« Le Ravissement de Lol V. Stein » Marguerite Duras

Entre Duras et moi, c’est une histoire un peu compliquée, faite de rejets et d’attractions. J’ai déjà lu six de ses oeuvres allant de L’amant à La Douleur, en passant par Ecrire ou par Les Petits chevaux de Tarquinia… certains m’avaient terriblement plu, d’autres terriblement ennuyée. Le Ravissement de Lol V. Stein fait, malheureusement partie de la deuxième catégorie. Après 132 pages tournées sur 191, il fallait bien le reconnaître, je m’enlisais. Et comme l’enlisement à quelque chose d’angoissant, j’ai préféré abandonner cette lecture.

Oui, j’ai abandonné Duras ou plutôt Lol V. Stein à ses errances, à ses silences et à sa névrose, lassée par cette lenteur et cette désespérance, mais aussi par une difficulté à comprendre cette femme dont le destin a basculé le soir d’un bal, quand son fiancé l’a abandonnée pour une autre.

Pourtant la plume de Duras n’est pas sans charme, le style est une charpente solide, et les trouvailles narratives témoignent du talent de cette très grande écrivain.

Neutre, fait d’ellipses temporelles, ce style oscille entre roman et témoignages, et le narrateur est une voix difficile à cerner, changeant, parfois témoin de l’histoire, parfois cherchant à savoir, à faire la lumière sur certains évènements. Il n’y a pas un mais plusieurs narrateurs qui se succèdent, qui, chacun à leur tour, témoignent de ce qu’ils savent sur Lol. V. Stein, se souviennent. Et puis il y a ce « Je », impalpable, fuyant : J’invente, je vois (p.56) ou encore Je crois ceci : (p. 71)…. et dans ce « Je », il m’a semblé percevoir la voix de l’auteur, l’auteur qui tente de changer en roman ces témoignages, et de combler les vides laissés par des mémoires défaillantes, ou l’absence de témoin.

Finalement ce qui m’a surtout intéressée dans ce roman fut son style, le problème est qu’une fois que j’en avais fait le tour, que j’avais relevé les trouvailles, l’histoire ne m’a pas permis d’aller plus loin, et je n’avais plus d’intérêt à la lire. La dé-personnalisation recherchée par Duras, à la fois dans ses personnages et dans son écriture, m’a laissé sur le bord du chemin, le flou aussi, trop difficile à percer, m’a finalement semblé vain.

Peut-être finirai-je un jour par tourner les quelques 50 pages qui me séparent de la fin de ce roman, mais ce ne sera pas dans l’immédiat.

Enfin, je voulais vous recommander l’article de Laurence Plazenet dans le Magazine Littéraire n°513, consacré à Marguerite Duras, qui fait un parallèle intéressant entre ce roman de Duras et La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette (pp.60-61).

J’ai bien conscience de n’avoir pas fait le tour de ce roman, qu’il ne m’a pas livré tout ce qu’il suggère, mais le manque d’envie de poursuivre a été plus fort.

Roman lu (ou presque) dans le cadre du Challenge Dame de Lettres.

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20 Commentaires

  1. J’ai un peu le même souci que toi avec Duras. Sauf que cette année, j’ai décidé d’aller vers des lectures et des auteurs qui me font envie en priorité, et, quand l’envie de repasser par ceux qui me laissent « mitigée » se fera sentir, on verra… En attendant, même si tu ne l’as pas fini tu en parles fort bien.

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  2. Il te reste 50 pages à lire jusqu’au point final et tu laisses le livre ?
    Je ne suis pas tentée par cette lecture. J’ai lu L’amant et j’avais aimé, je resterai donc avec ce souvenir.

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    • Oui c’est vrai j’aurais pu me forcer un peu plus, mais comme j’ai abandonné ma lecture pendant les fêtes de Noël, et que je me suis lancé dans d’autres romans bien plus passionnants, je n’ai pas eu le courage de m’y remettre !

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  3. « Et comme l’enlisement à quelque chose d’angoissant, j’ai préféré abandonner cette lecture. »

    Le mémoire qui m’a permis d’obtenir mon master de lettres s’intitulait: « Littérature et angoisse chez Marguerite Duras », et évidemment, Le Ravissement faisait partie de mon corpus, avec Détruire dit-elle et L’Après-midi de monsieur Andesmas.

    Je ne peux que comprendre ton ressenti et ton angoisse à la lecture de cette oeuvre (magistrale, à mon sens). Ils sont légitimes, et, je pense, voulus par l’auteure. Lol fait naître en nous le malaise, elle me soulevait le coeur par moment. Mais…….. Elle reste une de mes pièces maîtresses littéraires! Cette puissance, que je n’ai guère retrouvée que chez Kafka ou Bataille, me transcende vraiment.

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    • C’est mon problème avec Duras, je trouve effectivement que c’est un grand écrivain, mais ce qu’elle me raconte ne me passionne pas. J’ai ce même problème avec le Nouveau Roman en général. Par contre j’avais beaucoup aimé « la Douleur » et j’aime ses réflexions sur l’écriture.
      Merci pour ton commentaire très intéressant.

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  4. Il faisait parti du programme de troisième année de fac de lettres et beaucoup ont détesté ! Il m’a beaucoup moins plu que l’Amant, j’ai oscillé entre ennui et incompréhension et pourtant la

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    • (oups) magie Duras a fait son effet. En tout cas comme dit Aspodèle, tu en parles très bien !

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    • Je n’ai jamais étudié Duras en fac, je suis passé à travers ! je vois que pour ce roman nous avons les mêmes impressions ! je dois relire « les petits chevaux de Tarquinia » pour le Club des Lectrices, j’en garde un bon souvenir, j’espère que cette relecture ne me décevra pas !

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  5. Difficile à avouer? J’aime cette romancière et je ne sais pas bien dire pourquoi.

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  6. clara

     /  janvier 17, 2012

    j’ai du mal avec Duras , je n’accroche pas ,

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  7. Je n’accroche pas non plus avec Duras. J’avais lu l’amant pour le bac français (bien trop tôt à mon goût), et Un barrage contre le Pacifique car il était au programme de 3e (j’ai renoncé à l’idée de le faire étudier). Je n’ai pas envie de retenter l’expérience. J’ai vraiment envie de me faire plaisir en lisant cette année.

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    • j’avais étudié le barrage en seconde, et c’est un prof de latin qui m’avait conseillé « les petits chevaux » ! je pense que Lol V. Stein est coriace pour des élèves de 1ère !

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  8. Une amie qui a fait son mémoire de fin d’études sur Duras me l’a conseillé. Les ayant tous lus, elle m’a dit qu’il s’agissait de l’un de ses meilleurs.
    Je reste intriguée tout en tenant compte de tes réserves 😉

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  9. Ce que j’apprécie chez Marguerite Duras, c’est qu’elle a permis de diffuser une certaine forme de littérature « autofictionnelle », où le jeu narratif l’emporte sur le narcissisme qu’on trouve dans les romans confessions par exemple. Elle se dévoile et se cache à la fois derrière ses personnages. En revanche je suis moins attirée par ses oeuvres purement romanesque. Le Marin de Gibraltar m’avait causé quelques déceptions en dépit d’un début prometteur. En tous cas merci pour ce billet, je viendrai vous rendre d’autres visites.

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  10. J’ai du mal, avec Duras. J’ai adoré La Douleur, que j’ai trouvé grandiose, mais ses autres romans m’ont ennuyés. On m’a dit du bien du Ravissement de Lol V Stein, mais j’hésite. L’amant et le Barrage ont été de tels pensums…

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