« L’Affaire Clémence Lange » de Laura Sadowski

La lecture de ce thriller vient d’une rencontre, une rencontre avec l’auteur, Laura Sadowski croisée une première fois au Salon du Livre de Poche de Saint-Maur en 2010, puis à nouveau l’année d’après en 2011. Laura est une jeune femme dynamique, curieuse de ses lecteurs, passionnée par son métier d’avocate et par la littérature.

Après cette première rencontre, j’avais donc acheté L’Affaire Clémence Lange, mais il m’aura fallu deux ans pour me décider à le sortir de ma PAL. Je l’ai lu en deux jours, sans voir le temps passer.

Clémence Lange, ancienne infirmière de la Salpêtrière, est incarcérée, depuis trois ans, à la prison de Fleury-Mérogis, accusée d’avoir assassiné le réputé chirurgien plastique, le Dr Maisonneuve, qui était à la fois son patron et son amant. Défendue au pied levé lors de son procès par Maître Kleber, avocat d’affaire, pour rendre service à une collègue et amie, il doit, en cette veille de jour de l’an, la défendre à nouveau pour un acte d’incivilité auprès d’une surveillante de la prison. Pressé de retrouver sa fiancée à Chamonix pour passer le jour de l’an au ski, Kleber accepte cependant, sans savoir qu’il va vivre un huis-clos des plus angoissants.

Inspiré d’une histoire vraie, ce thriller nous plonge au sein de Fleury-Mérogis, l’une des plus grosses prisons d’Europe, mais aussi au cœur d’un procès et de ses rouages compliqués. Divisé en deux parties, le roman relate à la fois le huis-clos entre Clémence et Kleber, et revient sur le procès, trois ans auparavant, sur ses circonstances, et son déroulement. Laura Sadowski est avocate, et ça se sent. Le lecteur suit donc le procès de l’intérieur, du côté des juges et des avocats, avec un regard distancié et explicatif des plus intéressants, car le lecteur prend connaissance des pièces du dossier de Clémence Lange : rapport d’autopsie, rapport des experts, procès-verbal d’audition de la garde à vue etc. Aux côtés de Kleber, le lecteur refait le procès, tente de trouver les failles, qui ont conduit Clémence à l’incarcération alors même qu’elle s’est toujours proclamée innocente.

Il y a donc une double tension narrative : l’angoisse de huis-clos (Kleber est retenu prisonnier dans une cellule moderne de la prison) et suspens lié à ce retour au procès et parallèlement à l’enquête qui avait été menée et qui avait conclu à la culpabilité de Clémence.

Le style est efficace, et la rapidité à laquelle j’ai lu ce roman prouve sans doute à quel point, j’ai été poussée à lire, et entraîné par ma lecture sans anicroche (si ce n’est un « car en effet » qui m’a un peu fait cligner des yeux). J’ai aussi beaucoup apprécié les changements d’écriture, les ruptures temporelles : récit narratif pur (situation présente), neutralité du ton pour la lecture des pièces du dossier, récit rétrospectif concernant le procès et l’enquête. En commençant la lecture du roman, j’avais un peu peur que l’intrigue s’enlise dans le huis-clos, mais Laura Sadowski a su donner un souffle nouveau, dynamiser la lecture grâce à ces différents procédés.

Malgré une situation de départ (une prisonnière séquestre un avocat dans une cellule de la prison où elle-même est incarcérée) qui peut paraître totalement invraisemblable, l’appui du fait vrai, et surtout les explications données par l’auteure permettent de balayer assez rapidement d’éventuels problèmes de vraisemblance.

Mais au-delà même de l’intrigue, Laura Sadowski fait ici une critique de la justice qui parfois s’acharne un peu trop rapidement sur un suspect idéal, dénonce des rapports d’autopsie faits à la va vite, comportant des erreurs, négligeant certains faits, certaines pistes, aveuglés par un trop plein de certitudes mal fondées. Elle dénonce aussi des avocats prenant en charge des dossiers au pied levé, sans réelle préparation, oubliant qu’au-delà d’un dossier c’est le destin d’une femme qui est en jeu, sa vie. Car, le narrateur est du côté de Clémence et le lecteur aussi, un lecteur qui découvre un autre visage de la justice où la réputation d’un puissant sera toujours plus écoutée que les pleures d’une petite infirmière recroquevillée sur elle-même. C’est donc une critique d’une justice à deux vitesses, une critique des juges trop gonflés d’orgueil, et une dénonciation de ces petites inconséquences de part et d’autre qui, finalement mises bout à bout, conduisent à un drame.

Un thriller que je ne peux donc que vous conseiller.

P.S : Laura Sadowski ne sera pas présente au prochain Salon du Livre de Poche de Saint-Maur qui se tiendra les 23 et 24 juin prochains, mais elle vient d’accepter un petit entretien qui sera publié sur ce blog bientôt.

Roman lu dans le cadre du Challenge Thriller, du Challenge Justice, du Challenge PAL Express et du Challenge ABC lettre S.

PAL Express : – 7

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18 Commentaires

  1. Bizarrement, je ne suis pas tentée.

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  2. Intéressant… J’avais déjà vu ce roman, je le note!! Une critique de la justice devrait me parler!!

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  3. Pst ! et le challenge justice de Yuko ? (à moins qu’il ne soit déjà achevé ).

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  4. Un livre qui a tout pour me plaire mais bon… je vais attendre avant de réalimenter la PAL…(depuis qu’elle est abstinente, depuis le 1er juin en fait, je la sens pas très bien 😉 )… Et honneur à toi de faire de cette auteur ton « invitée d’exception » !!! 🙂

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  5. Moi je suis bien tentée, je le note.

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  6. J’ai très envie de le lire, l’univers carcéral est un sujet qui me plait … Et un thriller en plus, ça fait longtemps que je n’en ai pas lu.

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  7. ah tiens ! c’est un regard sur la justice qui doit être intéressant !

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  8. allez, tu me tentes….

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  9. Superbe chronique, j’en prends bonne note de ce titre

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à vous....

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