Samedi Sandien (un dimanche)#12: « La Mare au diable » 1845

Avec le RAT (Read-A-Thon) d’hier je n’ai pas eu le temps de faire mon billet sandien, alors je me rattrape aujourd’hui ! En ce dimanche ensoleillé, voici sans doute le roman le plus connu de George Sand avec La Petite Fadette. La Mare au diable fut écrit en réaction et marque la fin des romans dits socialistes de George Sand. Revenant à la source, Sand écrit là un roman s’ancrant fortement dans une atmosphère régionale. Le Berry, et plus exactement la Vallée Noire, est au centre de son roman. Ici pas de famille aristocrate, mais une famille de paysans dont le fonctionnement repose sur les principes du patriarcat, mais un patriarcat raisonné, digne de l’âge d’or.

Le famille du Père Maurice est constituée, comme souvent dans les campagnes au XIXème siècle, de plusieurs générations qui vivent tous ensemble sous le même toit. La femme de Germain, Catherine (fille du Père Maurice), est morte laissant trois enfants de 7 à 4 ans. Les enfants sont pris en charge par les autres femmes de la famille, mais les naissances se multiplient dans la famille et le Père Maurice recommande à Germain de trouver une nouvelle femme. Or Germain a du mal à se décider, encore amoureux de sa femme défunte, et hésitant à donner à ses enfants une marâtre qui ne saurait les aimer. Dans le voisinage, la jeune Marie est embauchée dans une grande ferme pour garder les moutons pendant un an, et aider ainsi sa pauvre mère. Celle-ci redoute le loin trajet que sa fille devra effectuer et Germain se propose d’accompagner la toute  jeune fille…

Le roman s’ouvre sur la description d’une gravure de Holbein:

Pour Sand, la mort ne doit pas être la consolation d’une vie de malheur. Comme elle l’explique dans le premier chapitre de son roman, il s’agit à présent de faire en sorte que le vie soit bonne, et l’art doit tendre vers le beau et le bien ! C’est donc en totale opposition avec cette représentation du paysan par Holbein que Sand se positionne. Pour elle:

Le plus heureux des hommes serait celui qui, possédant la science de son labeur, et travaillant de ses mains, puisant le bien-être et la liberté dans l’exercice de sa force intelligente, aurait le temps de vivre par le cœur et par le cerveau, comprendre son œuvre et d’aimer celle de Dieu. (p.28)

Si l’histoire est bien connue, les intentions de l’auteur le sont moins. Souvent mal lu et dénigré, La Mare au diable est trop souvent assimilé à une lecture pour la jeunesse. Or, comme l’explique George Sand dans le premier chapitre : Nous croyons que la mission de l’art est une mission de sentiment et d’amour, que le roman d’aujourd’hui devrait remplacer la parabole et l’apologue des temps naïfs (p.25). Il s’agit donc de comprendre qu’elle est explicitement la visée de ce roman qui se présente à la fois comme une « parabole » et un « apologue ». On a souvent critiqué la vision utopique de Sand sur les paysans, l’accusant de ne pas rendre compte de la réalité. Or la phrase citée plus haut révèle à tel point Sand ne cherche pas à dresser un tableau réaliste de la condition paysanne comme pourrait le faire Balzac, mais bien de créer un récit didactique. Comme je le disais plus haut, la famille du Père Maurice représente la famille nucléaire par excellence : sorte de communauté idéale dans laquelle chacun subvient aux besoins des autres, les femmes s’occupant du foyer, les hommes étant chargés de subvenir aux différents besoins de la famille. Si le Père Maurice incarne le patriarche, il est aussi à l’écoute des besoins des membres de sa famille, et, aidé par sa femme, il cherche à faire le bonheur de chacun.

le beau-père avait toujours gouverné sagement la famille, et Germain, qui s’était / dévoué tout entier à l’œuvre commune, et, par conséquent, à celui qui la personnifiait, au père de famille, Germain ne comprenait pas qu’il eût pu se révolter contre de bonnes raisons, contre l’intérêt de tous. (pp.46/47)

Et pourtant Germain est l’élément perturbateur: tout d’abord pour l’amour sincère qu’il porte à sa femme défunte, mais aussi pour l’affection qu’il porte à ses enfants, affection qui le fragilise et le fait redouter un mariage mal assorti.

La petite Marie, par sa douceur, son innocence, est le pendant féminin de Germain. Mais leur amour est problématique à cause de la différence d’âge, et notamment du jeune âge de Marie. Le voyage qu’elle effectuera en compagnie de Germain, et surtout leur nuit auprès de la Mare au Diable de triste mémoire, puisqu’un enfant s’y serait noyé plusieurs années auparavant, vont faire prendre conscience aux deux jeunes gens, de leur amour. Germain voit avant tout en Marie, une mère pour ses enfants, avant de voir en elle, une épouse. De son côté Marie veut être considérée par Germain comme sa femme et non comme une fille adoptive. Il leur faudra un peu de temps pour que les deux désirs s’épousent.

Au-delà du simple récit champêtre, La Mare au diable est une belle illustration de l’amour vrai, de la pureté des sentiments, et du combat des préjugés. L’image du père est ici valorisante, même si Germain est un père faible envers ses enfants. Si Germain va à l’encontre des volontés du patriarche, celui-ci a l’intelligence du coeur et accepte le mariage de son beau fils avec Marie. Une fois encore, Sand montre la valeur de ses familles recomposées dont le socle repose sur l’amour sincère.

Un roman donc à redécouvrir…

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27 Commentaires

  1. A force de la voir chez toi, je viens de demander les 2 tomes dans la pléiade pour la fête des mères…
    bises

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  avril 10, 2011

      YES !!! je suis très contente ! j’espère que tu me tiendras au courant de ta lecture !!

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  2. C’est vrai que « La mare au Diable » est un, sinon LE, des romans les plus connus de George Sand. Et, moi qui l’ai lu deux fois, j’avoue que je n’avais jamais été au delà de la première image de roman champêtre. Il faut dire que la toute première fois je devais avoir une dizaine d’année seulement…
    Ton billet me fait prendre conscience de cette « carence » donc, mais en même temps d’une grosse envie de le relire!… Merci pour tous ces « éclairages »… 🙂

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  avril 10, 2011

      C’est finalement un roman sur lequel il y a beaucoup à dire, j’ai esquissé certains points mais il y aurait encore beaucoup à développer ! je suis contente de te redonner envie de le lire !

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  3. Je l’ai dans ma PAL : merci de me rappeler qu’il faut que je lise !

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  avril 10, 2011

      oui oui il faut le lire en essayant de se débarrasser de tout ce que l’on peut avoir entendu à son propos !

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  4. J’ai enfin commenté la famille de Germandre cette semaine (ça fait quelques jours maintenant), encore merci de nous faire connaître toutes ces petites merveilles ! J’espère que tu te remets bien du RAT !

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  avril 10, 2011

      Je suis en pleine forme après le RAT, encore plus envie de lire ! Je vais aller lire ton billet sur la Famille de Germandre !

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  5. Premier livre de Sand lu au collège. Pour moi, il est particulier.

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  6. Ayet !
    j’ai à nouveau une connexion !

    « pas une lecture jeunesse »… tout comme les fables de La Fontaine, les Contes de Perrault… et surtout Les Contes d’Andersen en version non expurgée !!!!
    (il est aussi célèbre pour ses contes « olé-olé »)

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  avril 10, 2011

      ahhhh te revoilà toi !!!
      Ah les manuels scolaires et leurs petites cases 😦 !

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  7. Mon premier livre chroniqué sur mon Cannelier donc, forcément, il a une place à part ^^ Merci pour cette analyse 🙂

    Réponse
    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  avril 10, 2011

      Ouvrir un blog sur Sand, c’était prometteur 🙂 !

      Réponse
  8. La mare au diable, lu au lycée, à deux voix, avec Patricia Gozzi, tu sais la comédienne qui jouait dans « les dimanche de la ville d’Avray »… J’en garde un souvenir inoubliable, nous avions 14 ou 15 ans…
    Lieu sandien que je ne me suis pas privée de visiter du côté de Nohant !
    Merci de nous rappeler ce très bon roman !

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  avril 11, 2011

      Je n’ai jamais vu la vraie Mare au diable, mais je crois qu’elle est assez décevante, non ?

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  9. Oh c’est drôle j’ai justement fait un article sur La Petite Fadette la semaine dernière! Bien moins ambitieux que ton analyse j’avoue cependant…
    ;o)

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  avril 11, 2011

      Merci pour ton commentaire qui me permet de découvrir ton blog ! je vais chercher ton billet sur la Fadette ! à bientôt et bienvenue chez moi !

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  10. Je l’ai lu quand j’étais au collège et j’avais aimé sans plus. Sauf qu’avec ton billet, tu m’a donné envie de le redécouvrir et le relire. Bon, il faut dire aussi que j’ai grandi: j’ai plus 11 ans.

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  11. Non ! Je ne voudrais pas casser le mythe mais elle paraît ridicule. J’avais imaginé quelque chose d’autre ! Il faut que j’aille prendre les photos… Je l’avais dit et puis…
    Bonne semaine George.

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  avril 11, 2011

      c’est bien ce que je pensais !!! mais bon, il faudrait quand même que je me fasse un petit pèlerinage un de ces quatre !

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  12. Un des deux romans que j’ai lus d’elle. Mais il y a 20 ans. ca me donne envie de le relire.

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  avril 11, 2011

      En grandissant certains romans nous livrent des interprétations différentes !

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  13. Non pas décevante si on la regarde avec les yeux de George, enfin il faut essayer ! Mais l’atmosphère est toujours là !

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  avril 11, 2011

      j’ai vu quelques photos sur internet mais j’aimerais bien la voir en vrai !

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  14. Je n’ai encore jamais lu de livre de George Sand, mais si je devais commencer je pense que ça serait par celui ci ou par La petite fadette ! 🙂

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à vous....

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