« Le Roman d’Ernest et Célestine » de Daniel PENNAC

pennac ernest et célestineL’un des multiples bonheurs d’avoir des enfants, c’est, pour des lectrices et lecteurs comme nous, d’avoir le prétexte d’acheter des livres jeunesse. Pour Noël, je n’ai pas résisté à l’envie d’offrir à Antoine Le Roman d’Ernest et Célestine de Daniel Pennac, scénario (mais plus encore) du film qui passe en ce moment au cinéma. Antoine étant toujours un peu récalcitrant aux romans un tant soit peu épais et Eliot souhaitant connaître aussi cette histoire, nous avons donc décidé que je la leur lirai un peu tous les soirs avant d’aller voir le film. Cette lecture à voix haute a donc occupé nos soirées pendant une petite semaine.

Une lecture à voix haute et à plusieurs est une expérience bien différente d’une lecture silencieuse et en solitaire. Les mots, les traits d’humour, les intonations de la voix, les changements de voix procurent un plaisir amplifié par les réactions des enfants écoutant, suspendus à mes lèvres, l’histoire qui se déroule.

Ernest-et-Celestine-de-Gabrielle-Vincent-Livre-pour-enfants_00

Daniel Pennac, dans ce roman, raconte la rencontre entre Ernest, un ours brun et Célestine, une petite souris. Ces deux personnages, créés par Gabrielle Vincent en 1982, sont les héros d’albums pour enfants. Pennac crée ici une histoire originale.

Ernest et Célestine n’étaient pas destinés à se rencontrer et encore moins à être amis. Car, de tout temps, les Ours, en haut et les Souris, en bas, sont des ennemis jurés. Mais voilà, Ernest et Célestine sont un peu à part. Ils refusent tous les deux leur destin ancestral : Ernest aime la musique et ne veut pas être juge comme tous ses ancêtres, et Célestine veut être peintre et non dentiste. Leur amour de l’art va créer entre eux un lien amical fort envers et contre tous.

L’histoire inventée par Pennac est pleine de rebondissements, de douceurs, de rires, mais aussi de violence. Les deux mondes s’affrontent, et Ernest et Célestine vont vivre moult péripéties et revirements, poursuivis à la fois par le monde d’en bas et le monde d’en haut. L’écriture de Pennac est rythmée, s’accélère dans l’action, se ralentit dans les moments calmes, se tend en plein suspens, si bien qu’elle s’adapte parfaitement à la lecture à haute voix. J’ai rarement trouvé un texte qui réponde à ce point à la lecture à haute voix pour les enfants. La meilleure preuve est que les enfants ont été captivés et réclamaient chaque soir leurs chapitres.

Là encore, dans ce roman, j’ai retrouvé l’humour et le sourire de Pennac. Les titres des chapitres sont un exemple de cet humour intelligent et sensible que j’aime tant : chapitre 3 : Comment tout commença (Il faut bien que ça finisse par commencer) ou encore chapitre 30 : Le dernier chapitre (Mais les histoires ne finissent jamais, elles continuent en nous). Mais dans tout le roman, Pennac insère des traits d’humour et des situations comiques.

Mais ce roman a aussi une portée morale (bon dit comme ça, ça fait un peu solennel), car ce que montre cette histoire d’amitié impossible est que la peur de l’autre naît de la méconnaissance, des préjugés et de la méchanceté, et qu’il faut dépasser ces a priori, aller vers l’autre pour mieux le comprendre et ne plus en avoir peur.

Comme je le disais au début, ce roman est le scénario du film Ernest et Célestine, mais il est un peu plus que cela, car Pennac insère parfois en fin de chapitre des dialogues entre l’Auteur, le Lecteur, Ernest et Célestine. Des dialogues en marge de l’histoire qui interrogent sur la lecture, l’écriture de roman et les personnages. Si j’ai aimé l’histoire racontée, je crois que j’ai surtout apprécié ces petits dialogues qui expliquent comment se crée une histoire, qui montrent les exigences du lecteur, comment le personnage peut avoir une vie indépendante orientant le récit dans une autre direction… bref du Gérard Genette devenu accessible aux enfants et drôlement plus sympa :

Le Lecteur : Excusez-moi d’intervenir, chez Auteur, mais ça va durer encore longtemps ? Non, je vous pose la question parce que moi, les descriptions, je n’aime pas beaucoup ça…

Ernest : Tu n’as qu’à sauter le chapitre !

Célestine : Ernest, ne sois pas désagréable avec le lecteur, tu veux ?

Ernest : Ecoute, il n’est jamais content. Tout à l’heure on voulait qu’il saute un chapitre abominable, il a refusé, et maintenant qu’on lui fait un joli chapitre de description, il veut le sauter. (pp.94/95)

Allez encore un petit extrait :

Le Lecteur : Mais quoi ?

L’Auteur : Mais il faut que je me repose un peu. Je vais aller me faire un café.

Le Lecteur : Ah ! Non ! Ce n’est pas le moment !

Ernest : Il a bien droit à son petit café, tout de même?

Célestine : C’est vrai. Il a beaucoup travaillé aujourd’hui.

Le Lecteur : Pas question. Je veux la suite, moi ! (pp.72/73)

Ces dialogues sont une merveille et ont provoqué plusieurs interrogations de la part de mes enfants sur le rôle de l’auteur et du lecteur. Notamment dans un passage où l’auteur écrit qu’il « raconte » l’histoire. Ce verbe raconter a entraîné quelques discussions intéressantes.. Car qui raconte en fait : l’auteur ou maman ? L’auteur raconte une histoire par écrit et maman raconte l’histoire en la lisant. Mais alors ? le Lecteur de l’histoire, qui est-il ?

Moi qui adore les interventions d’auteurs, les mises en abyme et la métatextualité (oui terme barbare, je l’avoue et qui signifie tout simplement un texte qui explique sa propre fabrication, c’est donc en gros un texte qui parle de lui-même, exactement ce que font Ernest, Célestine, L’auteur et le Lecteur dans ces dialogues), j’étais aux anges avec ces dialogues et je trouve génial d’initier les enfants à la stylistique sans en avoir l’air ! Pennac reste un prof dans l’âme, un prof fabuleux en plus d’être un merveilleux conteur d’histoires !

Nous allons voir le film cet après-midi 😉 !

Roman lu dans le cadre du Challenge Daniel Pennac , le Challenge La littérature fait son cinéma et du Challenge Le Nez dans les livres.

challenge Daniel Pennacchallenge-le-nez-dans-les-livresChallenge la littérature cinéma

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38 Commentaires

  1. Je vais également voir le film cet après-midi !!

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  2. pralineries

     /  janvier 16, 2013

    Roh, tu me fais envie. Je crois que même sans enfants, je vais le lire 🙂

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  3. Bon film à demain vous 3 ! Le film comme le livre ont l’air formidables en tout cas

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  4. Nous avons lu l’album du film et avons vu le film, très doux, très tendre … Je n ai pas lu ce roman pourtant Pennac prend de la place dans ma bibliothèque. Je vais attendre que mon fils grandisse un peu .

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  5. Pas besoin d’enfants pour aller voir des films d’animation ou acheter des livres jeunesse =) Bon d’accord, les jeunes me regardent parfois d’un oeil de travers quand je squatte le petit rayon jeunesse de la bibliothèque.
    J’ai mis ce livre dans ma liste de cadeaux « j’voudrais bien c’bientôt mon anniversaire », pas tant pour célestine et ernest, mais surtout pour Pennac ♥

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  6. Par contre, je n’ai jamais lu sa littérature jeunesse

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  7. J’ai d’abord eu très envie d’acheter ce livre, puis j’ai vu le film et me suis dit « à quoi bon puisque je connais déjà l’histoire ? ». Mais avec ton post, l’envie redevient très forte ! 😀

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    • EN fait il y a des choses dans le roman qu’il n’y a pas dans le film (comme souvent dans les adaptations), et je crois que même si tu connais l’histoire, tu la découvriras un peu différente dans le roman !

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  8. Bon film à vous alors ! J’aime bien lire à haute voix 🙂
    Bises

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  9. Bon film 🙂 très intéressant ton billet 🙂

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  10. Je n’étais pas particulièrement tentée : Ernest et Célestine, ce n’est pas notre truc, ni à l’un ni à l’autre. Mais les extraits que tu cites avec les interventions de l’auteur et du lecteur me plaisent bien.

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  11. Oh la la, tu me donnes trop des regrets, il était dans ma LAL de décembre et finalement il n’est pas passé dans ma PAL ! Et comme maintenant je commence à m’intéresser à la rentrée de janvier, bon, tu vois… Mais je me demande si je ne vais pas craquer quand même !!

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  12. Un très bel article et ce livre me tente beaucoup. Fleur est trop petite pour que je le lui lise à voix haute, mais je l’ai emmenée voir le film et elle a beaucoup aimé. Et nous avons lu l’album. Tu as bien raison de faire la lecture à tes fils : j’ai lu des romans à mes aînés jusqu’en 6e ou 5e, juste pour le plaisir car ils lisaient très bien tout seuls évidemment.
    J’ai annoncé ton challenge sur mon blog. Voici le lien : http://a-fleur-de-mots.over-blog.com/article-de-nouveaux-challenges-pour-2013-114449717.html
    A bientôt et bonne fin de semaine !

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  13. et voilà, petit à petit, grâce à tes derniers billets tu me pousses toujours un peu plus vers Pennac, en parlant si bien de ses écrits ! je regrette de ne pas l’avoir vu à l’Armitière, il y a deux mois, sa dédicace ayant lieu en semaine pendant que je bossais !
    je pense que je vais en sortir un d’ici le mois prochain vois tu !

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  14. J’ai hâte que le film sorte au Québec et ensuite, je suis certaine que je voudrais me jeter sur le livre et ça servira aux enfants plus tard (j’espère qu’ils dévoreront les livres comme nous)

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  15. J’adore Pennac moi aussi. J’ai amené ma petite fille voir le film mais a 2 ans et demi, je savais qu’elle aurait des difficultés à suivre. Ce qui a été le cas, elle a décroché à plusieurs reprises mais au moment où je pensais partir, une scène la fascinait et .. elle est finalement allée jusqu’au bout! A la sortie, elle m’a dit qu’elle n’aimait pas le film et le lendemain : « et pourquoi on ne retourne pas voir Ernest et Célestine? ».;
    Si tes enfants ne l’ont pas lu, je te conseille Cabot Caboche, un livre que ma fille avait appris par coeur quand elle avait dix ans.

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    • A 2 ans et demi, ce n’est pas évident et je pense qu’elle a dû avoir peur de la méchante Grise 😉 !
      J’ai acheté « Cabot Caboche » justement dimanche et je sens que je vais le lire bientôt ! Je l’ai montré à Antoine, et il a eu l’air de vouloir le lire, sinon je me ferai un plaisir de le lui lire !

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  16. C’est étrange car je n’ai jamais accroché aux livres de Pennac alors que j’aime énormément le personnage, je viens de voir que j’en ai un ou deux dans ma PAL, il faudrait que je retente (La Fée Carabine et les Malaussène). Mais c’est toujours bien de lire aux enfants, le plus possible ! 😉 Je vais voir ton challenge, ça va peut-être me motiver !

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  17. Je pense que je lirais des passages à ma petite fille mais nous n’irons pas voir le film. Elle n’a que deux ans et sept mois ! Par contre je vais retrouver le livre qui est sorti il y a quelques années…
    Bonne soirée !

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  18. une belle découverte en version poche! et comme les illustrations me manquent, je ressors mes vieux albums et je me mets en quête du film!

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  19. Je viens de terminer ce livre qu’un de mes élèves m’a prêté.
    J’ai beaucoup aimé la façon qu’a Daniel Pennac de raconter l’histoire de ces sympathiques personnages. Un roman à mettre entre toutes les mains.

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à vous....

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