« A Room with a view » James Ivory (1986)

Parmi les films qui peuplent mon musée cinématographique personnel, A room with a view est sans doute celui qui arrive en tête. Vu à sa sortie en salle, alors que je n’avais que 14 ans, ce film, 26 ans plus tard agit toujours sur moi avec la même puissance. Au fil des années, je l’ai vu et revu, au point d’en connaître certaines répliques par coeur.

Hier, le programme télé étant d’un vide sidéral, je me suis souvenue que je l’avais enregistré il y a déjà quelques mois. Seule sur mon canapé, je suis donc retournée à Florence et en Angleterre l’espace d’une soirée.

Adapté d’un roman de E. M Forster, Avec vue sur l’Arno, ce film est une merveille pour de nombreuses raisons, et a sans doute aujourd’hui quelques charmes supplémentaires.

Lucy Honeychurch est une jeune fille de la bonne bourgeoisie anglaise, élevée assez librement par une mère veuve, aimante. En villégiature à Florence, accompagnée de son chaperon, sa cousine Charlotte Bartlett, elle séjourne dans une pension de famille où résident également un père, Mr Emmerson, et son fils, George, une romancière quelque peu extravagante, Eleanor Lavish, le révérend Beebe, et deux vieilles dames, anglaises types. Dans ce décor sublime de Florence, George et Lucy vont vivre un amour naissant, mais que Lucy se refuse à reconnaître.

Deux parties principales structurent le film : A Florence, puis de retour en Angleterre, dans le petit village où résident la famille de Lucy, ainsi que le révérend Beebe. Mais l’installation des Emmerson, va quelque peu bouleverser la destinée de Lucy.

Florence est un personnage essentiel du film (et sans doute du roman que je n’ai toujours pas lu), qui hante et, comme le dit la romancière, transfigure la jeune fille (Pourquoi ne serait-elle pas transfigurée ?). L’ambiance est vibrante, et le décor sublime de la ville italienne et de sa campagne est un écrin parfait à cet amour romanesque (le terme est d’ailleurs répété plusieurs fois). James Ivory est un metteur en scène que j’aime beaucoup et dont j’ai vu la plupart de ses films, souvent d’ailleurs des adaptations des romans de Forster (Maurice, Retour à Howard Ends, par exemple). Les anglais y sont décrits dans leurs caractéristiques, sans que cela fasse clichés : le thé, la réserve, la bienséance, leur curiosité pour les voyages, leur extravagance aussi. C’est la rencontre de la chaleur, de l’intensité italienne et du flegme britannique, une mélange explosif. Le réalisateur sait se moquer gentiment de ses compatriotes, et Charlotte Bartlett est le personnage qui en fait le plus les frais, mais avec un humour tout anglais et fin. Florence apparaît dans toute sa beauté architecturale et artistique, ville solaire où les passions, les sentiments, la vie sont exacerbés, pouvant aller jusqu’à la violence.

L’Angleterre est verte, pluvieuse, plus littéraire que picturale. Là, les gens se tiennent, les sentiments sont étouffés, les rapports entre les êtres sont plus contenus, pris dans les conventions. Lucy incarne alors cette rencontre entre le Sud et le Nord : bien élevée, anglaise par définition, elle a cependant l’âme italienne, une âme exaltée qui transparait dans sa façon de jouer du piano.

Tout est merveilleux dans ce film : l’image, les costumes, les intérieurs, la musique, les personnages. L’humour toujours présent est un souffle qui n’empêche pas le film d’être aussi la vision d’une époque et d’une société anglaise au début du XXe siècle férue de voyage (il est question du fameux Baedeker, guide touristique célèbre en Angleterre à l’époque pour son format poche) mais encore corsetée, et dans laquelle la sexualité reste tabou. Mr Cecil Vyse est l’incarnation extrême de cette société : esthète, froid, distant, hautain, niant le corps et le désir, il est parfaitement incarné par un Daniel Day Lewis méconnaissable.

Car le charme supplémentaire de ce film vu hier réside aussi dans les acteurs. En 1986, il n’y avait pas encore eu les adaptations de Harry Potter, il n’y avait pas encore eu les nouvelles versions de 007, il n’y avait pas encore eu 4 mariages et un enterrement. Or en regardant ce film, quel plaisir de revoir dans leur jeunesse Helena Bonham Carter (Lucy), Maggie Smith (Charlotte), Simon Callow (Mr Beebe) ou encore Judi Dench (Eleanor Lavish). Vous ne voyez pas de qui je parle ? Alors regardez ces photos et vous allez vite comprendre :

J’ai aimé retrouver tous ces acteurs anglais, et ce film aujourd’hui pour moi a beaucoup à voir avec une certaine nostalgie.

Il me reste à présent à lire le roman de Forster, qui malheureusement n’est plus édité mais que j’ai eu la chance de trouver en occasion. Appel du pied à 10/18 !

Pour le plaisir de voir et revoir cette scène si belle !

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50 Commentaires

  1. J’adore et le film et le livre! Tu m’as donné envie de le revoir avec cet article, je vais essayer de le faire ce week-end.

    Réponse
  2. eimelle

     /  mars 2, 2013

    Je crois que je vais me laisser tenter par ce film maintenant que le livre m’a séduite!

    Réponse

à vous....

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