« Les Confessions de Mr Harrison » d’Elizabeth GASKELL

gaskell les confessionsOn me traite parfois de tentatrice, mais à tentatrice, tentatrice et demie, car il y a pire que moi sur la blogosphère littéraire, il y a Titine ! C’est en effet essentiellement grâce à elle (je suis reconnaissante je ne dis pas « à cause ») que le nom d’Elizabeth Gaskell m’a été révélé, et voilà longtemps que je voulais enfin lire une de ses œuvres que le blog de Titine évoque si souvent et en termes alléchants ! C’est aussi grâce à elle que j’ai remporté un autre roman de cette auteure anglaise : Cranford, lors d’une petit concours, grâce à elle aussi que j’ai acheté Nord et Sud et bien évidemment ce court roman ou cette longue nouvelle. La tentation était tellement forte que Les Confessions de Mr Harrison n’a même pas eu le temps de passer par la case PAL, c’est vous dire !

Mr Harrison, fraîchement diplômé de la célèbre faculté de médecine de Londres, s’installe dans le petit village de Duncombe sur l’invitation d’un cousin de son père, qui souhaite partager avec lui sa clientèle. Jeune homme sérieux, il écoute les conseils du docteur Mr Morgan afin de s’attacher la bonne considération des habitants et donc futurs patients. Mais dans ce petit village, Mr Harrison va vite se rendre compte que les ragots vont bon train et que la gente féminine en est friande.

Le récit est, comme le titre l’indique, une longue confession de Mr Harrison à un ami, Charles, venu le visiter et qui lui demande instamment comment il s’est fait aimer de son épouse : Raconte-moi comment tu t’y es pris pour gagner son cœur (p.7). Cette confession est essentiellement drôle, car le regard du héros sur cette petite bourgade anglaise est à la fois celui d’un Londonien découvrant la province, mais aussi celui d’un homme à présent marié et installé reconsidérant les évènements qui ont marqué sa rencontre avec sa femme et donc un regard quelque peu distancié qui permet l’humour.

Elizabeth Gaskell dresse un portrait satirique des mœurs de village : les ragots colportés par les commères ; les préjugés sur les Londoniens mais aussi sur les provinciaux, etc. Elle met en place toute une galerie de portraits : la veuve qui ne cesse de parler de feu son époux ; la vipère toujours prête à nuire au nouvel arrivant ; la mère voulant désespérément marier sa fille pour en être débarrassée ; le vieux médecin de campagne (on est loin de Balzac toutefois!) légèrement paternaliste, etc. Ce sont essentiellement les femmes qui sont au centre de ce roman, et ce pauvre Mr Harrison va être pris d’assaut par une armée de valkyries. Le récit des circonstances qui ont amené Mr Harrison à se marier est jubilatoire. Le pauvre semble être perdu dans une contrée inconnue, se confrontant à des mœurs obscurs, ne sachant plus comment réagir. Cerné par les femmes, il risque bien d’être vampirisé.

L’autre intérêt de ce roman est aussi la vie des médecins de campagne à l’époque et la différence des pratiques entre le vieux médecin de province et celles du jeune diplômé londonien au fait des nouveaux traitements. Les oppositions entre Mr Morgan et Mr Harrison restent encore très modernes, leur pratique de la médecine repose sur des principes différents, mais chacun va découvrir les valeurs de l’un et de l’autre et va ainsi améliorer ses propres méthodes. Mr Harrison bénéficiera de l’expérience de Mr Morgan, et ce dernier se montrera moins timoré et méfiant envers les nouveaux traitements.

Il y a dû y avoir un réel amusement de la part d’Elizabeth Gaskell à écrire ce court roman, cela se sent dans son écriture et transparaît parfaitement à la lecture. Ici pas de tourments amoureux poignants, et même si certains épisodes sont plus émouvants, l’auteure ne s’y attarde pas trop préférant reprendre un ton plus enjoué. Les imbroglios amoureux souvent présents dans les romans de l’époque sont ici traités avec humour et fantaisie et tout finit, comme tout bon roman, par de beaux mariages. Elizabeth Gaskell semble s’être amusée à écrire ici un roman parodique des romans de l’époque, poussant plus loin encore l’humour d’une Jane Austen sur les mœurs de la bourgeoisie provinciale.

Roman lu dans le cadre du challenge God save the livre et du challenge Victorien (of course !).

challenge-victorien

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47 Commentaires

  1. Il est dans ma PAL mais j’ai encore plus envie de le lire maintenant (c’est aussi du victorien envoie-moi le lien à l’occasion 😉 )

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  2. Effectivement, c’est bien tentant.

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  3. Et voilà, je l’ai lu. J’ai bien aimé dans l’ensemble et je te rejoins sur la partie témoignage de la vie d’un médecin en campagne à cette époque. Le ton est gai et heureux malgré cette gravité latente. Après, j’ai trouvé les personnages un peu trop caricaturaux, mais cela est surement du au format très court de ce roman. J’ai « Cranford » dans ma PAL et il est possible que je me laisse tenter ensuite par « Nord et Sud ».

    Réponse
    • Je pense que c’est un peu normal que les personnages soient caricaturaux, c’est sans doute dû à l’ironie aussi ! Avec Lou ont organise une LC sur « Cranford » début Mars si ça te dit !

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  4. Tu es la première à me donner envie de le lire ! C’est grâce au point de vue du narrateur je crois 🙂 Je le note, merci !

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à vous....

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