avais lu Les oreilles du Loup d’Antonio Ungar, auteur colombien et comme toi, j’étaiis ressortie de cette lecture mi-figue, mi-raisin mais un peu déçue de n’avoir pas découvert plus que ça la culture colombienne à travers ce roman.

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  7. mi-figues, mi-raisins, cela fait une très bonne confiture

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  8. Moi aussi ce roman m’intéresserait beaucoup à cause de l’organisation matriarcale. on retrouve un peu de cela dans le livre « Cranford » d’Zlizabeth Gaskell, des villages habités quasi exclusivement par des femmes.

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    • Je pense que la perception de Gaskell me plaira davantage 😉 même si les réflexions sur une société matriarcale sont intéressantes dans ce roman, mais c’est la vision d’un homme… !

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  9. J’avais beaucoup aimé ce roman, assez fou et les personnages complètement déjantés.

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  10. Je me retrouve un peu dans ta critique finalement, même si mon avis est plus tranché. Il y a des éléments que j’ai aimé, mais comme tu as dit, certains témoignages étaient trop tirés par les cheveux…cela m’a vraiment gâché une partie de ma lecture. Cela lasse à la fin en effet…

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  11. Qu’est ce que j’ai aimé ce livre… J’ai adoré ! J’aime l’univers un peu « fantastique » parfois de la littérature sud américaine.Dommage que tu aies eu une lecture mitigée…

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  12. J’ai lu ce roman, peu après sa parution en broché, et je l’avais bien aimé, [mon lien : http://laculturesepartage.over-blog.com/article-23942225.html%5D mais je ne savais pas qu’il y avait une « adaptation » cinéma !

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  13. Rosalbeva? Hahahaha!
    Sinon, nous avons plus ou moins le même ressenti, j’ai toutefois été plus sensible aux destins individuels de ces femmes qu’à la mise en place de leur société… J’ai également été passablement irritée par le fait que Rosalba devienne maire suite à une intervention masculine!

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    • Oui il fallait le faire, gros problème de casting à mon avis 😉 !
      La mise en place de la société reste une conséquence des destins de ces femmes, c’est par leur personnalité et la vacance des hommes que certaines ont pu prendre le pouvoir.

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  14. Marjolaine

     /  janvier 29, 2013

    après desperate housewives ça me ferait bizarre de voir Eva Longoria incarner Rosalba qui me paraît plus vieille, plus laide, plus rustre dans le roman…

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  15. Merci pour l’adaptation! Je vais essayer de la voir

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à vous....

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