Samedi sandien #15 : « Pierre qui roule » (1869)

Cette semaine, les samedis sandiens reprennent ! Aujourd’hui donc, un roman sur le théâtre, que vous pourrez même trouver facilement grâce à l’édition d’Oliver Bara qui a permis à ce roman (et à sa suite) de sortir de l’ombre.

Le narrateur, un homme de trente ans, descend dans une auberge en Auvergne, il y fait la connaissance de Laurence, 26 ans, précédé par la réputation d’une vie dissolue. Pourtant les deux hommes sympathisent, et Laurence décide de raconter sa vie au narrateur. Avec Pierre qui roule, George Sand renoue avec la tradition des récits enchâssés, si fréquent au XVIIème siècle.  Fils de paysan, Laurence, pour plaire à son père, va suivre des études de droit à Paris. Là il rencontre la belle Imperia, actrice au théâtre de l’Odéon.  Saisi par l’amour, il abandonne ces études, et finit par se faire accepter par la troupe de comédiens ambulants, dirigée de main de maître par Bellamare, et à laquelle appartient la belle Imperia,qui semble bien insensible au charme du beau Laurence. Dans cette troupe de « cabots » (comme les définit Sand dans sa correspondance avec Flaubert), Laurence va apprendre son métier de comédien, après bien des fours !

Outre l’intrigue pleine de rebondissements (mais ce n’est rien comparativement à ce qui se passe dans Le Beau Laurence, sa suite), ce qui est remarquable ici est la description du milieu des comédiens, et notamment des comédiens ambulants. On pense au Roman Comique de Scarron, ou encore au Capitaine Fracasse de Théophile Gautier. Pierre qui roule est donc un roman comique, un roman de comédiens, des comédiens dont la vie avant le théâtre n’a pas été douce, des hommes et des femmes représentants d’une mixité sociale, et qui se cachent derrière des noms d’acteur.

George Sand en profite également pour émettre plusieurs idées sur le théâtre et notamment sur le drame romantique :

Nous ne sommes plus romantiques, nous sommes trop sceptiques pour cela ; le romantisme n’en a pas moins pénétré dans l’air que nous respirons ; nous en avons gardé le côté injuste et superbe, et nous méprisons les classiques sans rendre beaucoup plus de justice à ceux qui les ont démodés. (pp.15/16)

En reprenant ce roman pour faire ce billet, je suis tombée sur cette phrase, juste quelques lignes plus haut que celle que je viens de citer :

Nous sommes tous censés connaître les classiques par coeur, et beaucoup se déclarent saturés de ce vieux régal, qui n’en connaissent que de courts fragments et n’en ont jamais pénétré l’esprit ni apprécié le mérite. (p.15)

Décidément cette réflexion sur les Classiques, reste éternelle ! Sand évoque ici Molière et son Ecole des femmes, à chaque siècle ses classiques, disons que pour nous, la liste des auteurs est encore plus longue !

Bref, revenons à nos comédiens !

Laurence engagé comme comédien par amour, va mentir à son père, le laissant croire à ses études de droit, le laissant croire qu’il va devenir un grand parleur, comme le vieil homme définit les avocats ! Sand, par ce roman, montre les préjugés qui touchent les acteurs : accusés de vie dissolue, traité de voleurs, de gens peu fréquentables… mais bien sûr, elle va rendre tous ces cabots très attachants. Mais ces comédiens qui jouent si bien leur rôle sur scène, jouent un double jeu dans la vie sociale, comme une mise en abîme, leur vie, en dehors de la scène, a aussi l’allure d’un drame.

La semaine prochaine, je vous parlerai de la suite : Le Beau Laurence !

Challenge George Sand

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14 Commentaires

  1. quenotte

     /  mai 7, 2011

    Depuis quelques temps je m’interdis de noter des nouveaux titres car j’ai une PAL …mais je ne résiste pas .Bon weekend.

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  mai 7, 2011

      J’espère que ce roman te plaira 😉

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  2. je ne connaissais pas George au théâtre, intéressant et…toujours d’actualité !! Je note !! On peut le croiser en bibliothèque ce spécimen ? ce serait bien pour tout le monde… 😉

    Réponse
    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  mai 7, 2011

      je n’ai pas encore trouvé George Sand en boîte de nuit mais je vais chercher 😉

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  3. Asphodèle : je l’ai croisé récemment en bibliothèque, ce roman. J’ai bien failli l’embarquer sur le champ, mais j’avais une priorité : la biographie de Georgie par Joseph Barry ! J’aime beaucoup les romans sur le théâtre et après Wilhem Meister de Goethe, je comptais lire le Roman comique… et maintenant aussi Pierre qui roule. 😉

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  mai 7, 2011

      « Le roman comique », je l’ai étudié en fac avec un spécialiste de Scarron c’était génial ! dis donc elle est bien ta bibliothèque 🙂

      Réponse
  4. Je ne savais pas que George Sand s’était essayé au théâtre… Comme quoi, on en apprends tous le temps avec tes Samedis Sandiens! J’adore!…
    Par contre, est-ce que tu pourrais expliquer à l’ignorante que je suis ce qu’est un « récit enchâssé »?… C’est un récit avec des flashbacks, c’est ça?…

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  mai 7, 2011

      mais si, elle a écrit beaucoup pour le théâtre et notamment a adapté certains de ses romans avec le film de Dumas !!!
      Alors un « récit enchâssé » c’est quand on a un personnage qui en rencontre un autre, et cet autre raconte son histoire, cette histoire dans l’histoire est appelée un récit enchâssé, et le 1er récit est appelé un récit enchâssant ! voilà madame, tu sais tout !
      Pour meilleur exemple tu as « Manon Lescaut » qui est un récit enchâssé !

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      • Ah ben merci de cette explication claire et précise :-)… J’avais déjà rencontré ce genre de récit mais je ne savais pas que cela s’appelait comme ça… Merci 😉

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  5. Cela fait très envie, c’est malin… je viens de m’engager à lire du Stendhal et voilà que je rajouter encore un livre de Sand sur mes bouts de papier qui recouvrent le bureau. On va essayer de le trouver… merci encore !

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  mai 8, 2011

      Sand et Stendhal se sont croisés une fois durant un voyage,il faudrait que je retrouve le récit de cette rencontre dans l’autobio de Sand !

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  6. Encore un style différent! On découvre toujours un autre visage de George. Celui -là aussi j’aurai envie de le lire. Mais le prochain c’est Mauprat!
    Tu as raison de faire un challenge illimité, il faut plus d’une année pour en faire le tour de cette grande dame.

    Je me suis un peu arrêtée pour Joyce Carol Oates parce que j’avais besoin de respirer un peu (elle est trop pessimiste!) Encore une écrivain comme George S qui écrit beaucoup.Mais je reprendrai bien sûr. Quand se termine le challenge ?

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  mai 10, 2011

      J’ai reporté le challenge Oates d’un an, car comme tu le dis il y a de quoi faire et je n’ai pas fini de lire tous les romans de Oates qui végètent dans ma PAL !

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