Samedi sandien #17 : « Le Beau Laurence » 1870

Comme promis, voici la suite de Pierre qui roule dont je vous ai parlé il y a quinze jours ! Vous trouverez la suite dans le même livre que présenté précédemment ! une chance !!!

Cette suite reprend donc les personnages rencontrés dans Pierre qui roule. Mais les aventures de la troupe de comédiens vont se compliquer. La troupe part pour l’Italie, puis décide de partir pour Corfou, mais leur bateau fait naufrage et voilà les comédiens rescapés sur une île déserte souffrant de faim et de soif. Après moult péripéties ils sont recueillis par le prince Klémenti, en lutte contre les Turcs. Là, ils connaissent l’aisance, le bien-être exotique, mais petit à petit les choses se corsent, et le jeune Marco est assassiné pour avoir vu les femmes du Harem. La scène de son enterrement est sans doute le passage le plus émouvant de ce roman :

Pauvre cher enfant, ton père, un brave ouvrier, ne pouvant s’opposer à ta brûlante espérance, t’avait confié à nous comme à d’honnêtes gens, et parmi nous tu as trouvé des pères, des oncles, des frères et des soeurs, car nous t’avions adopté, et nous devions te protéger et te guider longtemps dans la carrière et dans la vie. Tu méritais notre affection (p.228)

Émouvant parce qu’il révèle le sens profond de ce roman. Car finalement cette troupe de comédiens apparaît bien comme une famille adoptive, une communauté dont chaque membre s’est choisi, dans laquelle chacun joue son rôle : père, mère, fils, fille, épouse, enfant… Sand défend finalement toujours cette même idée que la famille idéale est celle que l’on choisit et non celle qui nous est donnée par le sang. Famille d’élection donc, plus sincère, plus forte que le sang, rompant ainsi avec l’idéologie aristocratique ! Ces saltimbanques incarnent, alors même qu’ils sont rejetés par la société bien pensante, un idéal familial.

Ne me demandez pas qui est son père, ajouta-t-elle ; ce cher amour ne le saura pas, et il sera bien heureux. Il n’aura que moi! L’homme à qui je dois cet enfant-là, et qui ne s’en soucie pas, est un ange pour moi, puisqu’il me le laisse à moi toute seule ! (p.309)

Si la mère est définie par l’enfantement, le vrai père est celui qui adopte l’enfant, et pas nécessairement, voire rarement le père biologique chez Sand ! le lien est alors plus fort, car il est déterminé par l’affection réelle et non par obligation du lien du sang. Sand, une fois de plus, défend la fille mère, ne la condamne pas, mais en révèle sa valeur. L’enfant de la troupe sera adopté par Moranbois, ce colosse au coeur d’or :

Allons ! dit Moranbois, rhabille-toi et donne-moi mon filleul.

Il prit l’enfant, le traita tendrement de crapaud, et le promena dans les corridors en lui chantant de sa voix caverneuse et fausse je ne sais quel air impossible à reconnaître, mais que le marmot goûta fort et essaya de chanter aussi à sa manière. (p.310)

George Sand insiste sur cette double reconnaissance du père et du fils, l’adoption doit être élective ! J’ai été particulièrement sensible à ce dernier paragraphe cité plus haut, car depuis la naissance de mes enfants, il m’arrive de les appeler mes crapauds, et voir ce sobriquet sous la plume de Sand m’a émue ! Moranbois acceptera l’enfant en ces termes :

Elle ne me permet pas de croire que son enfant m’appartient. Elle le nie pour me punir d’en douter ; eh bien, je ne veux rien savoir. J’aime l’enfant, et je veux l’élever. Je veux réhabiliter la mère (p.313)

Acte noble qui consiste à la fois à adopter l’enfant et à sauver l’honneur de la mère !

Au-delà de ces considérations, le roman vous emmènera dans des contrées exotiques, vous fera trembler, vous baladera de rebondissements en rebondissements… roman d’aventures mais qui nous fait vivre au milieu d’une troupe de théâtre avec passion !

Challenge George Sand

Récapitulatif des Samedis sandiens

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11 Commentaires

  1. Un bel et long article ! C’est chouette ! Tu as rendu tes copies ?

    Réponse
  2. Un livre qui me semble bien émouvant… Tout comme ton billet 😉 Encore un bel hommage à Mme Sand!…

    Réponse
    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  mai 23, 2011

      Ben c’est quoi ce tout petit commentaire ??? 😉
      Merci ma belle !

      Réponse
  3. Merci pour ce livre que je découvre. Bon week-end !

    Réponse
  4. Il t’a vait vibrer !! On le sent dans ce beau billet ! J’ai ouvert ma version de François le Champi et il y a une préface de George elle-même fort intéressante ! Je m’y mets dès que j’ai fini mes lectures en cours…^^

    Réponse
    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  mai 23, 2011

      C’est vrai que les préfaces de Sand sont souvent très intéressantes et celle du Champi permet de mieux appréhender le roman !

      Réponse
  5. Toujours aussi tentant ! J’ai l’impression qu’il y a pas mal de romans qui se suivent et ce n’est pas flagrant dans le titre. Si une grande spécialiste de George Sand pouvait faire un billet sur les séries à l’intérieur de son œuvre, ce serait très utile pour ses futures lectrices ! 😉

    Réponse
    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  mai 27, 2011

      Ok, j’ai compris l’implicite de ton commentaire ! c’est une très bonne idée, je vais m’y coller !

      Réponse

à vous....

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