« Le Canapé rouge » de Michèle Lesbre

Il est toujours étrange d’ouvrir un livre dont on ne sait rien à l’avance mais qui vous a été prêté par une amie, comme un message, une promesse. Hier après-midi, après avoir un peu cafardé sur mon passé, je me suis mise sous ma couette, le nez bouché, un léger mal de tête lancinant, et j’ai lu…vaincue par la fatigue, le cafard et le virus, je me suis endormie après avoir à peine lu une vingtaine de pages. Pourtant, ces quelques pages furent comme un baume. Je m’y suis replongé en fin de journée, et puis hier soir et puis ce matin j’ai tourné la dernière page.

Ce roman fut comme une réponse.

Anne, la narratrice, entreprend un voyage en transsibérien pour prendre des nouvelles d’un ancien amant, dont elle s’est séparé il y a 20 ans, et avec lequel elle correspondait depuis. Mais ses lettres devenant rares, elle avait besoin de prendre de ses nouvelles, de le revoir. Ce voyage, initiatique, est une parenthèse, une redécouverte de son passé :

 Pendant ces heures un peu lentes, un peu lascives, trimballée dans ce paysage qui n’en finissait pas de s’étirer sous mes yeux, je me découvrais une aptitude à la vie contemplative que je ne soupçonnais pas. (p.61)

Pendant ces heures interminables, Anne pense à Clémence, la vieille dame du second étage, sa voisine, à qui, parfois elle fait la lecture. La vieille dame assise sur son canapé rouge, qui lui confie sa vie, son amour pour Paul, à qui elle raconte l’histoire de Milena, la maîtresse de Kafka.

Le voyage devient l’occasion de revenir sur sa vie, ses amours, et cette rencontre avec Clémence, ces moments passés avec cette femme malade d’Alzheimer. Dans un décor aux usines désertées, qui défile en même temps que le train la rapproche de Gyl, Anne croise Igor, repense à sa vie, fait son chemin dans sa mémoire. Les époques se succèdent, se mélangent, sa vie et celle de Clémence qui s’unit à la sienne.

Nous allions, chacune à sa façon, vers ces instants de nos vies où tout avait commencé (p.22)

Alors qu’elle-même reprend possession de sa vie passée, la vieille femme oublie petit à petit la sienne.

J’avais très envie de la revoir, vite, de lui conter mon étrange voyage, sans doute le plus étrange de tous mes voyages, parce que plus que tous les autres il m’avait sans cesse ramenée à ma vie, à la simple vérité de ma vie. (p.85)

Roman simple, mélancolique et beau. Michèle Lesbre, dans un style pur, mêlant citations et réflexions, descriptions et récits, parvient à nous emporter avec elle à bord du transsibérien, mais aussi sur le pont Louis-Philippe au dessus de la Seine. Elle raconte l’amour des femmes pour les hommes, le désir de leur peau et de leur protection, leurs regards, leur silence.

Un moment de lecture, une parenthèse merveilleuse que je dois à Sophie, merci à toi !

Roman lu dans le cadre du Challenge Petit Bac 2012, catégorie Objet.

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47 Commentaires

  1. Lecture qui remonte à l’été 2009. j’avais aimé mais j’avais été frustrée par la longueur de l’histoire…
    http://imagimots.blogspot.com/2009/07/le-canape-rouge.html
    Bisous et bonne journée !

    Réponse
  2. Je savais bien que j’avais repéré ce titre sur un blog que je suis!! Je l’ai acheté d’occas hier sur ce vague souvenir qu’une blogocopine en avait dit du bien (j’avais oublié de le noter sur mon carnet!) et bien j’ai eu raison 😉

    Réponse

à vous....

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