« Au début » de François Bégaudeau

Au début j’étais un peu sceptique. François Bégaudeau qui s’attèle à la maternité, par sûre que j’y trouve mon compte. Et cette couverture franchement laide, voire hideuse, il faut bien le reconnaître, n’avait rien pour aider. A tel point que je l’ai dissimulée aux yeux de mes enfants, après avoir surpris le regard interrogateur et inquiet d’Antoine.

Et pourtant…

Treize nouvelles, treize récits de femmes (moins un) racontant leur grossesse, treize voix de femmes relayées par l’écriture d’un homme, qui se fait passeur. Chaque nouvelle s’ouvre sur le titre : Au début… puis se déroule l’histoire d’une femme, d’une rencontre avec un homme, d’un désir ou non d’enfant, d’une grossesse heureuse ou malheureuse. Car ces femmes racontent tout, l’avant, le pendant, l’après, sans omettre ce qui pourrait noircir le tableau du bel et heureux évènement, qui, bien souvent, bien plus souvent qu’on n’ose le dire, allie la vie à la mort.

On peut en être surpris au début, on n’est jamais vraiment prêt à attendre le glas résonner quand on parle d’enfant à naître. Après la première nouvelle, je n’étais même pas certaine que j’atteindrais la deuxième, et pourtant, le glas, je connais. J’avais peur que tout cela tombe dans le sordide, que l’homme transparaisse trop derrière le récit au point d’éteindre la voix des femmes… et puis non. Car malgré le récit de grossesses douloureuses, interrompues volontairement ou non, souhaitées ou non, chaque nouvelle finit sur une note optimiste, comme si chaque début ne déterminait pas forcément la fin, comme si, même si tout commence mal, on pouvait, quand même, malgré tout, espérer à la fin. Sans doute parce que, au début, chaque histoire de grossesse est d’abord, avant tout, l’histoire d’une femme, et aussi un peu celle d’un homme. Et qu’un enfant ne naît pas de rien, mais de l’histoire de sa mère, de sa propre enfance, de sa propre relation à sa mère, de son histoire de couple, de ses anciennes histoires d’amour.

En lisant ces nouvelles, j’avais l’impression d’écouter parler des amies, et j’aurais pu raconter ma propre histoire. Mais il serait faux, dans ce billet, de tomber dans un pathos empathique, car, indéniablement, le style de Bégaudeau soutient l’entreprise. Au-delà des histoires, toutes différentes, l’auteur a su restituer un ton propre à chaque femme, on les entend parler, et il ne tombe jamais dans les pièges béants de son sujet. Pas d’attendrissement mielleux,  pas de descriptions glauques, même si parfois la tentation est forte, pas de complaisance dans le médical et l’organique, mais une façon de parler de la grossesse presque simplement tout en en montrant l’aspect extraordinaire.

L’originalité de ces nouvelles sur un tel sujet, tient précisément sur le fait que chaque histoire est différente, et que le fait naturel d’être enceinte, d’accoucher n’est, finalement pas si simple que cela, et que la décision de vouloir un enfant, si elle peut parfois être prise par hasard, un peu malgré soi ou fortement voulue, n’est pas aussi anodine, qu’elle détermine à la fois le destin d’un enfant, mais aussi redistribue les cartes du couple. Bégaubeau nous interroge alors sur notre propre décision, et notre propre expérience, mais en mettant l’accent sur l’exception, celle que l’on tait souvent, car on ne retient bien souvent que l’enfant né, en taisant l’avant, le début, car une fois que l’enfant est là on oublie tout, et Bégaudeau nous invite ici à nous souvenir de l’avant, à revivre les étapes avant la naissance de l’enfant.

Merci aux Editions Alma.

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34 Commentaires

  1. Je le lirai dans quelques années … 😉

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    • Tu peux le lire aussi maintenant… voir la réponse au commentaire de Violette !

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      • C’est sûr qu’on lit des livres avec des dragons mais on ne se pose pas la question si on aime alors qu’on ne l’a pas vécu .. bref, néanmoins, il y a certains livres qui touchent davantage à certains moments de la vie qu’à d’autres. On lit de manière différente, et on cherche quelque chose d’autre quand on lit des récits d’expérience de choses que l’on a vécu. Sais pas si c’est clair …

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        • C’est vrai mais je remarque que quand le sujet d’un livre touche la grossesse, beaucoup passent sur le seul principe qu’ils n’ont pas d’enfant, comme si cette expérience était comme un sésame, mais finalement le fait de n’avoir pas d’enfant ne justifie pas ce refus de lecture, d’autant plus, je crois pour ce recueil qui, me semble-t-il, peut justement intéresser tout le monde.

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  2. Quel billet!
    Mais je me demande (peut-être bêtement) si cette lecture peut vraiment toucher celles qui n’ont pas vécu cette expérience?

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    • Je me suis aussi posé la question. C’est certain qu’une femme qui a déjà eu des enfants et une femme qui n’en a pas encore ne vont pas lire ces nouvelles de la même façon, mais je pense que, au-delà du sujet, les nouvelles sont intéressantes par la façon dont il aborde le sujet. Ce qui est marrant c’est qu’on se pose toujours cette question sur ce sujet de la grossesse, et pourtant on lit des romans dont le sujet porte sur des expériences que l’on n’a pas forcément connues.

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  3. pour suivre la réflexion ci-dessus, je me demande si ce livre m’intéresserait, vu l’absence d’expérience dans ce domaine en ce qui me concerne, ni même l’envie de la tenter…
    peut-^tre que dans quelques années ce livre tomberait à point nommé…réédité avec une nouvelle couverture…avec un peu de chance 😉

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  4. zut mon commentaire est passé à la trappe ….
    Je disais que ce livre pourrait m’intéresser malgré cette couverture bizarre et dérangeante…
    J’aime le format nouvelle. Pour les interrogations des commentaires et bien pour ma part je n’ai pas d’enfant mais ça ne m’empêche pas de m’intéresser à ce thème de la naissance.
    Bises et bonne journée !

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    • Oui surtout que ces nouvelles racontent comment on en vient à vouloir ou non un enfant, comment la décision est-elle prise etc.
      Merci !

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      • Oui ainsi c’est bien ce qui m’intéresserait ayant décidé à ce jour de ne pas avoir d’enfant…Je suis persuadée que le mécanisme est très complexe.
        Bises et bonne journée !

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  5. clara

     /  février 23, 2012

    ton texte est aussi beau que cette couverture est laide ; tu m’as donné envie de lire ce livre

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  6. ça a l’air pas mal, mais je sais pas, la couverture m’angoisse, et comme en plus je ne supporte pas Bégaudeau…

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  7. J’ai arrêté « la blessure, la vraie » à mi-chemin et je ne suis pas certaine d’avoir envie de replonger dans son univers….

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    • Je ne peux pas vraiment te dire si ce recueil est différent des autres écrits de Bégaudeau, mais en tout cas je n’ai pas eu envie d’arrêter ma lecture une fois lancée !

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  8. Je ne lirai pas ce livre : les récits de grossesse, j’en ai entendu plus souvent qu’à mon tour (avec tous les détails possibles et imaginables), voir bien trop souvent, je paaaaaaaaaaaaaaaaaasse.

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  9. Je connais un peu l’auteur, l’ayant pas mal lu finalement… Tu me tentes avec ton billet !

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  10. C’est vrai qu’elle est immonde cette couverture. Par contre, le contenu a l’air meilleur.
    Je suis d’accord, pas besoin d’être maman pour appréhender ce genre de lecture mais le regard doit être différent quand on l’est. J’ai déjà lu ce genre de récit et je les relirai avec plaisir quand j’aurai connu cette expérience.

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  11. Je pense aussi que la vision change radicalement entre « avant » et « après » et il pourrait être intéressant de faire deux fois la lecture pour comparer.
    Il me semble que si l’on réagit autant aux thèmes liés à la grossesse alors qu’on ne s’interroge pas sur les autres expériences qu’on peut avoir vécues ou pas, c’est parce qu’une grossesse, d’une façon ou une autre, quelle que soit la façon dont on l’appréhende, bouleverse une vie.
    Ce n’est pas un livre vers lequel je serais allée spontanément mais tu en parles tellement joliment que je le note par curiosité.

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  12. On sent bien à la lecture du billet que ce livre t’a émue. Pour le moment, je m’arrête à la couverture? Hideuse, oui, quelle horreur.

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  13. Sur le même thème, nous nous souvenons d’un excellent livre maintenant édité chez Folio, c’est « naissances » de Pierre Péju. La première nouvelle ne s’oublie pas, c’est une histoire terrible!

    Nous irons jeter un œil sur ce livre de François Bégaudeau pour voir comment il traite à sopn tour ce thème , même si il est agaçant ce garçon!

    C’est un très beau billet qui fait tomber tous les préjugés que nous pouvons avoir sur cet auteur!

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  14. Ce livre est sur ma pile… Mais (à cause de la couverture ??) je retarde sa lecture tout en dévorant d’autres livres d’actualité sur le sujet : « La biche ne se montre pas au chasseur » d’Eloïse Lièvre sur la difficulté à concevoir un enfant, « Dieu surfe au Pays basque » d’Harold Cobert sur la fausse-couche, « Seins et oeufs » de Mieko Kawakami sur le corps féminin et la procréation… Il y a une mode, semble-t-il !

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  15. Coucou George, C’est vrai que je n’aurai pas achete le livre avec une telle couverture. On a l’impression que le personnage est ecrase par une bete. Elle est tres moche cette image. Je ne sais pas si j »aimerai lire ce livre, je n’ai pas eu d’enfants alors je ne sais pas ce que ca fait d’etre enceinte et d’accoucher mais je suis sure que c’est le genre de romans qui te donne pas vraiment envie d’en avoir. Je sais que c’est tres douloureux, mais c’est bizarre quand on discute avec une mere, elle ne parle jamais des souffrances, seulement du bonheur, comme si elles avaient ete mises sous le sceau du secret. Etrange, non?

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    • Au contraire, je trouve que ces nouvelles parlent vrai, et te montrent à la fois que ce n’est pas si évident mais aussi que c’est un expérience magnifique, on en ressort plutôt optimiste ! Comme tu le dis, on tait trop parfois l’aspect sombre de la grossesse ou de la naissance, ça peut être dommage de taire cela, notamment quand la grossesse se passe mal pour soi, on aurait envie d’avoir d’autres témoignages, de ne pas se sentir seule. On découvre aussi, en en parlant, que beaucoup de femmes n’ont pas eu une grossesse si « normale » que cela.

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  16. accroauxmots

     /  mars 4, 2012

    Je n’ai pas eu une bonne expérience avec Bégaudeau et  » Entre les murs  » du coup je ne sais pas si je vais tenter un autre livre de l’auteur , même si là pour le coup ton billet me donne envie ( même si je n’ai pas d’enfant)

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    • je n’avais pas lu le roman mais vu le film et je n’avais pas aimé le côté prof démago. ce recueil de nouvelles me semble assez différent cependant !

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  17. Bonjour, je lis ton blog depuis plusieurs mois et ta critique sur ce livre m’a donné envie de le lire, malgré la couverture assez repoussante et mes quelques à prioris sur l’auteur. Je n’ai pas regretté. Je voulais juste passer et te dire merci!

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  1. Au début, un roman autobiographique de François Bégaudeau

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