« La Servante écarlate » de Margaret Atwood

La Servante écarlate est le deuxième roman de Margaret Atwood que je lis. Le premier, Lady Oracle, m’a beaucoup marqué, histoire d’une jeune fille obèse, qui, devenue adulte, mince et séduisante, s’interroge sur ses pulsions alimentaires et son mal-être. La Servante écarlate est différent tout en reprenant la thématique d’un destin féminin. Roman dystopique, La Servante est une confession longue, d’une jeune femme qui décrit sa vie dans une société américaine devenue totalitaire et réduisant les femmes, et notamment l’héroïne, à un simple rôle de reproductrice : Nous sommes des utérus à deux pattes, un point c’est tout : vases sacrés, calices ambulants. (p.230).

Margaret Atwood s’est inspirée de plusieurs états totalitaires pour créer sa société romanesque, ce qui donne une dimension encore plus terrifiante. Cette société dystopique bâillonne donc les libertés essentielles de la femme : privation d’un emploi et donc d’un revenu ; condamnation du divorce et de l’homosexualité ; interdiction de l’accès à la culture et donc de l’accès à la lecture et à l’écriture, et abaissement de la femme à une simple fonction reproductrice ou, en cas de stérilité, à la bonne vieille fonction de prostituée. Le récit est souvent très angoissant, oppressant, d’autant plus, sans doute, quand le lecteur est une lectrice. L’auteur décrit parfaitement le discours totalitaire, cette propension à renverser des comportements reposant sur des valeurs de liberté individuelle en comportements nuisibles et condamnables. L’amour et l’amitié sont reniés, bafoués comme des risques pour l’équilibre sociétal.

La force de cette confession vient, sans doute, du fait que Defred, la narratrice, se remémore sa vie d’avant, sa liberté, sa vie de couple avant le coup d’état qui a bouleversé leur vie. Séparée de son mari et de sa fille, Defred tente de survivre, de conserver une pensée active qui refuse l’endoctrinement, mais le pessimisme est de rigueur dans cette société qui renoue avec les opérations punitives, les rafles et les camps de travail inhumains.

Vêtue d’un habit rouge sang, voilée, la tête et les yeux toujours baissés, condamnée au silence, la servante écarlate intègre des familles du haut rang afin de procréer, de permettre la naissance d’un enfant viable, qui lui sera presque aussitôt arraché après la naissance. Éduquée dans ce but, soumise à des examens médicaux réguliers, la servante est, à la fois, choyée et recluse afin de satisfaire la reproduction de l’espèce. Sorte de mère-porteuse, elle est réduite à une fonction, et niée dans son être.

Roman angoissant donc, mais aussi qui pousse à l’interrogation, à la réflexion sur les droits de la femme, sur la liberté de disposer de son corps, à l’heure où certains veulent, aujourd’hui, remettent en cause le droit à l’avortement, un roman qui nous rappellent qu’il faut être vigilantes, nous battre pour conserver les libertés qui sont les nôtres, car, finalement, la liberté est une valeur fragile, et sans doute la liberté des femmes encore plus, car on a tôt fait de nous voiler, de nous confisquer le droit à l’enseignement et à la culture.

Lu dans le cadre du Club des Lectrices (suivez le lien pour lire les billets des lectrices), du Challenge la littérature fait son cinéma et du Challenge Dystopie.

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45 Commentaires

  1. Han… Ca peut être intéressant… Surtout dans une société où lorsque tu annonces que tu ne souhaites pas d’enfant, tu es encore considérée bizarrement…!

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    • Il y a, en effet, pas mal de boulot à faire notamment autour du thème de la grossesse, des enfants qui apparaît souvent comme tabou. Je pense que c’est un roman qui pourra te plaire !

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  2. Je ne suis pas trop fan de la dystopie mais pourquoi pas…Ceci dit, vu le thème, ça ne m’étonne pas que ce soit angoissant !

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  3. Youpiiii, un billet sur un liiiiivre !! 😀

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  4. Un roman qui m’avait bouleversée. Tu as raison de dire qu’on ne ressent certainement pas la même chose si on est lecteur ou lectrice. L’écriture est belle, et la traduction lui rend hommage. J’en ai un autre de Margaret Atwood dans ma Pal, c’est peut-être Lady Oracle – à vérifier – , mais lire des histoires sur les pulsions alimentaires en ce moment ce ne serait pas top, j’aurais l’impression de lire un reportage me concernant. 😉

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  5. Il est noté ! 🙂 Je n’ai rien contre les dystopies tant qu’elles ont un fond… et les droits des femmes seront à mon avis toujours à protéger… 😉

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  6. J’ai pas mal entendu parler de ce livre sur la toile ces derniers temps… Assez pour avoir envie de me faire mon propre avis en tout cas 🙂

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  7. Je garde de ce roman un souvenir très fort! Je l’ai beaucoup aimé malgré le huis-clos terrifiant

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  8. alexmotamots

     /  mars 26, 2012

    J’avais bien aimé ce roman de SF, moi qui ne suis aps fan du genre, justement. Je trouve qu’il pose de bonnes questions.

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    • Ce n’est pas à proprement parler un roman SF, mais vraiment une dystopie, à la limite un roman d’anticipation en espérant qu’il ne se réalise jamais dans la réalité !

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  9. intéressant, je le note. Le combat pour notre liberté est un combat de tous les jours. Rien de plus facile d’opprimer des femmes sans défense et sans recours

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  10. Je le note George ! Ton billet est très bien écrit et suscite l’envie !!!

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  11. Ce livre m’a beaucoup marqué. Surtout le fait qu’elle est perdue sa fille et son mari. Cette auteure a une écriture fluide et sans frioritures ce qui rend encore plus terrible juste la citation des conditions de vie des femmes. Un roman très marquant.

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  12. Un très grand classique qu’il faut que je relise !

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  13. Ma prof de litté anglaise nous l’avait fait lire en première, il m’a énormément marquée ! Je suis ravie de lire ton billet, car à l’heure où la dystopie devient à la mode, je trouve dommage qu’il ne soit pas plus reconnu…

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    • Ce roman, avec « 1984 », est vraiment l’exemple même de la dystopie, cela faisait longtemps que je voulais le lire ! L’étudier en cours a dû être passionnant.

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  14. Cette une grande écrivaine que j’ai hâte de découvrir, mais je pense que mon premier choix sera La voleuse d’hommes. Celui-ci a l’air bien aussi, mais c’est le côté angoissant qui me retient un peu!

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  15. je veux le lire, tous les exemplaires étaient empruntés aux biblios en réseau (faux, un dispo mais transports en commun supérieur à 1h45 AR !!!) donc, je vais attendre les exemplaires atteignables en tram !

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    • ça m’a l’air compliqué ton truc 0_° ! j’espère que tu arriveras à mettre la main dessus !

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      • dans la grande ville, il y a plusieurs biblios, reliées en réseau : utile pour savoir que le livre X est dispo à la biblio A, emprunté à la biblio B, etc., donc tu peux le réserver en ligne à la biblio B et aller le chercher quand il sera dispo.
        dans mon cas, il était dispo à l’autre bout de la ville = marche à pied, métro + bus + biblio + chemin de retour (donc 1h45 si je rentre, je prends le livre et le repars en espérant pas louper le bus)
        plus clair, là ?

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  16. Ouh, quel thème difficile ! Je note ce roman que je ne connaissais pas (jamais lu cette romancière). Merci et bonne semaine.

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  17. J’apprécie beaucoup le talent de Margaret Atwood et j’avais repéré ce livre chez Pavillons. j’ai très envie de le lire et encore plus maintenant que j’ai lu ton billet.

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    • Je l’ai lu dans le cadre du Club des lectrices, nous avons donc été plusieurs à faire un billet sur ce roman, et sans doute sur des blogs que tu suis aussi 😉

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  18. Je l’ai lu ce mois-ci aussi, j’ai adoré ! Il y avait longtemps que je n’avais pas apprécié autant un roman… Angoissant et « maturisant », en un sens. Il fait partie des 5 que j’emmenerais sur une île déserte, je pense ! 🙂

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    • Ce fut une lecture intéressante pour moi aussi et c’était bien d’en discuter dans le cadre du club de lecture, cela a permis de confronter nos avis. C’est un roman sur lequel il y a beaucoup à dire !

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  19. sd49

     /  mars 29, 2012

    J’avais bien aimé sans que ce soit un coup de coeur

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  20. C’est un roman qui m’a marquée. Je l’ai lu quasiment d’une traite — du coup, il m’a laissée dans une sorte de transe un peu étrange et oppressante. Je crois qu’une deuxième lecture s’imposera un peu plus tard. Ça a soulevé énormément de questions, comme tu l’as justement noté, notamment sur la condition de la femme, sur l’amitié, mais aussi sur la tyrannie politique.

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à vous....

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