« L’Agenda » de Caroline Duffaud – Rentrée Littéraire 2012.

L’Agenda est un premier roman de la Rentrée Littéraire, qui m’est parvenu par le biais de  son auteur. Le sujet m’a plu, pour la simple et bonne raison que je suis une fan des agendas de la rentrée scolaire. Comme la narratrice de ce roman, je les choisis toujours avec attention, minutie, et ils sont toujours la promesse d’un nouveau départ, et de tous les possibles.

La narratrice, chargée de communication dans une agence d’événements, a, quelques mois avant l’achat de son agenda, décidé de démissionner, de mener une autre vie. Plus de rendez-vous, plus de coups de fils incessants, le vide s’installe et elle le savoure. Après un flash-back qui explique comment elle en est arrivé à l’achat de cet agenda, elle raconte sa vie, fait de petits riens, de rencontres sexuelles rapides, d’une vie qui se limite à deux rendez-vous hebdomadaires : le cours de yoga et le rendez-vous chez son psy. Le style est simple mais fonctionne bien, et l’on suit cette jeune femme qui se réapproprie sa vie, un peu triste quand même, avec plaisir.

Là où cependant j’ai été moins convaincue est dans le traitement que l’auteur fait de ce fameux agenda, qui, assez vite, passe au second plan. Le récit est construit comme un journal, et l’on pouvait penser que ce journal était tenu dans l’agenda en question, mais non. Il ne s’agit pas d’un journal au quotidien non plus, mais d’un récit qui saute les semaines et se limite à une note par mois. A aucun moment, la narratrice ne fait état de ce journal et du même coup, je me suis senti un peu perdue : où et quand écrit-elle finalement ce journal et pourquoi n’en parle-t-elle pas ? L’agenda devient presque superflu, puisqu’il est délaissé au profit d’un journal (avec en en-tête des dates précises) dont on ne nous dit rien. Pourquoi ne pas avoir fait de l’agenda un journalier, ne pas l’avoir détourné de sa fonction première pour y noter, au jour le jour, les petits évènements de sa nouvelle vie. L’idée surgit soudain à la page 83 (sur un roman qui en compte 126) : Alors, j’ai décidé de l’utiliser comme journal de bord pour éviter une nouvelle dérive. Mais cette idée aurait dû, selon moi, être le point de départ du roman. Il y a donc, me semble-t-il, un réel problème de construction, et une exploitation de l’idée de départ (très bonne) qui aurait pu être nettement plus aboutie.

Toutefois, si l’on laisse de côté ce problème de construction, le roman est intéressant en soi, car il touche un fait social important et auquel, les gens qui ne travaillent pas, qui n’ont pas d’activités dites sociales, sont confrontés. C’est l’expérience du vide. Quand on travaille, on se pose rarement la question de ce que l’on va faire de sa journée, comment on va l’organiser. Quand on travaille, au contraire, on sait qui l’on va rencontrer, ce que l’on a à faire, la journée est rythmée par des rendez-vous qui noircissent nos agendas. Quand on ne travaille pas et que l’on achète un agenda, le voir vide devient un reflet de notre vie, du moins de notre vie sociale. Or ce que montre l’auteur est que la vie est quand même remplie de petits faits, parfois insignifiants, mais qui la remplissent quand même. Elle peut avoir un goût d’inutilité parce qu’elle est à côté de la vie des autres : autre rythme, autres préoccupations, mais ce vide illusoire est finalement bénéfique car il permet de se remettre en question, de profiter d’une grasse matinée, d’une terrasse de café, d’une rencontre incertaine.

L’autre attrait de ce roman est la peinture de Paris. Comme la narratrice le répète de temps en temps, elle est une parisienne, et son récit est emprunt de ce statut. Et sans doute que la vie doit paraître encore plus vide dans on vit dans une ville qui va vite, qui est animée, où tout le monde semble avoir mille et une occupations. Elle est la parisienne qui profite des petits bistrots de quartier, qui a le frigo vide, qui fait ses courses le samedi car dans le semaine « on n’a pas le temps ». Son métier dans l’évènementiel lui procurait une vie facile, dans un beau quartier, sans problème d’argent réel. Une fois ce métier abandonné, elle découvre la vie des autres, des vendeuses de chaussures, des serveurs de café, mais aussi le plaisir de la campagne chez sa mère et redécouvre le plaisir de lire.

Un roman donc un peu imparfait mais intéressant toutefois, parfois drôle et qui se lit non sans déplaisir.

Merci à Caroline Duffaud.

Vous pouvez lire également le billet de Lili.

Roman lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire, du Challenge Paris. et du Challenge Premier Roman.

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28 Commentaires

  1. Ah comme je connais bien l’histoire des pages blanches de l’agenda!!! Du jour au lendemain, il n’y a plus rien à y inscrire… Les rendez-vous s’espacent et le vide se fait… Mais l’auteur semble avoir trouvé un palliatif à ce vide : se redécouvrir… N’est-ce pas aussi intéressant que de courir sans cesse?… Un titre que je note bien volontiers malgré ce soucis de construction dont tu parles.

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  2. Ha les agendas qui se remplissent même si on n’a pas de « vie sociale » à proprement parler ! J’aime l’objet-agenda tout autant que ce que l’on y consigne… intéressant ou pas, il est la mémoire d’une année quand on prend le temps de le re-feuilleter, des évènements petits ou grands qui l’ont jalonnée… Les livres de lulu.com sont souvent intéressants sur le plan des idées mais l’absence de correcteurs, de relecteurs fait qu’ils sont malheureusement souvent imparfaits…et c’est dommage !

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    • Même si je n’ai pas une active très prenante, j’achète toujours un agenda pour y glisser des photos, des papiers divers et variés, et grattouiller un peu aussi ! Si lulu.com n’a pas de relecteur, je peux me proposer 😉 !

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      • Moi aussi, l’agenda c’est sacré ! Il n’y a pas de relecteur ni de correcteur chez Lulu.com, je me suis déjà renseignée et c’est l’auteur qui fait tout lui-même ! 😦 Si tu n’as pas trouvé de coquilles, c’est déjà bien…

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  3. J’ai cru à un roman illustré en voyant la couv. Le sujet semble intéressant mais le traitement inégal, c’est ainsi que je le ressens à la lecture de ton billet. Rien à voir mais tu dis que c’est l’auteur qui te l’a transmis. Est-ce de l’auto-édition ? Ca, ça m’intéresse…

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  4. J’ai un agenda, mais je ne note jamais rien dedans, ou très rarement… bon, après, malgré le défaut de construction, ça semble assez sympathique comme lecture !

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  5. J’ai eu des agendas….. que j’oubliais systématiquement !!!!
    C’est un premier roman donc perfectible. C’est vrai que l’on reçoit de temps à autre ce genre de proposition que j’accepte toujours par respect de l’auteur, par curiosité et si le roman est bon, pour le faire connaître

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  6. Espérons que les quelques qualités de ce premier roman se développent dans un suivant où la construction sera meilleure !

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  7. Les agendas, je les adore. Que ce soit au boulot où à la maison, j’aime en avoir un sous la main, ils sont ma mémoire ! Ben oui, comment savoir quels livres j’ai lu en 2006 ? Mr Agenda me le dira tout de suite, en prime, je note aussi le temps qu’il a fait et des petites conneries.

    Quand aux vieux agendas vides et d’une année antérieures, je les recyclais en « liste de livres à lire », version « papier » et pas « PC ».

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  8. Un roman qui devrait me plaire malgré ses imperfections, étant moi-même dans la galère de retrouver pour la 7ème fois un nouveau job depuis il y a 7ans où je m’étais arrêter pour mes congés parentaux ; je me sens extrèmement exclue, même auprès de mes amis parfois, mon conjoint et ma fille de 18 ans travaillent donc t’imagine à quel point je me sens pas bien dans ma peau et pas un bel exemple mais si je suis assidue dans mes recherches et polyvalente sur plusieurs postes, cela me prend un temps fou en candidature…je fais donc du bénévolat à la bibliothéque et à l’école primaire ce qui me permet d’avoir des contacts, je fais du tricot chaque semaine chez mon amie, je lis, et je blogue justement pour ça, c’est à cette occasion il y a deux ans que j’avais commencé, je n’ai pas laché en reprenant le travail et maintenant que mon contrat s’est terminé il y a 7 mois et bien j’en suis très contente..ce n’est pas toujours simple d’organiser des petits rien lorsqu’on est sans emploi mais c’est pourtant important de le faire sinon on se laisse aller dans une routine malsaine, faut se lever comme tout le monde et se préparer comme tout le monde comme si on allait au travail et je note la veille au soir sur un post-it ce que je decide de faire pour ne pas déprimer dans un « blanc » d’emploi du temps…bonne journée à toi merci pour cette découverte bisou

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    • Tu as entièrement raison, ne pas se laisser aller, s’occuper quand même, c’est important. Je ne culpabilise pas pour ma part, mais sans doute aussi parce que mes enfants sont encore petits et qu’ils ont besoin de moi. Tu fais beaucoup choses très intéressantes, si bien de rester dynamique.

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  9. La platitude des jours où nous n’avons pas de travail…j’ai connu ça et c’est terriblement lourd, tu dois t’en rappeler. Je croyais que j’allais péter un plomb. Je n’écrivais pas vraiment de journal à ce moment-là car, dans le fond, cette impression de ne servir à rien, provoque un sentiment de honte, et on ne préfère pas en parler… ni mettre des mots à ces moments !

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    • J’ai pensé à toi et à ta phase « sans travail » de l’an dernier ! C’est vrai que ce n’est pas toujours évident de se retrouver d’un coup sans horaires précis.

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  10. Bon, moi je retiens surtout que c’est encore une lecture « bof bof » et vu que, comme toi, j’en suis un peu lassée je ne note pas… De plus que, comme tu le sais, j’essaye de limiter mes entrées, donc c’est décidé je ne note plus que les coups de coeur !!

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  11. mimiipinson

     /  septembre 18, 2012

    Billet ajouté !!

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  12. Je suis en train de rédiger mon billet sur ce livre et hum…je sens que je vais encore passer pour la rabat-joie de service…

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  13. Merci de m’avoir signalé cette publication et pour le lien 😉
    Contente de lire enfin un autre avis !
    Je ne peux pas forcément détailler tout ce que j’ai pensé pour ne pas dévoiler le récit mais ça me démange !
    C’est vrai que l’expérience du vide doit être particulière à vivre…

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  14. touloulou

     /  septembre 18, 2012

    Voilà un sentiment que j’ai connu récemment, et j’aime bien l’idée de ce roman… Je le note !

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  15. Comme je suis passée de l’agenda archi-chargé de super-woman à celui complètement vide (et à la culpabilisation), ce livres est dans ma PAL !

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à vous....

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