« Anaïs » Michaël Collado

Défi à suivre sur le Journal

Elle avait dit qu’elle avait sauté par-dessus la vie et qu’elle se trouvait à cet âge gaspillée mais heureuse d’être avec nous. (p.217)

Anaïs est la belle fille du village du Saint-Elme, en Provence. Sa beauté éblouie et lui donne cette fierté dédaigneuse qui fascine les hommes. Sûre de son pouvoir, étouffant dans ce petit village, elle ne rêve que de partir au bras d’un homme qu’elle aimera et qui l’aimera… elle le fera, mais…

Difficile de résumer le début de ce roman, car il s’offre comme un tout, et c’est plus par sa forme, sa narration que je le trouve intéressant. L’histoire commence au début des années 50, et Michaël Collado a très bien su restituer l’ambiance de cette époque à travers ce personnage de fille libre, qui émerge, qui annonce la liberté, comme la Bardot de Dieu créa la femme de Vadim. Oui, je ne sais pas trop pourquoi, mais à c’est à la Bardot des années 50-60 que j’ai pensé en imaginant cette Anaïs, la Bardot de Vadim, celle d’Autant-Lara aussi, dans ces relations entre une jeune femme belle et amoureuse et un homme plus âgé, dans l’empreinte gluante de la bourgeoisie de l’époque.

Le style est elliptique, les chapitres courts s’enchaînent abolissant le temps, les années se sautent à pieds joints… La temporalité dans ce roman est fractionnée. Les narrateurs eux aussi sont changeants, mouvants, parfois difficiles à identifier. La narration devient parfois épistolaire, rien n’est fixe, si ce n’est Anaïs, au centre de tout, autour de qui tout gravite. J’ai aimé ce récit à plusieurs voix, ces personnages que l’on croise, souvent bien saisis, attendrissants, pourtant je ne suis pas totalement conquise. Pour une raison simple, c’est que je n’ai pas aimé Anaïs. Sa froideur, sa superficialité me sont très vite devenues désagréables, je n’ai pas aimé son hypocrisie, cette façon de s’accrocher aux hommes sans volonté propre, cette passivité dans ce rôle d’amante qu’elle mena toute sa vie. J’avais envie de la remuer, de lui dire de faire quelque chose de sa vie, de ne pas rester là à attendre un homme qui ne vient pas. Personnage au caractère trop éloigné du mien, je ne suis pas parvenue à me le rendre sympathique et son histoire m’est apparue pathétique et dérisoire. Il s’est alors dégagé de ces pages, une noirceur, un étouffement qui ont rendu ma lecture un peu laborieuse, un manque d’éclat, de légèreté, une propension à se complaire dans la dépendance de l’autre, de refuser de voir où se trouve le vrai bonheur. L’égoïsme d’Anaïs me l’a rendue détestable, et c’est terrible de ne pas aimer un personnage de roman que tous les autres personnages, bien plus valeureux, bien plus aimants, aiment malgré tout. Oui, j’ai aimé son pauvre père, son fils rejeté et dédaigné, et j’ai lu ce roman pour eux, bien plus que pour elle.

Les plus beaux moments de ce roman sont sans doute les lettres éparpillées au milieu du récit, celle du début, magnifique, celle d’Anaïs aussi à Stéphane, ou celle de son fils, Christophe. Michaël Collado a incontestablement un style, une plume, et si je n’ai pas beaucoup aimé son personnage, j’ai cependant le sentiment d’avoir rencontré un écrivain que je suivrai dans ces prochains romans.

Merci à Caroline B. des éditions L’Editeur pour m’avoir permis de découvrir cet auteur.

2/21

Challenge épistolaire !

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8 Commentaires

  1. livre lu grâce à Bob…et j’avais apprécié

    Réponse
    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  juin 9, 2011

      Comme je le disais j’ai vraiment beaucoup l’écriture mais j’ai eu du mal avec cette Anaïs 😉

      Réponse
  2. J’avais très envie de le lire – je me dis tout de même : pourquoi pas ?

    Réponse
    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  juin 9, 2011

      Oui oui, il faut que tu le lises si tu as envie, ce n’est que mon ressenti !

      Réponse
  3. Ah ces héroïnes auxquelles ont claquerait bien quelques mains sur les joues!… La littérature en a engendré une sacrée palanquée… Il en ressort que ce roman a été une lecture assez dynamique pour toi cependant, non?… L’époque où se situe le récit est assez rarement abordée. En tous les cas, je n’ai pas souvenir de romans se déroulant dans ces années-là… Le côté « femme qui se libère » m’attire beaucoup. mais si elle est détestable, l’héroïne semble bien « étoffée » quand même, non?… Elle a au moins le mérite de t’avoir fait découvrir la plume de Michaël Collado 🙂

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  juin 9, 2011

      C’est vrai que finalement je l’ai lu sans voir le temps passer, surtout grâce au style, et à l’originalité de la narration, mais comme je l’ai lu dans un billet de Sylire, je n’ai pas ressenti d’empathie pour anaïs et c’est un peu dommage ! mais je suis contente d’avoir découvert cet auteur !

      Réponse
  4. billet pris en compte pour le challenge. merci

    Réponse

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