« Les Misfits » Arthur Miller

Est-ce un roman ou un scénario ? voilà la première question que je me suis posée en ouvrant ce livre. L’alliance entre roman et cinéma est parfois si ténue, si imbriquée qu’il est difficile de juger l’oeuvre écrite en dehors du film. C’est aussi cette étrange impression que j’avais ressentie avec le livre que Pascal Quignard, Tous les matins du monde. Mais peut-être est-ce encore plus vrai pour ce livre d’Arthur Miller, tant la présence de Marilyn Monroe et celle de Clark Gable nous sautent aux yeux.

Dans la préface Arthur Miller écrit :

Les Misfits utilise franchement l’optique du film, en vue de créer une fiction qui allierait les qualités directes de l’image aux possibilités de transmission de l’écriture.

Le rôle de Roslyn fut écrit pour Marilyn, et ce fut pour elle un rôle décisif qui marquait le début d’une nouvelle image qu’elle voulait rendre d’elle, loin de la blondinette écervelée que les studios de Hollywood lui avait façonnée. Ce fut malheureusement son dernier film, comme ce fut aussi le dernier film de Clark Gable et de Montgomery Clift. Film maudit donc que The Misfits.

Mais qu’en est-il du livre ?

Roslyn  Taber est à Reno pour le jugement de son divorce. Elle fait la connaissance de deux cow-boys : Gay Langland et Guido. Les deux hommes sont sous le charme de la jeune femme, mais c’est vers Gay qu’elle ira. Entre rodéo et chasse aux mustangs, les personnages de ce roman sont des paumés, derniers témoins d’un monde en train de changer, vestige du mythe du western.

Gay braque ses jumelles. « Rien que des misfits, ces chevaux… Des tocards, chérie. » (p.165)

Le dernière scène, la chasse aux mustangs est la plus importante, et sans doute la plus symbolique. Comme ces cow-boys, ces chevaux sauvages sont les derniers survivants de l’ancien western, et comme eux leur liberté, leur amour des grands espaces risquent d’être remis en question, risquent de disparaître. Si les mustangs ont été remplacés par des scooters auprès des enfants, les anciens cow-boys risquent de finir derrière une pompe à essence. C’est donc le témoignage d’une époque qui disparaît que nous présente Arthur Miller. Le lecteur est tout entier contenu dans le rôle de Roslyn, comme elle, nous découvrons ce monde ancien, nous sommes à la fois fascinés par le courage de ces hommes partagés entre une masculinité qu’ils revendiquent et la nécessité de se couler dans le nouveau moule, un moule aussi bien sociétal que familial. L’un après l’autre, ces hommes vont se résigner, abandonner leur ancienne vie devant les nouvelles règles sociétales, mais aussi devant le décalage entre leurs anciennes valeurs et celles qui, petit à petit, ont fini par s’imposer : une vie familiale rangée, un rôle social au service de la consommation. Comme les mustangs semblent aussi de résigner à leurs liens, et à leur destins, ces hommes, au contact de Roslyn, qui agit comme une prise de conscience, vont être dans la nécessité de changer de vie.

Avant ils incarnaient la liberté, la masculinité, la beauté sauvage, aujourd’hui, ils sont fatigués, et semblent ne plus appartenir au monde qui se dessine.

La lecture est rapide, et il m’a été impossible d’imaginer ces personnages en dehors des acteurs si connus qui les incarnaient dans le film de John Houston, même si pourtant je n’ai pas encore vu le film en intégralité (mais c’est prévu pour ce week-end!). Certes le sujet ne m’a pas vraiment passionnée, et cependant, grâce à l’écriture de ce billet, je me rends compte de la densité de ce livre, et de tout ce qu’il suggère sur la vie, sur les relations, mais aussi sur Marilyn… Car, en lisant ce roman, m’est revenu en mémoire certaines pages de Blonde de Oates, des pages dans lesquelles Oates explique si bien tout ce que Roslyn a de Marilyn, la sensibilité, les pensées du personnage sont si proches de celles de Marilyn. Et l’importance de jouer avec Clark Gable avait pour elle, Clark Gable sosie de son père qu’elle n’a jamais connu.

Difficile de savoir si ce livre aurait provoqué autant de choses en moi s’il n’avait pas été lié au film et à Marilyn. Je crois que j’y aurais été moins sensible, moins émue. Il me tarde maintenant de voir le film et de découvrir une Marilyn magnifique (comme les quelques photos dans ce billet le montrent) et différente, plus humaine et tellement moderne avec sa chemise blanche, son jean et ses bottes.

Livre lu dans le cadre du Challenge La Littérature fait son cinéma, le Challenge Marilyn Monroe, et le Club des lectrices, sans oublier le Défi Mia de Décembre.

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22 Commentaires

  1. Hâte d’être à samedi pour voir le film !!

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  2. Si l’effet Marilyn ne m’émoustille pas comme pour toi, le sujet du livre me plait bien…et même beaucoup ! tu n’as pas traîné à le lire dis moi ?!
    je ne connaissais pas du tout ce livre, ni même le film…tu devrais faire des billets sur Marilyn, comme pour l’oeuvre de George, car en ce qui me concerne, je suis à côté de la plaque ! bon billet qui donne envie de s’enfuir dans les grands espaces américains…

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  3. Valeriane

     /  décembre 15, 2011

    Tu m’as « fait acheter » Blonde… Voilà que tu me tentes à nouveau avec Marilyn… 🙂

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  4. comme le couwboy mar*boro, une image de grands espaces, de liberté, etc. à jamais disparue.

    film qui m’avait marquée

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  5. J’ai un peu peur de ne pas pouvoir lire le livre sans penser aux personnages du film (ce qui peut, selon les cas, s’avérer une bonne ou une mauvaise chose), mais pourquoi pas !

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  6. Les photos sont effectivement magnifiques, comme celle de la couverture d’ailleurs. Un livre que je note, pourquoi pas pour Noël!!

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  7. Ça alors, les grands esprits se rencontrent ! Je suis aussi dans une envie « Marilynesque » en ce moment, et ce film est dans la pile à voir 😉
    Hâte que tu nous en dises ton avis 🙂

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  8. le film était très poignant, et marilyn plus belle que jamais

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  9. Pas lu livre … et je ne crois même pas avoir vu le film ! Shame on me.

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  10. J’ai beaucoup aimé le film et Marylin y est excellente, les autres acteurs aussi dont c’est le chant du cygne.. Clark Gable, Montgomery Clift… Ils sont tous morts peu de temps après .
    Je pensais qu’il s’agissait d’un scénario et non d’un roman?

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  11. C’est vrai qu’il est difficile d’imaginer une autre femme que Marilyn durant la lecture… mais ça ne m’a aucunement gâché mon plaisir !

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  12. Pas tellement intéressée mais tu me donnes encore plus envie de noter Blonde 😉

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  13. Je connaissais de nom, mais ton avis me donne envie de lire le livre et de regarder le film ; en plus, honte à moi, je n’ai jamais vu Marylin Monroe jouer 🙂

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  14. Très envie de lire ce livre depuis longtemps.

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  15. Et voilà, une fois de plus je lis ton billet et j’ai l’impression d’être passée à côté de mille choses…
    Difficile pour moi aussi de me défaire de Marylin et Clark Gable… En revanche je ne suis pas sûre d’avoir envie de voir le film tout de suite, je suis un peu partagée, et j’ai surtout envie de choses douces après toutes ces émotions…

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  16. Je n’ai jamais réussi à voir le film jusqu’au bout mais je pense d’abord commencer par lui avant de voir si je suis tentée par cette lecture !

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