Le livre n’est pas un produit de consommation !

Difficile de ne pas réagir à ce qu’a dû subir Alice sur son blog hier (lire les commentaires vous en apprendrez des vertes et des pas mûres!). Alice a lu, dans le cadre de l’opération Masse Critique de Babelio, opération que vous connaissez bien, le dernier roman de Frédéric Lenormand. Elle en a fait, comme le demande le pacte passé avec Babelio, un billet subjectif mais aussi argumenté, dans lequel elle fait état d’un avis mitigé. Comme cela peut nous arriver, Alice a partagé son billet sur le site Amazon.

L’auteur a alors réagi arguant qu’il n’était pas normal d’émettre un avis négatif sur un site marchand, d’autant que le livre n’avait pas été acheté mais « offert », disant même clairement qu’il était inadmissible d’écrire de telle critique (critique mitigé et non négative, je le rappelle) quand nous n’avions pas payé notre solde. De ce fait, monsieur Lenormand rabaisse le livre et sa valeur à son simple aspect mercantile, un revenu qui risquerait d’être grevé à cause du billet d’Alice paru sur le site d’Amazon. J’ignorais que l’on écrivait pour gagner de l’argent, bête comme je suis, je pensais que le besoin d’écrire des romans était mû par un amour de la littérature. Mais pour monsieur Lenormand, qui a tant travaillé gratuitement sur ce dernier roman (le pauvre, preuve est qu’il aurait dû s’abstenir), non.

Tout cela pourrait prêter à rire, car finalement c’est donner bien de l’influence à nos blogs, une influence dont, nous-mêmes, sommes à mille lieues de connaître l’ampleur. Heureusement que monsieur Lenormand est là pour nous le faire remarquer !

Ce qui m’a passablement énervée et fait réagir, est à la fois la morgue de cet homme, mais aussi sa soi-disant connaissance de Voltaire alors même que sa réaction est précisément ce que combattait le philosophe, c’est-à-dire la censure !

Il est bon de dire et de redire et de reredire que nous ne sommes pas des critiques professionnels, et que nos billets sont des avis de lecteurs, de lecteurs avisés car nous lisons, pour la plupart, entre 50 et 200 livres par an (voire plus!). Il est bon de dire et de redire et de reredire, que les livres que nous recevons par le biais de partenariats divers, nous sont offerts en échange d’un billet sur notre blog. C’est ce que l’on appelle du donnant donnant. Nous donnons d’ailleurs de notre temps (lecture, réflexion, écriture du billet) même si la lecture est notre passe-temps favori voire notre drogue. Nous respectons les livres que nous lisons qu’ils nous plaisent ou non, nous leur donnons leur chance, mais je trouve inadmissible que l’on vienne nous demander de supprimer nos avis sous des prétextes fallacieux et hypocrites. Car soyons clairs, ce petit monsieur que reproche-t-il à Alice : de ne pas le trouver extraordinaire, de ne pas crier au chef d’œuvre.

Cette histoire me confirme, si cela était nécessaire, qu’il est plus qu’important de donner notre avis même, et surtout, si celui-ci est mitigé ou négatif et cela malgré les menaces, les commentaires arrogants, les insultes, que c’est peut-être même notre rôle premier. Alors oui, nous serons traitées de cervelles de moineaux, d’ignares, d’incultes, on nous demandera de retourner à notre fer à repasser, et on nous déroulera tout le bestiaire, mais tant pis, ou tant mieux, car finalement c’est l’auteur lui-même qui se sape, qui se tire une balle dans le pied.

La littérature, ou plus généralement la lecture, permet des échanges d’idées, des discussions, des débats. Monsieur Lenormand, s’il avait été intelligent et non omnibulé (on me dit dans l’oreillette que je viens de faire une faute, donc je répare : obnubilé, heureusement qu’il y a de gentils commentateurs qui savent ne retenir que l’essentiel) par son petit pécule, aurait pu tenter de répondre aux arguments d’Alice, d’établir un dialogue avec elle autour de son roman, et de cet échange, sans doute, de belles choses auraient pu être dites, mais il a préféré se draper dans l’habit de l’auteur offensé.

Je préfère être Candide que Pangloss ! Je préfère être celle qui a des lacunes mais qui cherche, s’interroge, se remet en question, soi et l’ordre du monde. Monsieur Lenormand est un Pangloss, il pense que tout est beau dans son petit monde, dans son petit château, il est sûr de son fait et ne se remet pas en question. Tant pis pour lui !

« Le seul moyen d’obliger les hommes à dire du bien de nous, c’est d’en faire.  » Voltaire.

Article précédent
Poster un commentaire

94 Commentaires

  1. Bonjour à toutes et merci pour vos commentaires.
    Bravo pour la solidarité avec Alice…
    Je vais me faire l’avocat du diable, ne connaissant pas ce monsieur Lenormand.
    Peut-être s’agit-il de son premier livre? Peut-être a-t-il énormément travaillé et peu compris les règles du jeu?
    Cela n’excuse rien, bien sûr, mais le mélange actuel entre auteurs et lecteurs sur la toile, avec les extraordinaires potentialités qu’il recèle par l’honnêteté des lectures, loin des copinages des critiques professionnels, a aboli la distance. D’où certaines ambigüités. Un livre gratuit contre une critique, c’est quand même un échange commercial…

    Réponse
    • Bonsoir Nicole,
      je comprends ta réaction mais monsieur Lenormand n’en est pas à son premier roman, je crois même qu’il a eu le prix de l’Académie Française pour un précédent roman, donc il connaît très bien les règles du jeu !
      On ne peut pas vraiment parler d’échange commercial dans la mesure où il n’est pas question d’argent ni de but lucratif, du moins pour le blogueur. Après se pose la question des retombées commerciales que nos billets peuvent engrenger pour l’éditeur, et sur ce point je serais bien incapable de le dire. Une étude socio est menée en ce moment pour évaluer l’influence des blogs de lecture. Mais je crois que même si nous étions payés nous souhaiterions garder notre liberté de jugement !

      Réponse
      • barraki

         /  avril 12, 2012

        Et ceux que vous critiquez devraient vous y encourager ! Si vous pouvez dire du mal des auteurs qui vous poussent à commenter leurs livres, alors quand vous en dites du bien, cela a de la valeur.

        M. Lenormand, lui, a lancé le chantage suivant : « Je vous serais reconnaissant de bien vouloir retirer celle que vous avez versée sur Amazon. Dans le cas contraire, je mettrai un terme à ces envois. »

        Après avoir lu ceci M. Lenormand, je suis dans l’obligation de considérer que tout propos élogieux à votre égard a potentiellement été obtenu par un chantage.

        Mais au contraire, M. Lenormand semble considérer qu’en offrant les livres, il corrompt les reviewers pour avoir des critiques élogieuses. C’est tout de même avoir très peu de considération pour eux. Parce que certains refuseraient de se laisser corrompre, et les autres exigeraient beaucoup plus cher !

        Réponse
  2. Bonsoir.

    Nous avons eu approximativement la même histoire (j’ai lu dans les grandes lignes) avec un auteur qui nous fait parvenir, par le biais de la justice, un droit de réponse à notre critique négative de son ouvrage.
    Face à la pression de l’avocat et à la menace financière, nous avons publié son droit de réponse à la suite de notre critique. Cela peut vous faire sourire si vous le souhaitez.
    http://cannibaleslecteurs.wordpress.com/2011/11/30/lacryma-christi-de-carlo-fighetti/
    Bonne lecture!
    Cordialement
    Clarice Darling.

    Réponse
    • On tombe dans des situations ubuesques !!! Ce qui est bizarre c’est que les blogueurs sont souvent dénigrés (pas des critiques pro, billet sans intérêt, etc.) et puis les auteurs se déchainent quand ils ont des billets mitigés ou négatifs comme si tout à coup les blogs avaient une sur puissance, c’est très bizarre.
      Ce que je trouve toujours choquant, et après avoir suivi ton lien, c’est cette tendance des auteurs porter des attaques personnelles alors que nous donnons notre avis sur un livre et non sur un auteur, non sur une personne. c’est consternant !

      Réponse
  3. Et bien! je viens de découvrir les commentaires chez Alice et je n’en reviens toujours pas que ça puisse prendre une telle ampleur. Je suis bien entendu tout à fait d’accord avec le fait que l’on puisse donner son avis sans restriction, quelque soit le livre que l’on lit (on ne pourrait pas parler de livres empruntés à la bibliothèque tant qu’à faire!!). Je ne me lasse pas de découvrir vos billets et même si parfois je me retrouve à ne pas aimer certains titres qui font pratiquement l’unanimité. Continuez surtout!!!

    Réponse
  4. Lamentable, cette réaction d’auteur. En effet, cela en dit long sur le personnage. Dommage, car un billet argumenté peut permettre de belles discussions et la critique bonne ou mauvaise est toujours positive, quand on sait en tirer profit…mais ce n’est que mon avis de lectrice, bien sûr 😉 !

    Réponse
  5. j’ai découvert le blog d’Alice grâce à un lien de l’Irrégulière : ça en serait drôle si ce n’était si triste !

    Je ne connais pas Voltaire, Pangloss vit dans chez les Bisounours ? pourtant, c’est Candide qui se promène « dans le meilleur des mondes possibles » (d’où le titre d’un livre fort célèbre d’un auteur anglo-saxon…)

    Réponse
  6. A ces auteurs…. du coup je fais comme eux, je censure. Je l’ai fait il y a quelque temps pour un commentaire « anonyme » qui disait sans argumentation (en gros) que j’avais tort et que ce livre était un chef d’oeuvre… Auteur ou pas, je ne vois même pas l’intérêt de débattre en fait… C’est mon avis POINT!
    Merci de refaire le point avec cet article en tout cas!

    Réponse
  1. Alice au pays des enfers | Cosmo [†] Orbüs ²

à vous....

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

<span>%d</span> blogueurs aiment cette page :