« Halte aux livres ! » de Brigitte Smadja

Quand on est, comme moi, addict aux livres, qu’on en achète, en emprunte, en troque, en reçoit à tout va, quand les étagères en sont pleines, quand on ne cesse de les empiler partout dans la maison et que l’on a des enfants, on peut se demander si, tous ces lives, finalement, ne sont pas étouffants pour eux. Je me suis souvent poser cette question. Et si ma passion de la lecture et des livres n’était pas en train de dégoûter mes enfants de la lecture. Le roman jeunesse de Brigitte Smadja aborde cette question du point de vue de Basile dont la maman a beaucoup de point communs avec moi. Elle aime lire, aller au Salon du livre et offrir des livres à son fils. Mais Basile, lui, n’aime pas les livres, il les déteste même, mais se garde bien de le dire de peur de faire de la peine à sa maman, et qu’elle ne l’aime plus. Dans sa chambre, une immense bibliothèque couvre les murs, prend toute la place. Mais ce que Basile aime c’est la science, c’est démonter des lampes et voir ce que cache l’intérieur d’une radio ou de la télévision. Le problème est que ces démontages énervent Papa, et que sa chambre est un vrai capharnaüm ce qui ne fait pas très plaisir à Maman. Un dimanche après-midi au Salon du Livre va alors devenir un vrai cauchemar pour Basile, mais aussi pour Maman.

J’ai choisi ce livre pour Antoine, je dois l’avouer, un peu par culpabilité, et un peu aussi pour voir ce qu’il en pensait, lui, de tout ça. Il l’a commencé, pas encore fini, donc je n’ai pas encore sa réponse. Je le lui ai piqué ce matin sur sa table de nuit, je voulais voir comment Smadja traitait la question. Et j’ai aimé. Car finalement, ce que Basile n’aime pas, ce ne sont pas les livres, mais la lecture en solitaire. Il regrette le temps où, avant la naissance de sa petite sœur, son père lui racontait Le Petit chaperon rouge en prenant une grosse voix pour faire parler le loup. Quand Basile relit seul ce conte, il n’a plus peur du loup, il ne ressent pas la même chose.

Et puis Basile est un scientifique dans l’âme. Il ne croit pas aux lapins verts, et aux animaux qui vivent comme des humains.

Cette fois, je n’en peux plus de ces milliers de pages et d’images de lapins qui se marient, de crocodiles qui perdent leurs dents, de cochons qui s’achètent des maisons de campagnes, de souris qui n’en finissent plus de se reproduire. (p.55)

La maman de Basile n’a pas su tenir compte des envies de son fils, et a donné aux livres une fonction que d’autres donnent à la télévision : un moyen de se débarrasser de ses enfants. Basile est donc partagé entre la peur de déplaire, et cette haine pour les livres qui symbolisent encore plus sa solitude face à une petite sœur qui accapare toutes les préoccupations parentales.

Je vous rassure, les choses vont s’arranger, et Basile va se réconcilier avec les livres, mais je ne vous dirais pas comment.

Ce petit roman m’a donc beaucoup intéressée, car il m’a permis de me remettre en question, et de m’interroger aussi sur le fait que la lecture reste un choix personnel que l’on ne peut imposer aux autres, et surtout à ses enfants. Quand on est parent, et même si l’on n’est pas nécessairement un gros lecteur (comme le papa de Basile), la lecture est importante, on veut que nos enfants lisent, parce que c’est important, pour l’école, pour la culture, pour l’orthographe, on est fier d’affirmer que nos enfants dévorent les livres, bref, on met sur la tête de nos enfants une pression telle que parfois, la lecture devient une corvée, et que les enfants prennent les livres en grippe. C’est oublier que la lecture est avant tout un plaisir et non un devoir, et que nos enfants ne prennent pas nécessairement plaisir aux mêmes choses que nous. C’est oublier aussi, que la lecture peut être un partage, un moment intime entre soi et ses enfants. Un moment pendant lequel on est ensemble, blotti l’un contre l’autre. Quand un enfant commence à savoir lire tout seul, on le laisse se débrouiller, il est tout seul, justement, et c’est bien ce que regrette Basile. Car tous les enfants aiment les histoires, mais tous ne sont pas toujours prêts à se retrouver seul face à un livre.

Brigitte Smadja a écrit là un roman qui, à la fois, déculpabilise les enfants mais aussi fait réfléchir les parents.

Roman jeunesse lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres.

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43 Commentaires

  1. j’aime parce que c exprecif et imaginaire

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à vous....

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