« Belle de jour » de Joseph Kessel

Grâce à ce roman, je viens de réaliser un exploit en lisant un livre emprunté à la biblio la semaine dernière et en pouvant le rapporter avec une fierté non feinte.

Avant même le roman, Belle de jour est avant tout, pour moi, un film de Bunuel, un film licencieux, vu il y a de nombreuses années, avec un léger sentiment de voyeurisme. Quand avec Le Club des Lectrices, le choix s’est arrêté sur ce roman de Kessel, je n’ai pas été très emballée. Le sujet ne me passionnait pas, et j’avais bien en tête encore les images du film.

Séverine est mariée à Pierre. Ils forment un couple amoureux et unis, appartiennent à la bonne bourgeoisie, font du ski l’hiver, sortent presque tous les soirs de la semaine dans la meilleure société et les restaurants les plus à la mode. Séverine est une femme très belle, protégée par son mari d’un amour paternel. Ils font chambre à part, et Séverine semble peu intéressée par l’amour physique. Après une maladie qui la cloua au lit pendant plusieurs semaines, la jeune femme se sent différente, et la conscience du corps, du désir, devient obsessionnelle.

Kessel explique le projet de son roman, dans une préface écrite a postériori : Ce que j’ai tenté avec Belle de Jour, c’est de montrer le divorce terrible entre le cœur et la chair, entre un vrai, immense et tendre amour et l’exigence implacable des sens. (p.10). Certes.

Le principal problème que j’ai eu avec ce roman réside dans le personnage de Séverine. Je l’avoue le côté femme-enfant, petit être fragile, paternée par son mari m’agace profondément. Ensuite l’histoire de la petite bourgeoise qui s’encanaille n’a rien arrangé à l’affaire. On ne peut même pas me reprocher ma fausse pudeur, car je ne trouve pas ce roman scandaleux comme il l’a pu être perçu lors de sa sortie, réputation renforcée en 1967 avec l’adaptation de Bunuel, une adaptation dans laquelle le réalisateur, ancien surréaliste, s’y est donné à cœur joie en rajoutant des scènes fantasmatiques. Sans doute faut-il prendre en compte l’année de publication de ce roman, et son originalité d’alors. Kessel, en effet, le publie en 1928, et il est bien évident que la lecture que nous pouvons faire de ce roman en 2012 est sans doute très éloignée de celle qui a pu être faite à la fin des années vingt.

Dans un style très différent, ce roman m’a renvoyée à L’ingénue libertine de Colette. Mais là où Colette mettait son ironie et sa légèreté, Kessel me paraît à la fois trop lyrique et trop dramatique, ce qui m’a rendu ce roman un brin ridicule par moment. Alors oui, je sais que critiquer Kessel relève du crime de lèse majesté, je m’en excuse par avance. Disons que c’est le traitement de l’histoire, le ton adopté qui m’a déplue et non le style en lui-même. Tout cela tombe dans le drame bourgeois et ne me convainc pas, pas plus que ne me convainc la fin, qui est pour moi le summum. Donc, vous l’aurez compris, ce roman, que j’ai trouvé long, est loin d’avoir suscité en moi un quelconque intérêt. Sans doute n’a-t-il pas su résister aux années, et se présente-t-il aujourd’hui comme quelque peu démodé dans son traitement, car il est évident que le désir féminin reste toujours un sujet littéraire intéressant, mais le désir féminin n’est pas nécessairement situé entre les deux extrêmes proposés par Kessel : la frigidité maritale ou le fantasme de la prostituée. J’ose croire qu’aujourd’hui une femme peut assumer sa sexualité en étant dans l’entre-deux. Mais peut-être aussi que l’homme n’est pas nécessairement le mieux placé pour évoquer le désir féminin, et que, qu’il le veuille ou non, son propre fantasme participe-t-il de son appréhension. Finalement je pense préférer le film qui va plus franchement dans le fantasme assumé.

Vous pouvez lire les avis des lectrices : Lili galipette Miss Bouquinaix

Roman lu dans le cadre du Challenge La littérature fait son cinéma

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