« Le Colonel Chabert » Honoré de Balzac

Ce vieux-là, mon cher, est tout un poème, ou, comme disent les romantiques, un drame.

Un jour d’hiver, un pauvre hère pousse la porte de l’Etude de Maître Derville. Il affirme être le célèbre Colonel Chabert mort à Eylau. Depuis des années, il tente de récupérer son nom, son statut, sa femme et sa fortune, mais personne ne le croit, il passe pour fou.

J’ai été enterré sous des morts, maintenant je suis enterré sous des vivants, sous des actes, sous des faits, sous la société tout entière, qui veut me faire rentrer sous terre ! (p.74)

Ce roman de Balzac raconte l’impossible retour de Chabert au sein de la société, une société qui, après la défaite de Napoléon, vit désormais sous la Restauration. Chabert c’est le paria, il incarne les soldats napoléoniens que la chute de l’Empereur a laissé sans fortune et sans rang alors même qu’ils étaient des héros. Le récit de sa mort, de son retour à la vie, s’extirpant de la fosse communes, devient une métaphore de sa tentative de résurrection sociale. Mais les règles de la société, de la justice sociale, ne sont plus les mêmes, le pays a changé, et pendant que Chabert tentait de revenir à Paris, la vie a continué sans lui, sa femme a hérité, s’est remariée, a acquis une position reconnue et enviable qu’elle n’est décidément pas prête à abandonner.

Balzac dresse un portrait critique de la société parisienne, et des affaires judiciaires, prenant le parti de Chabert contre ceux qui le dénigrent, et le renient. Derville, à la fin du roman, est un notaire désillusionné, ne croyant plus aux vertus humaines et familiales, ayant dû traiter trop d’affaires sordides :

Combien de choses n’ai-je pas apprises en exerçant ma charge ! […] Enfin, toutes les horreurs que les romanciers croient inventer sont toujours au-dessous de la vérité. (pp.166/167)

Dans ce roman, j’ai retrouvé le Balzac des descriptions et des portraits réalistes, des descriptions de lieux qui sont comme le reflet des êtres qui les habitent, des portraits qui mêlent réalisme et imagination (un homme d’imagination aurait pu prendre cette vieille tête pour quelque silhouette due au hasard, ou pour un portrait de Rembrandt, sans cadre). C’est aussi le Balzac observateur attentif de sa société, habitué à soulever les apparences pour faire apparaître la vérité des âmes (S’il est dans cet hospice au lieu d’habiter un hôtel, c’est uniquement pour avoir rappelé à la jolie comtesse Ferraud qu’il l’avait prise, comme un fiacre, sur la place)

Roman sombre et cruel, ce Colonel Chabert est sans doute un bel exemple de l’art de Balzac condensé en un peu plus de cent pages.

Roman lu dans le cadre d’une LCA organisée avecNathalie, Marie (autres liens à venir), du Challenge Un Classique par mois, du Challenge Balzac, du Challenge Justice et de

Un Jeudi, un Livre.

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24 Commentaires

  1. Tu as l’art de nous faire (re)découvrir un grand classique sous un angle bien plus agréable que ce que mes souvenirs de collégienne m’avaient laissés 😉

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  2. Belle chronique, les émotions que j’avais en lisant ce livre me sautent au visage. Et je le relirais bien, tiens ^^

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  3. Lu à l’école, je me rappelle l’avoir apprécié mais je m’aperçois n’avoir aucun souvenir de l’histoire.

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    • J’avais le souvenir du film mais je n’avais pas lu le roman, et étrangement bien que je me souvienne assez bien du film je me suis imaginé les personnages en dehors de leur incarnation cinématographique !

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  4. clara

     /  février 16, 2012

    j’adore Balzac ; mon fils vient de m’offrir l’intégralité de ses oeuvres; ses descriptions me plaisent , son univers m’emporte, et tu parles très bien de ce livre ;
    pris dans la peau de chagrin, ma citation préférée est vouloir nous brule ,pouvoir nous détruit

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  5. Très beau billet ! Cette relecture a été un plaisir pour moi, j’ai redécouvert Balzac. On a ici un vrai art de la narration, serrée et en même très évocatrice. Mon billet paraît bientôt, je vais ajouter le lien vers ton blog !

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  6. Ce Colonel a l’air intéressant. Moi, mon classique du mois, c’est les 3 Mousquetaires : 900 pages dans mon édition… J’espère arriver au bout avant la fin du mois…

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    • Un très beau classique auquel je ne me suis pas encore attaqué mais que j’ai prévu tout comme « les misérables » de Hugo d’ailleurs ! de gros morceaux ! bonne lecture !

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  7. Ton beau billet me parle et je m’aperçois qu’il y a plein de choses que j’ai oubliées… Mai bon, pas cette année avec Hugo et Les Romantiques, déjà beaucoup de classiques a lire, je n’ai pas ton enthousiasme pour le sujet 🙂

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  8. Lu il y a longtemps… je n’avais pas aimé… Je vais reconsidérer mon exemplaire d’un œil plus amène…

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  9. Tu en parles très joliment et c’est vrai que tu donnerais envie de le relire si ce n’était pas déjà fait. 🙂
    J’essaierai d’écrire mon billet demain ou samedi au plus tard.
    Le dénouement de l’histoire m’est revenu quand j’ai attaqué les premières pages, et cette fin ne me plaît pas trop. Cependant je trouve l’interprétation que tu donnes de l’histoire est intéressante. C’est bien de pouvoir lire des perceptions différentes sur un même livre.

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    • Merci Marie ! je rajouterai ton lien le moment venu !
      C’est vrai qu’on aimerait une fin plus positive, mais finalement Chabert, c’est l’ancienne génération, le monde d’avant et qui n’existe plus!

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  10. Je l’ai lu il y a très longtemps, puis relu quand j’avais des 3e. Un roman à la tonalité très sombre.

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  11. mais dis moi…il fait combien de page ce roman pour l’avoir lu en un jeudi ? le sujet me plait en tout cas, il faudrait que je fouille voir s’il est chez mes parents…

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  12. J’ai un souvenir assez précis de ce roman lu au lycée. La prof nous avait emmené au ciné voir le film d’Yves Angelo avec Gérard Depardieu, Fanny Ardant et Fabrice Luchini… ça avait été une telle torture ! Du coup j’avais mille fois préféré le livre. Ton billet me donne envie de m’y replonger.

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