Samedi Sandien #32 : « Impressions et souvenirs », épisode 1.

Il y a longtemps que je cherchais ce recueil d’articles de George Sand publiés dans Le Temps. Il m’a fallu le Salon du Livre et le stand des Éditions des Femmes pour enfin me le procurer. Je ne vais pas vous parler de tous les articles de ce recueil dans ce billet, mais vous rendrais compte de la lecture de certains, au fil de mes samedis.

Hier en le parcourant, je suis tombée sur l’un d’eux mettant en scène Sand, Delacroix et Chopin, entre autres. Écrite en janvier 1841 sur des pages volantes, cette réflexion sur l’art, paraît dans Le Temps en octobre 1871.

Sand est chez son ami Delacroix et leur discussion les emmène à parler d’Ingres et notamment d’un tableau, la Stratonice, que voici :

Delacroix n’aime pas Ingres (et celui-ci le lui rend bien), il lui reproche d’ignorer les reflets, de ne pas savoir utiliser la couleur. Delacroix, peintre de la couleur, peintre romantique, et en effet bien loin du rigorisme d’Ingres. Pour les deux amis, Ingres est un peintre pour les bourgeois qui suivent la critique, ainsi Delacroix explique : Oh! la critique est faite, en général, par des bourgeois ou par des garçons de lettres qui se font bourgeois pour avoir de nombreux lecteurs. Voyez les écrivains qui ont du goût, de l’originalité, de l’indépendance ! on ne les comprend pas ; ils prêchent dans le désert. (p.93). Quelques paragraphes (seulement) suivent sur la façon d’appréhender une œuvre d’art, qu’elle soit littéraire, picturale ou musicale.

– Ah! attendez ! [s’exclame Delacroix] quand on regarde un objet d’art, il ne faut pas se demander ce que pense et ce que dit l’auteur. Il faut juger l’œuvre et oublier l’homme. (p.94)

J’aime assez cette réflexion qui finalement rejoint bien l’idée que je me fais de la critique au sens large du terme. Parler d’une œuvre doit se faire indépendamment de ce que je sais de l’auteur, de ce qu’il pense, de la façon dont il vit, l’œuvre seule existe et importe.

La magie de ce feuilleton est d’être construit comme une petite saynète, dans laquelle Delacroix et Sand nous apparaissent simplement, le premier en robe de chambre, la seconde ironique et taquine. On sent à la fois toute l’affection de Sand pour l’ami, mais aussi toute l’admiration pour le peintre.

Delacroix et Sand rentrent dîner en famille chez la romancière. Là se trouve Chopin et Maurice, le fils de Sand et futur élève de Delacroix. Et là, on voit la scène et on rêverait d’y être, mais, finalement, en lisant ces quelques pages, on y est aussi, là, à la table familiale, on écoute presque religieusement les propos de Delacroix, bercé par le piano de Chopin. Trois noms, trois artistes clefs du XIXème réunis à la même table, et moi lisant le compte-rendu de ce repas mythique. C’est la magie de la plume de Sand, de nous inclure dans son récit, de nous le faire partager, de nous faire croire qu’on y est.

Feuilleton lu dans le cadre du Challenge Romantique, du Challenge George Sand, et du « En 2012, George lit Sand« .

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11 Commentaires

  1. Très chouette ! Voilà qui m’intéresse ! 🙂

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  2. Bonjour George, ce recueil va nous intéresser… moi et Mister B. ! Noté !

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  3. Sympa ce recueil… une belle découverte faite au Salon… c’est intéressant de lire des tranches de vie de ceux qui ont marqué leur époque, peut-être une bonne manière d’humaniser de nouveau des personnages mis sur le piédestal du monde littéraire ou pictural…il est bon de se rappeler avant tout de l’humain, qui lui aussi avait des conversations banales, entre deux pages écrites…

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  4. Nous notons précieusement les références de cet ouvrage qui semble passionnant… nous avons cherché à voir si vous aviez déjà chroniqué un livre de Willa Cather, car il nous semble évident au vu de votre amour pour George Sand que vous ne resterez pas insensible à l’écriture de cette grande dame de la littérature américaine. Nous avons trouvé dans votre « PAL » Lucy Gayheart qui vous attend. Finalement les grands lecteurs ressemblent parfois aux amoureux du vin, ils ont la capacité de laissé vieillir des grands crus avant de les goûter…quelle patience!

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  5. A NY ce jour-là ! J’avais raté ce billet aussi! c’est beau ce que tu dis sur la magie de l’écriture qui permet d’assister à la scène comme si on y était vraiment!
    je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi (et Delacroix), certes on ne doit pas juger l’homme quand on critique une oeuvre (cela permettrait à Céline d’être reconnu comme un grand écrivain puisque ses grands romans sont antérieurs à ses idées douteuses). Par contre extraire un artiste ou un écrivain de son temps, de ce qu’il vit, c’est s’exposer à ne pas le comprendre. Beaucoup de mes jeunes élèves jugeaient trop souvent une oeuvre et/ou les personnages d’un roman en fonction de la mentalité de leur époque. Difficile alors dans ces conditions de comprendre une femme du XIXème siècle, une Emma Bovary, une héroïne de Sand!

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    • Je suis d’accord il faut pendre en considération l’époque, les moeurs, etc. mais pas forcément la vie de l’auteur. Il est bien évidemment que quand on lit un roman du XIXéme on peut pas l’analyser sans prendre en compte l’époque, sinon Zola perdrait beaucoup !!!

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  6. PS : j’ajoute le lien dans la liste du challenge romantique. Merci!

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  7. Ah mais oui, c’est lumineux ! j’ajoute le lien sur mon billet, tiens ! Merci du tuyau.

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