« Le vice de la lecture » Edith Wharton (Un Jeudi, Un Livre #3)

Cela fait bien longtemps que ce petit essai traîne sur mes étagères… j’ai lu plusieurs billets à son propos, et notamment celui de Delphine, assez critique envers ce petit livre… il me fallait donc le lire, et tenter de comprendre ce qu’Edith Wharton cherchait à dire ici.

Ce billet suivra donc d’assez près le fil de ma lecture, et tant pis si, pour une fois, je vous en dis trop (à la limite ça vous évitera de le lire!).

D’entrée Edith Wharton prend le contre-pied d’une idée reçue et que nous n’aurions pas idée de contredire : le lecture n’est pas une vertu, elle est un vice ! et si elle est devenue un vice c’est essentiellement à cause de la fameuse « diffusion de la connaissance ». Ce qui revient à dire, que la démocratisation de la lecture (elle parle d’ailleurs du suffrage universel) a dénaturé la lecture.

Donc pour Edith Wharton, la lecture n’est pas plus une vertu que respirer. Nous  lisons, non par devoir, comme on fait du sport pour entretenir sa santé, et en cela le sport est une vertu, mais la lecture relèverait plutôt du réflexe.

Ensuite l’auteur passe aux livres. Un livre est bon s’il entraîne une modification à la fois de la pensée de son auteur, et de son lecteur : Les plus grands livres jamais écrits valent pour chaque lecteur uniquement par ce qu’il peut en retirer. Vient alors une phrase qui peut (et qui a dérangé Delphine d’ailleurs!) déranger :

Les meilleurs livres sont ceux desquels les meilleurs lecteurs ont su extraire la plus grande somme de pensée de la plus haute qualité ; mais c’est généralement de ces livres-là que les piètres lecteurs recueillent le moins. (pp.9/10)

Bien sûr l’opposition entre bons lecteurs et piètres lecteurs est gênante, d’autant que l’on peut s’interroger sur la définition exacte de l’un et de l’autre. Il faut donc poursuivre. Pour Wharton, nous ne sommes pas tous lecteurs, comme nous ne sommes pas tous musiciens, entendez bons musiciens. Certes  nous pouvons connaître quelques accords de guitare, et pianoter la sonate à Hélène, mais dire que nous sommes musiciens serait faux. Pour la lecture ce serait donc la même chose. Nous savons tous lire, certes, puisque nous l’avons appris à l’école, mais cela ne fait pas de nous forcément de bons lecteurs, nous serions alors, ce que Wharton appelle des lecteurs mécaniques. Or le danger de ces lecteurs mécaniques vient du fait qu’ils veulent se mêler de littérature : Et c’est seulement lorsque le lecteur mécanique s’égare hors de son pré carré qu’il devient un danger (p.11) : aïe !  oui là je l’avoue ça fait un peu mal ! Car pour Wharton, le lecteur mécanique doit se contenter de livres faciles (ceux qui ne nécessitent aucun effort autre que de tourner les pages et se servir de ses yeux (re-aïe!!!) p.11), mais ce pauvre lecteur mécanique a un grand défaut, c’est qu’il est un incorrigible suffisant, et qu’il s’attaque à la littérature et se mêle de donner son avis.

Croyez-moi ce pauvre lecteur mécanique en prend pour son grade, il aura beau faire, il ne pourra jamais atteindre le stade du lecteur-né. Et pourquoi? parce que le lecteur mécanique lit par devoir et non par essence, pourrais-je dire. La lecture devient un travail, alors même que pour le lecteur-né, elle est un besoin vital. Et là soudain, je comprends mieux, et j’adhère davantage. Le lecteur mécanique serait incapable de percevoir les liens entre les livres, les échos entre eux. Le livre lu devient un devoir accompli consciencieusement, et non une promenade, une déambulation, une passerelle vers autre chose.

Mais le lecteur mécanique a un autre vilain défaut, il suit la vox populi (et attention là aussi ça va faire mal!) : Il se dirige tout droit vers le livre dont on parle, et l’importance de celui-ci est pour lui proportionnelle au nombre de ses rééditions (p.19). C’est donc là aussi un vieux débat, qui rejoint le jugement de Sainte-Beuve sur la littérature industrielle (article que j’ai d’ailleurs très envie de lire attentivement!). Car Wharton, va plus loin, s’il y a lecteur mécanique, il y a aussi auteur mécanique. Le lecteur mécanique entraîne donc 4 grands maux :


1.
Il suscite la demande d’une écriture médiocre

2. il ralentie la vraie culture

3. Il confond la morale et les jugements intellectuels

4. Il a fourvoyé la critique,  en entraînant une disparition de l’analyse du style et du sujet, pour la remplacer par un récit des évènements (ce qui me fait doucement penser aux 4ème de couv.)

Alors que retirer de tout cela ?

Tout d’abord je trouve que cette réflexion reste très moderne, et que bien qu’écrites en 1903, certaines de ses affirmations sont encore d’actualité. Il suffit de constater l’appauvrissement des analyses critiques au sens plein du terme, c’est-à-dire l’analyse précise d’un style, pour des jugements d’ordre affectifs ou moraux. Moderne aussi parce que, sur bien des aspects, cet essai rejoint, me semble-t-il, certains billets d’un Pierre Jourde sur sa perception des romans de Marc Lévy, par exemple.

J’émets, ou du moins, j’essaie d’émettre souvent ici un avis, certes subjectif, mais qui cherche à ne s’appuyer pas uniquement sur du ressenti, mais  sur une réflexion (celle-ci sera jugée valable ou non selon celui qui la lira) qui veut aller au-delà de la morale, et c’est pourquoi je suis souvent embarrassée pour parler d’un livre qui m’a très fortement émue, car je sens bien que tout jugement intellectuel (entendez qui relève d’une réflexion de l’esprit!) peut en être influencé. Si certaines phrases de Wharton peuvent en effet déranger, et si ce lecteur mécanique qui lit par devoir et non par nécessité, en prend pour son grade, il me semble cependant que ce lecteur a quelque peu changé de forme, même si plusieurs de ces caractéristiques sont encore de mise. Mais si cet essai est dérangeant, c’est surtout qu’il nous renvoie à notre état de lecteur. Car forcément je me pose la question : dans quelle catégorie suis-je ? quelle lectrice finalement suis-je vraiment ? Mon petit égo me porterait à être dans le camp des lecteurs-nés, mais pourtant je dois reconnaître avoir quelques similitudes avec ce pauvre lecteur-mécanique qui court après le dernier livre paru ! Wharton tranche la question en créant deux catégories distinctes, or il me semble que les choses ne sont pas aussi simples, et je crois que l’on peut être à la fois un lecteur mécanique et un lecteur-né. Mais, et cela quitte à déranger à mon tour, je reste persuadée que la littérature industrielle pour Saint-Beuve, commerciale, pour notre époque, est un danger pour le littérature au sens propre. Non qu’il faille bannir la première, ou la regarder de haut, non qu’il faille que ses lecteurs soient dénigrés, mais parce qu’il s’opère, me semble-t-il aujourd’hui un amalgame, et une tendance à apprécier chaque livre avec le même critère celui de la petite histoire et du ressenti. Or pour moi, la valeur d’un livre ne tient pas tant à son histoire, qu’à la façon dont celle-ci est racontée, c’est-à-dire un style, une pensée, une réflexion, or je suis d’accord avec Wharton quand elle écrit : Il est impossible de donner une idée de la valeur d’un livre par le résumé de son contenu (p.29). Au-delà des émotions qu’il peut susciter, un livre doit porter à la réflexion, cela est pour moi essentiel, mais cela peut être autrement pour d’autres, et il ne s’agit pas ici d’un jugement de valeur. Chacun recherche dans la lecture quelque chose de différent, pour ma part je recherche autre chose qu’un simple divertissement, parce que pour moi la littérature m’aide à penser, à mieux me connaître, moi mais les autres aussi, bref à vivre, et tout ne se vaut pas. Certains livres que je trouve bons ne le sont pas pour d’autres, et vice-versa, la difficulté de l’essai de Wharton est qu’elle prend parti pour un type de lecteur plutôt que pour un autre, que certaines affirmations sont séches et peuvent heurter, mais c’est aussi ce qu’il y a d’intéressant.

Un Jeudi, Un Livre

Défi Mia : 2/12

Lu aussi dans le cadre du Challenge Le Nez dans les Livres !

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57 Commentaires

  1. Je suis assez d’accord avec ton analyse, et je partage généralement tes aspirations pour la lecture (même si je ne déteste pas me plonger de temps en temps dans un bon page-turner).
    En tout cas, tu me donnes très envie de lire cet opus !

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    • les Livres de George

       /  octobre 6, 2011

      Mais moi aussi j’aime bien un bon Dan Brown ou Kennedy, car la lecture est, heureusement, aussi un divertissement, le truc c’est que je ne peux pas me contenter de cela tout le temps!

      Réponse
  2. Voilà un essai que je lirais bien par pure curiosité… Mais cela ne changerait probablement rien à la vision que j’ai de la lecture… Quelque chose d’indispensable, au même titre que se nourrir et avoir chaud… Mes envies sont de l’ordre de l’instinct… Alors oui, vive les livres qui laissent une empreinte et que l’on oublieras pas… Mais vive aussi les lectures plus légères qui ne nous offre que du bonheur et c’est déjà beaucoup…

    Réponse
    • les Livres de George

       /  octobre 6, 2011

      Je suis d’accord, mais j’ai besoin aussi de livres plus denses qui me bousculent et me font réfléchir, j’ai besoin de matière pour être nourrie 😉 !

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      • C’est exactement ce dont je parlais en citant les livres qui laissent une empreinte… Des livres qui ont une telle densité qu’ils nous nourrissent…. et nous ouvrent autant de portes que nous le souhaitons… Il y a surtout des auteurs qui ont une vraie voix… Ceux là sont indispensables…

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  3. je ne saurais, ni ne pourrais être aussi prolixe que oi concernant ces notions de bons ou de mauvais lecteurs, ni sur le contenu de ce récit qui, à mon avis, aurait vite fait de me foutre les nerfs à vif, et de me donner très vite, l’envie de le lâcher pour ne pas en voir plus que les premières pages…
    Si je lis, c’est pour lire, m’évader, découvrir de nouveaux lieux, des personnages par les mots et les sensations qu’ils font ressentir durant cette lecture. Réfléchir à pourquoi je lis ou si je suis une « bonne » lectrice, me boufferai le plaisir, et je ne veux pas stigmatiser untel en fonction de ses lectures…le principal pour moi c’est de lire, pas d’analyser si c’est du Montaigne ou du Lévy (ouh la comparaison est rude !)…
    dans le monde actuel, c’est quelque chose de voir des personnes lire, si pour cela il faut continuer de sortir des romans dits commerciaux, que cela continue !
    En bref, je ne lirai pas Mme Wharton, elle m’ennuierait …

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    • les Livres de George

       /  octobre 6, 2011

      C’est un essai très intéressant malgré effectivement une prise de parti très tranchée,mais je crois aussi qu’il faut le replacer dans le contexte de l’époque, et ce lecteur mécanique dont parle Wharton semble avoir quelque peu disparu aujourd’hui ! Pour ce qui est de l’analyse je crois qu’on la fait malgré nous, et ton expérience avec Pancol le prouve, il me semble ! Car à la base, c’est une lecture facile, qui ne se revendique pas comme littéraire, c’est-à-dire où prime l’histoire sur la forme, mais ça ne passe pas !

      Réponse
      • oui j’avoue que là tu as trouvé ma faille… mais je ne lâche pas totalement l’affaire, et j’arriverai à lire ce roman..non mais…c’est quand qu’on retourne à la plage? Peut-être qu’il passerait mieux là…. 😉

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        • les Livres de George

           /  octobre 9, 2011

          pas avant un bon bout de temps, tu as largement le temps d’écouler ta PAL d’ici là 😉 !

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  4. Analyse très fouillée qui porte à réflexions… Je ne sais pas si je suis une lectrice née ou si je suis une lectrice mécanique… Et, quelque part, ce n’est pas non plus essentiel pour moi de le savoir. Pas essentiel parce que ce qu’il l’est, en revanche, c’est le plaisir que je prends à lire, à découvrir, à m’évader, à refaire le chemin à l’envers avec des classiques ou bien à me vider la tête avec du « commercial »… Elle m’a un brin fait grincer les dents ta Madame Wharton là! 😉

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    • les Livres de George

       /  octobre 6, 2011

      Finalement ce que critique surtout Wharton, me semble-t-il, c’est que ceux qu’elle considère comme de piètres lecteurs se mêlent de littérature, s’ils se cantonnent à des livres faciles, elle n’y voit pas d’inconvénient. Elle estime que ces lecteurs ne sont pas aptes à apprécier la réelle valeur d’un livre littéraire, parce que leur « analyse » se cantonne à la moral, et finalement c’est qui a fait que « Emma Bovary » fut jugé immoral, tout comme « les fleurs du mal ». Et je ne suis pas sûre de n’être pas d’accord avec elle, sur ce fait là du moins ! un livre ne se juge pas en fonction de la bonne morale !

      Réponse
  5. Bonjour,

    Je viens de découvrir votre blog que j’aime beaucoup! Ce billet est particulièrement intéressant et donne envie de lire ce livre d’Edith Wharton. Cela fait plaisir de trouver des blogs littéraires de qualité! Moi aussi d’ailleurs, j’en ai un:http://www.malibrairie.net/.

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  6. Moi c’est ce postulat de départ qui m’a vraiment gênée, la lecture serait innée (=lecteur né), ça me gêne profondément, ça n’a même aucun sens. Je pense en plus qu’on peut commencer à lire de façon « presque mécanique » (encore une fois comment peut-on lire et ne pas comprendre ce qu’on lit, ou si ça peut peut-être arriver si on s’attaque à une langue très ardue, mais dans ce cas pourquoi continuer à lire, quel est l’intérêt… ?) et au fil du temps évoluer dans notre perception de lecteur.

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    • les Livres de George

       /  octobre 6, 2011

      En lisant l’essai j’ai mieux compris ! ce n’est pas lecture qui est innée, puisque c’est un apprentissage culturel, mais Wharton fait la distinction entre le lecteur qui lit par nécessité existentiel et ceux qui lisent pour faire bien, faire intellectuel, qui fait de la lecture un exercice, un devoir ! et en cela je suis assez d’accord avec elle ! cela rejoint finalement ceux qui, aujourd’hui lisent le dernier Goncourt pour faire bien dans les dîners en ville. D’autre part, je pense que certains lisent des livres pour faire bien mais n’ont pas la capacité de juger réellement la portée littéraire de l’oeuvre, leur jugement est alors uniquement moral, et elle l’explique parfaitement d’ailleurs.

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  7. Connaissant quelque peu Wharton, je me doutais que le billet serait intéressant,

    J’aime l’idée de « Lire est un besoin vital », justement cela coupe court à l’idée d’intellectualiser à tort et à travers la lecture. Quant à l’idée d’être une lectrice née, je reconnais sans problèmes avoir calé face à des chefs de la littérature ou présentés comme tel, je pense à James Joyce par exemple ou récemment Albert Cohen et sa Belle du Seigneur.

    C’est vrai que lecteur mécanique c’est dur, il me semble toujours qu’il existe un clivage entre une forme d’élite littéraire et le lecteur du dimanche, qui lit pour occuper son temps libre (Wharton le forumule avec plus délégance que moi).

    C’est vrai que certains propos peuvent surprendre, surtout en cette période de rentrée littéraire ou nous sommes innondés de nouveautés (enfin en tant que lectrice ce n’est pas mon choix, mais celui des maisons d’éditions qui m’impose un calendrier de lecture) et quand j’apprécie un auteur, je suis impatiente de le lire.

    Je me suis souvent sentie trahie par une 4eme de couverture. Quant à la question de l’analyse critique des romans, je crois que là aussi l’industrialisation a fait son oeuvre, les techniques marketing ont remplacées largement l’analyse littéraire d’un roman, la rendant limite superflue voire intello.

    Réponse
    • les Livres de George

       /  octobre 6, 2011

      Le fait que la lecture soit vitale ne me semble pas couper « court à l’idée d’intellectualiser à tort et à travers la lecture », pour moi la lecture n’est pas seulement l’expression d’un ressenti, d’une émotion car le risque est de tomber dans le cliché, il faut un style qui soutient le tout, une réflexion qui permettent de nous faire avancer dans nos propres interrogations sur la vie, l’amour, la mort etc. Dans Belle du Seigneur, Solal et Ariane intellectualisent trop l’amour, si bien qu’ils en perdent l’émotion, le sentiment, dans la lecture c’est pareil, trop d’intellectualisme tue l’émotion, mais trop d’émotion tue la réflexion,c’est mon impression ! Comme tu le dis le fait d’aller au-delà de l’émotion, de réfléchir dans une analyse entraîne souvent le jugement : « vous êtes trop intello » ! il faut juste réfléchir à ce que l’on entend par oeuvre littéraire, tout livre n’est pas forcément une oeuvre littéraire !

      Réponse
  8. Moi, je suis une lectrice. Bien que Mrs Wharton ne puisse douter de ma sympathie à son égard, je me révolte à l’idée d’être épinglée dans une catégorie ! Na !

    Réponse
    • les Livres de George

       /  octobre 6, 2011

      Il faut prendre en compte le fait qu’il s’agit d’un essai, d’une prise de partie dans laquelle il faut trancher, donc c’est forcément ou tout noir ou tout blanc, mais la vérité se situe entre les deux, je suis d’accord !

      Réponse
  9. Je l’ai lu et j’ai été sensible au paradoxe qu’elle développe.
    Maintenant, je suis confrontée tous les jours à des élèves (même au collège) qui peinent à lire, qui peinent à trouver le sens de ce qu’ils lisent. Je dirai « on ne nait pas lecteur, on le devient ».

    Réponse
    • les Livres de George

       /  octobre 6, 2011

      Effectivement tout le monde apprend à lire, à déchiffrer, mais en faisant passer des oraux blancs de BAC français c’est aussi évident que la compréhension ne va pas de soi, parce qu’un livre se comprend en fonction des autres livres écrits avant, d’une époque que l’on connaît ou pas ! Analyser la fin du Rouge et le Noir sans avoir conscience de l’empreinte romantique, de la référence à la Reine Margot, certes ne nous empêche pas d’apprécier le roman, mais nous en fait perdre une partie ! ce n’est pas en soi très grave, mais on l’apprécie davantage dans on a lu d’autres oeuvres et que l’on connaît les thèmes romantiques !

      Réponse
  10. Moi non plus je ne sais pas si je suis une lectrice née ou mécanique et à vrai dire je m’en fous! Les propos d’Edith Wharton me font grincer de dents! Ce sont ceux d’un bourgeoise « élitiste » (pour reprendre un terme actuel), c’est à dire qui a la prétention et la suffisance de sa classe sociale. Moi je dis que la lecture, c’est d’abord une notion de plaisir et d’émotion, ensuite vient la réflexion et si le bouquin est bon tant mieux. L’important c’est d’aimer lire!

    Réponse
    • les Livres de George

       /  octobre 6, 2011

      Je crois qu’il est essentiel de tenir compte du contexte dans lequel a été écrit cet essai, et je pense que le lecteur mécanique de Wharton n’existe plus comme tel aujourd’hui, et qu’elle se range justement non pas du côté du bourgeois qui lit pour faire bien (son fameux lecteur mécanique) mais bien du côté du lecteur qui lit non seulement par nécessité mais aussi par plaisir et non par devoir ! peut-être l’ai-je mal montré dans mon billet !

      Réponse
  11. très intéressant….je suis tout à fait d’accord, le génie du romancier tient avant tout dans son style, et comme pour toi, c’est ce qui compte en premier pour moi…et j’aime aussi beaucoup la réflexion de Sharon: »On ne naît pas lecteur, on le devient », c’est-à-dire qu’il s’agit d’un apprentissage(autodidacte ou non) qui se nourrit de la pratique régulière de la lecture…ton article m’interpelle, car je constate que ma fille, qui a douze ans, n’aime pas lire des romans(par contre c’est une fana de BD), alors que depuis qu’elle tient sur une chaise, je lui ai lu toutes sortes de livres, et que par ailleurs elle m’a toujours vue un livre à la main…

    Réponse
    • les Livres de George

       /  octobre 6, 2011

      Je crois aussi qu’il est nécessaire, même si cela peut déranger, de faire des distinctions entre les romans, et Wharton parle avant tout de romans littéraires jugés par des personnes qui n’ont pas forcément une approche littéraire de la lecture, dans littéraire j’entends un jugement sur le style ! elle le démontre assez bien dans son essai quand elle dit que le lecteur mécanique juge un personnage antipathique et en déduit donc que le roman est antipathique !
      Pour ta fille, je pense qu’elle viendra au roman quand elle le jugera nécessaire 😉

      Réponse
  12. Le paradoxe c’est qu’elle critique la critique ou ceux qui émettent un jugement en les rangeant dans une case alors qu’elle-même se permet de juger et ça je n’aime pas du tout, qu’elle ait raison ou tort. Même s’il y a du vrai, la façon dont c’est dit est insupportable ! Et dans une vie de lecteur, il y a des évolutions qui se font, des choix en fonction de nos besoins et pas de notre « inné ». L’acquis n’est pas le même à 10 ans qu’à quarante. Nos aspirations non plus. Bref, elle m’énerve, toi par contre, tes explications sont beaucoup plus pertinentes que les siennes ! Ton argumentation aussi…

    Réponse
    • les Livres de George

       /  octobre 7, 2011

      Elle ne critique pas la critique, au contraire, elle regrette la perte d’une critique analytique au profit d’un avis moral qui ne rend pas compte de la valeur littéraire d’une œuvre ! certains passages sont vraiment très pertinents, et l’essai ne fait que 30 pages 😉 !

      Réponse
  13. Ma première question a été de savoir dans quelle catégorie de lecteur je suis… Mais le plaisir de lecture vient pour moi de la variété de nos ressentis face à un texte : émotion et/ou réflexion, je n’opposerai pas les deux, ils sont trop liés ! Je reconnais qu’il est parfois plus facile, paradoxalement, de mettre des mots sur l’émotion ressentie à la lecture, que d’analyser précisément l’oeuvre. Mais c’est aussi parce que dans mon cas, chaque lecture fait écho à ma propre expérience, ma propre vie, et je suis d’autant plus sensible à une situation, au sentiment d’un personnage, que je l’ai déjà vécu… Et lorsqu’on se rend compte que l’auteur a réussi à mettre en mots, d’une manière si juste, ce que nous avons un jour ressenti (ou pressenti), là commence pour moi la réflexion.
    Un très beau billet en tout cas !
    Qui m’a donné envie de relire l’essai de Proust sur la lecture. J’y ai retrouvé cette citation : « Nous sentons très bien que notre sagesse commence où celle de l’auteur finit, et nous voudrions qu’il nous donnât des réponses, quand tout ce qu’il peut faire est de nous donner des désirs. »

    Réponse
    • les Livres de George

       /  octobre 7, 2011

      Bien sûr que l’émotion ressentie est importante, mais elle ne peut pas être tout pour moi sinon, comme je le disais dans une autre réponse à un commentaire le risque est de tomber dans le pathos,le style est donc essentiel. Le dernier Blondel est un très bon exemple, le risque était de faire un roman pathos, mais le ton, le style choisis par l’auteur fait que ce roman est magnifique !
      « Et lorsqu’on se rend compte que l’auteur a réussi à mettre en mots, d’une manière si juste, ce que nous avons un jour ressenti (ou pressenti), là commence pour moi la réflexion. » : je suis totalement en accord avec cette phrase 🙂
      Tu me donnes envie de lire cet essai de Proust !

      Réponse
      • J’ai remis sur mon blog les citations qui m’ont le plus marquée dans cet essai de Proust : http://wp.me/p1JIVF-2C. Je te le conseille vraiment, c’est très court, ça ferait une bonne lecture pour un jeudi 😉

        Réponse
    • les Livres de George

       /  octobre 9, 2011

      merci pour ton lien !

      Réponse
  14. Je crois que tu as oublié de faire rentrer ce titre dans ton challenge « Le nez dans les livres » ^^
    Il m’intéresse en tout cas, pour les réflexions qu’il suscite ! Merci pour ce billet circonstancié !

    Réponse
    • les Livres de George

       /  octobre 7, 2011

      ah mais oui tu as raison 😉 ! j’ai passé presque deux heures sur ce billet, du coup à la fin j’ai oublié le logo du challenge 😉 !

      Réponse
  15. J’aurais aussi tendance à adhérer au « on ne naît pas lecteur, on le devient ». Néanmoins la réflexion qu’elle mène a décidément l’air intéressante et tu me donnes encore plus envie de lire cet essai!

    Réponse
    • les Livres de George

       /  octobre 7, 2011

      Je te le conseille !!! certaines phrases font un peu grincer des dents mais il y a certaines réflexions extrêmement modernes !

      Réponse
  16. Je l’avais noté il y a un moment mais j’ai oublié de voir s’il était à la biblio ! En tout cas, voilà une lecture qui fait réfléchir sur notre rapport à la lecture 🙂

    Réponse
    • les Livres de George

       /  octobre 7, 2011

      Un petit essai que j’ai beaucoup apprécié, et j’espère qu’il te plaira !

      Réponse
  17. S’il ne fait que 30 pages, je vais essayer de me le procurer, ne serait-ce que pour dépasser mon a priori négatif ! Je te rejoins sur certains points (encore très vrais certes) mais le ton me fait tiquer ! J’essaierai quand même 🙂

    Réponse
  18. Je dirais bien que ce qu’elle dit n’est pas très gentil mais je ne suis effectivement pas sûre que se soit complètement faux!!! Et moi-même, est-ce que je ne deviens pas un lecteur mécanique lorsque je me dépêche de finir un livre pour le chroniquer à temps? Je pense que si… Et je me demande d’ailleurs si Edith Wharton aurait beaucoup apprécié les blogs littéraires!!
    En tous cas, je viens de lire mon premier livre de cet auteur: Chez les Heureux du Monde, qui m’a beaucoup marqué…

    Réponse
    • les Livres de George

       /  octobre 9, 2011

      Je pense qu’elle aurait aimé les blogs littéraires parce que nous sommes quand même avant tout des lecteurs passionnés pour qui la lecture est un élément essentiel de notre vie !
      j’ai plusieurs de ses romans dans ma PAL, il faut juste que je les lise 😉

      Réponse
  19. D’accord avec Alice, je me sens parfois « mécanique » quand je mùe dépêche de finir un livre pour un challenge ! Mais pas dans le sens qu’elle y met, plutôt comme « mécaniquement « débordée par ma lecture. Les blogs littéraires ? Zu contraire, elle aurait trouvé son compte dans nos critiques d’amateurs qui AIMENT lire…Pour lire. J’ai ce petit essai, grâce à Sharon qui ne passant, a fait un bon billet sur ce petit opus) et replacé dans le contexte hyper fermé de l’époque, surtout pour les femmes, y compris celles de son milieu social aisé, je pense commeGeorge que son « lecteur mécanique » est celui qui lit « parce-que ça sfait bien  » ! Bon, j’avoue que j’aime beaucoup l’é »criture et la vie de cette auteure qui a su malgré tout faire des choix de vie pas faciles et critiquer une société de paraître qui étai la sienne. (Et bravo, george, pour ce billet TRES réussi…sur un si petit livre ! Et qui est source de tant de partage ! c’est ça les blogs !) 😉

    Réponse
    • les Livres de George

       /  octobre 9, 2011

      Moi aussi je pense avoir parfois une lecture mécanique ! il me reste à découvrir ses romans que j’essaierai de lire de façon non mécanique 😉
      (merci pour le compliment 😉 )

      Réponse
  20. A te lire c’est vrai que l’auteur a l’air un peu d’une « mère la morale » . Catégoriser les gens c’est toujours une prise de risque. Je crois que la dimension de plaisir est importante. Un grand livre est peut être celui qui diverti tout en transmettant des réflexions. Mais un lecteur est souvent varié dans ses choix… Lire du divertissement à la lévy peut être l’occasion de passer un bon moment pour ensuite lire des ouvrages plus classiques à l’approche plus abrupte. En tout cas TE lire m’a fait réfléchir! Je ne crois pas que l’on « nait » lecteur on le devient!

    Réponse
    • les Livres de George

       /  octobre 9, 2011

      Chaque nouveau livre nous fait sans doute avancer. Mais pour moi, comme je le disais l’aspect divertissement ne fonctionne que si le style le porte et me permet de me laisser porter !!!

      Réponse

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