« Des Bleus à l’âme » Françoise Sagan

Françoise Sagan c’est un peu la George Sand de la littérature du XXème siècle ! Cataloguée comme une romancière de la frivolité, de la vie facile, des personnages légers aux intrigues peu sérieuses, Françoise Sagan a du mal à se dépouiller de tous les préjugés concernant son œuvre. On la connaît, comme Sand, pour quelques romans (Bonjour Tristesse) qu’on lit en général à l’adolescence, et vers lesquels on revient rarement après… Et pourtant, comme pour les romans de George Sand, la bibliographie de Françoise Sagan regorge de romans intéressants qu’il nous faut lire pour aller voir au plus près du texte, et oublier les exégèses. Comme George Sand, son œuvre a du mal à être rééditée, ses romans, à part les plus connus, sont souvent difficiles à trouver en librairie.

Ce roman est particulièrement intéressant parce qu’il mêle roman saganesque et réflexions de l’auteur, elle-même, sur son œuvre, sa vie, son écriture. En créant une intrigue caractéristique de son style, Sagan mêle à cette écriture que l’on suit mois après moi, des réflexions sur son époque, son style, sa célébrité, sa vie dissolue, son amour des voitures rapides. Ce sont essentiellement ces réflexions qui m’ont intéressée, parce que, pour moi, cette histoire de frère et soeur suédois dans le Paris de 1972 n’est qu’un prétexte à s’expliquer, à tenter de sortir de ces fameux a priori dont je parlais plus haut.

Alors oui, on y retrouve l’alcool, les boîtes de nuit, l’oisiveté quelque peu dépressive que Sagan sait si bien mettre en scène, mais les réflexions de l’auteur en train d’écrire, transcendent le texte romanesque, en en faisant une magistrale mise en abyme ! Et vous savez comme j’aime les mises en abyme ! J’ai souri d’ailleurs dès les premières pages, dans lesquelles Sagan, mine de rien, glisse un ou deux titres de son oeuvre :

J’ai vécu dix ans en Suède, monsieur, dans un château bloqué par la neige, je vous l’ai déjà dit. (p.38) (réf.à Un château en Suède pièce de théâtre créée en 1960)

L’écriture de Sagan c’est aussi son humour :

Et je voudrais secouer la poussière de mes sandales et fuir vers les Indes. (Mais je crains que les routes hippies ne soient pas assez carrossables pour la Maserati). (p.67)

C’est donc un roman parfait pour se replonger dans l’oeuvre romanesque de cette femme de lettres, si souvent décriée, ravalée à un rang d’auteur pour bonnes femmes riches, car on y découvre toute la profondeur de son talent, mais aussi son humour, cette capacité à s’observer, elle et son oeuvre.

Et puis, ce fut aussi pour moi, un roman émouvant, moi qui suis née en 1972, en janvier 1972, je pensais à mon père, qui aimait tant la littérature, et qui, sans doute, a dû croiser, dans quelque librairie grenobloise, ce nouveau roman de Sagan.

Un roman qui me donne donc envie d’aller plus loin…

Une dernière citation qui montre bien tout le paradoxe de Sagan :

D’ailleurs, c’est bien connu : ma signature au bas d’un manifeste fait plutôt frivole. On me l’a souvent reproché, tout en me la demandant, d’ailleurs, cette signature, et je l’ai toujours accordée pour des raisons sérieuses. On ne m’a pas souvent prise au sérieux et c’est compréhensible. Mais il faut quand même penser qu’il m’était difficile, en 1954 (mon heure de gloire), de choisir entre les deux rôles qu’on m’offrait : l’écrivain scandaleux ou la jeune fille bourgeoise. Car enfin, je n’étais ni l’un ni l’autre. Plus facilement, j’aurais été une jeune fille scandaleuse ou un écrivain bourgeois. (pp.64/64)

 

 

 

 

 

 

 

 

Challenges Honorés : Challenge Françoise Sagan, Challenge Dames de Lettres et Challenge Année de Naissance.

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50 Commentaires

  1. J’avoue que c’est une romancière vers laquelle je n’ai jamais eu trop envie de me tourner.

    Réponse
    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  mars 10, 2011

      Sais-tu pourquoi ? peut-être te faudra-t-il essayer de lire un de ses romans pour être sûre ! 😉

      Réponse
  2. Aaah, mon commentaire de tout à l’heure n’est point passé. je reviens demain te dire ce que j’en pense, il est tard et ça buggue chez moi….

    Réponse
    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  mars 11, 2011

      Si si il est passé mais en modération…je vais aller me jeter sur ton blog !

      Réponse
  3. Asphodèle

     /  mars 11, 2011

    Je ne sais plus où je te laissais un commentaire pour te remercier de ce bel article qui réhabilite Sagan, et en la comparant à ta chère George, ce n’est pas rien !! Tu as vu, j’ai commencé à monter un blog, le gravatar fonctionnait hier soir et pouff, ce matin je rame comme une cane au milieu de la mare…au diable WordPress, of course !! 😦

    Réponse
    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  mars 11, 2011

      J’ai vu ton commentaire, je t’ai même répondu ! merci 😉
      Ah bon tu te lancés dans l’aventure du blog ! non je n’ai pas vu, tu me donnes le lien ! c’est super !!!

      Réponse
  4. Tu as raison, un jour viendra ou l’on arretera de decrire Sagan de cette facon…il faudra sans doute encore attendre quelques annees 🙂

    Réponse
  5. Message lancé en bouteille : aura-t-on les résultats du prix des blogueurs?

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  1. Challenge Sagan : mise à jour 7 juillet | Delphine's books and more

à vous....

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