« Arsène » de Juliette Arnaud

Juliette Arnaud vient du théâtre (entre autres), connue pour une pièce qu’elle avait co-écrite et jouée : Arrête de pleurer Pénélope. Grande bringue avec un faux air de Vanessa Paradis qui saurait sourire, elle vient d’écrire un premier roman jeunesse dont le personnage éponyme semble inspiré de sa propre personne.

Georges entre au collège. Il est plus petit que tous ces camarades, il travaille très bien, aime lire, il part donc avec pas mal de handicaps. Pour fêter son entrée en sixième, ses parents lui offrent des jumelles alors qu’il rêvait d’un micro professionnel pour s’entraîner à être commentateur sportif, comme son idole Arsène Wenger (je vous rassure il a fallu que je cherche sur Google qui était cet homme, ma culture footballistique étant assez proche du néant). En regardant, muni de ses jumelles, par sa fenêtre, il tombe sur sa jolie voisine en train de tenter d’accrocher des rideaux et jurant comme un charretier. Il tombe sous le charme, la trouve extra, fascinante à tel point qu’il la baptise du prénom de son idole : Arsène. Va alors se nouer une amitié particulière entre ce jeune garçon un brin solitaire et très intelligent, et cette jeune fille, d’une vingtaine d’années, plutôt libérée et un peu paumée.

Le narrateur principal est Georges, et l’écriture reflète son langage, ses pensées. Le lecteur plonge dans sa tête, et le style relève donc de l’oralité. Cette oralité ne m’a pas gênée, même si parfois elle est poussée un peu loin, un peu exagérée voire surfaite, mais dans l’ensemble, j’ai trouvé que Juliette Arnaud la tenait et qu’elle avait su la maintenir jusqu’au bout. Par contre j’ai été moins convaincue par certains passages en focalisation interne qui nous plongent dans les pensées de trois adultes : le prof le gym, la prof de français et le libraire. Outre le fait que ces trois personnages sont très liés, plus ou moins malgré eux, à Georges, il m’a semblé que leurs pensées et leurs interventions n’apportaient rien de plus au roman, voire arrivaient parfois comme un cheveu sur la soupe, alors que bien souvent je n’avais qu’une envie, poursuivre la lecture des aventures de Georges. J’ai bien senti que l’auteure cherchait par leurs interventions à expliciter, à rendre plus clair le mystère qui enveloppe Arsène, mais je ne suis pas sûre que ce choix narratif était le bon.

En dehors de ces quelques points, j’ai été plutôt agréablement surprise par ce roman. En premier lieu parce que ce personnage de Georges est vraiment très attachant, bien construit, on le voit réellement vivre et penser. Sa passion pour le foot, et notamment pour Arsène Wenger, le rend plus particulier, plus dense, et n’est pas juste un prétexte, mais apporte vraiment de l’épaisseur au personnage. J’ai aimé aussi tout le petit monde que l’auteur a créé, cette vie de quartier et d’immeuble, avec la fille de la concierge, le libraire Ali, le personnage un peu sombre et bizarre, même la petite Mamie à Pornic, petit village de Bretagne qui apparaît comme un Eden estival.

Le sujet principal de ce roman reste la relation entre Georges, 11 ans, et Arsène, plus de 20 ans. Indirectement ce sujet m’a fait penser au roman de Niccolo Ammaniti, Moi et Toi, que j’ai lu cet été. Parce qu’il pose un peu la même problématique, même si bien sûr ces deux romans ne sont pas destinés aux mêmes lecteurs. Comment un enfant perçoit-il, sent-il le monde adulte, qu’en comprend-il ? Mais ils vont aussi plus loin dans l’idée que l’enfance, presque inconsciemment, parvient à saisir ce que les adultes ne voient pas, ou n’ont plus le courage de voir. Et en cela le libraire Ali est un bon exemple.

Juliette Arnaud croit donc en la force de l’innocence de l’enfance, parce que l’enfance va à l’essentiel, ne juge pas, et offre finalement cette force aux adultes qui l’avaient oubliée. Dans leur relation simple avec les autres, avec ceux qu’ils aiment, les enfants permettent aux adultes de renouer avec les petits plaisirs de la vie : un gâteau, une veilleuse… Ils nous réapprennent à apprécier la vie, et c’est réellement ce que j’ai aimé dans ce roman, cette douceur alors que le monde n’est pas si doux que cela.

Un roman donc qui a quelques petites imperfections mais que j’ai assez vite oubliées.
Une jolie découverte.

Roman lu dans le cadre du Challenge Petit Bac catégorie Prénom et du Challenge 1% Rentrée Littéraire.

Merci à Brigitte G. et aux éditions Casterman.

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39 Commentaires

  1. Pour Sharon, Arsène est définitivement le prénom de son arrière-arrière grand-mère par alliance. (Oui, l’arbre généalogique de Sharon est compliqué). Comme elle a dix romans de littérature jeunesse à lire avant la fin du mois, elle préfère renoncer à celui-ci.

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  2. Notre ami Gérard Collard en a parlé la semaine dernière dans l e magazine de la santé. Est-ce vrai qu’il parle de Michel Cymès et autres personnages de ce magazine ? Ma fille va l’acheter et j’ai vraiment hâte de le lire.
    Très bonne journée

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  3. Je n’avais pas fait le rapprochement entre le nom de l’auteur et la personne qu’elle est, tu as bien fait de le rappeler donc, parce que j’aime beaucoup cette comédienne. (construction de phrase à la « va-j’t’en-fout ^^) L’histoire m’a l’air douce et fondante même si elle aborde des sujets importants : je note volontiers ce titre 🙂

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    • C’est un roman assez fin je trouve, si tu veux je peux te l’envoyer mais j’ai les épreuves non corrigées. Dis-moi si tu es intéressée, ça me ferait plaisir de te prêter.

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  4. elle a l’air mignonne cette histoire ! c’est marrant les histoire de gamins un peu hors du commun !

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    • Georges est un personnage que j’ai beaucoup aimé je me demande si son prénom n’y est pas pour quelque chose 😉

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  5. Une jolie petite histoire me semble-t-il…

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  6. qmep

     /  octobre 3, 2012

    en tout cas ton billet me donne envie de le lire aussi merci 😉

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  7. Contente qu’il t’ai plus finalement ! Comme quoi il ne faut pas toujours se fier aux avis des copines ! 😉

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  8. Il a l’air sympa celui là, et la couverture est tout à fait charmante (c’est un détail je sais mais quand même :0)

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  9. Moi non plus je n’avais pas fait le rapprochement avec Arrête de pleurer Pénélope. Et je ne connais pas Arsène Wenger. Mais, après t’avoir lue, je suis toujours aussi tentée par ce roman.

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    • Tu me rassures concernant ce cher Arsène Wenger ! Je suis contente de t’avoir confortée dans ton envie de découvrir ce livre.

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  10. Je reste plus partager, mais en effet le personnage principal est intéressant!

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  11. partagée…

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  12. Enfin ! Arsène Wenger ! Tu ne connaissais pas ? 😉
    Sinon, tu me donnes bien envie de découvrir ce livre. Je vais me le noter.

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    • Non pas du tout et j’assume, je déteste le foot 😀 ! Mais grâce à ce roman je vais être un peu moins bête !

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  13. Entre George(s), c’est normal que l’on s’apprécie !!!

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  14. Syl.

     /  octobre 4, 2012

    Moi, je connais Arsène W. ! j’aime bien le personnage, toujours élégant, bel homme…
    Une histoire charmante à noter.

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  15. J’aime beaucoup l’auteur, le résumé et surtout ta chronique qui me donne juste envie de courir chez le libraire le plus proche ! Merci pour cette nouvelle idée de lecture 🙂

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  16. il ne m’a pas manqué grand chose pour en faire un p’tit coup de coeur! contente d’avoir découvert une nouvelle facette de Melle Arnaud, je l’aime bien 🙂

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  17. Une jolie découverte! J’ai bien aimé le style narratif, j’avais l’impression que Georges me racontait l’histoire directement… Très sympa tout ça 😀

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  18. Tiens, je n’avais pas laissé de commentaire sur cette note de lecture ? Peut-être que j’attendais de l’avoir lu… Un coup de cœur de cette rentrée littéraire pour moi et je le conseille à tous !

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  19. Véronique

     /  décembre 21, 2012

    Franchement je suis un peu surprise, si un libraire n’accepte pas la critique ou des remarques ou des sentiments , je crois que son métier ne lui convient plus.. la richesse c’est cela , le bon, le mauvais , le moyen , les avis divergents etc etc ….vraiment je suis étonnée là

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    • Je ne comprends pas trop non plus, mais je crois que c’est plus un problème personnel qu’il a avec moi, c’est une histoire de personnes par internet interposé et comme bien souvent dans ce cas-là des jugements portés sans connaître réellement les personnes.

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      • Véronique

         /  décembre 22, 2012

        il ne vous reste qu’à vous rencontrer alors 🙂 à sortir les armures, les flingues et tout le reste…mais de grâce nous venons d’échapper à la ènième fin du monde, alors…peace and love 🙂

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  20. J’ai du mal à comprendre aussi d’où est venu le problème… dans tous les cas je n’ai pas aimé ce roman alors…

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à vous....

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