« Fin de partie » Samuel Beckett

Samuel Beckett n’est pas un auteur facile, et sa publication aux Editions de Minuit aurait tendance à confirmer cette réputation. Pourtant c’est un auteur qui me suit depuis de nombreuses années, pour tout dire depuis mon DEUG de lettres Modernes. Comment aborder une œuvre comme celle-là ? où trouver nos repères ? Certaines œuvres ne peuvent, me semble-t-il, n’être abordées qu’avec un peu de préparation. On ne se lance pas dans une lecture d’une pièce de Beckett, comme dans n’importe quelle autre lecture. Tout est déconcertant, chamboule notre logique, et, un peu comme avec Kafka, Beckett nous demande de nous réadapter, de changer notre point-de-vue et nos certitudes. C’est sans doute ce que j’apprécie le plus dans son écriture.

Quatre personnages sont présents en scène : Nagg, Nell, Hamm et Clov. Les deux premiers sont enfermés dans des poubelles, le troisième trône sur un fauteuil roulant, le dernier, boiteux, est le seul à pouvoir se déplacer. A l’extérieur, plus rien ni personne ne subsiste :

« HAMM. – Et le soleil ?

CLOV (regardant toujours). – Néant.

HAMM. – Il devrait être en train de se coucher pourtant. Chercher bien. »

Les suppositions vont bon train, mais les tentatives de rationalisation ne me semblent pourtant pas d’un grand intérêt. Je trouve dérisoire de vouloir trouver une explication réaliste aux pièces de Beckett. S’agit-il de personnes qui ont trouvé refuge après une guerre nucléaire ? cela importe peu, ce qui compte c’est la situation, et ce qui se dit ou plutôt ne se dit pas.

« HAMM. – On n’est pas en train de… de… signifier quelque chose ?

CLOV. – Signifier? Nous, signifier ! (Rire bref.) Ah elle est bonne ! »

Le langage et l’absence de sens (qui pourtant en donne!) me fascinent. J’aime ces soliloques, ces ruptures dans la communication, chacun enfermé dans son monde et sa logique, continuant un dialogue dont le contexte a disparu, un langage sur le mode de la répétition et du prosaïque, bref de l’Absurde.

La vision de Beckett sur l’homme est fortement pessimiste, l’homme, animal pensant, perd cependant, au moment de mourir, toute conscience, et toute sa vie devient alors vaine. Nos gestes sont répétitifs, nos préoccupations quotidiennes reflètent la vacuité de notre existence. Beckett nous force à nous interroger sur le sens de notre vie. Et si je préfère la vision plus optimiste d’un Camus (« il faut imaginer Sisyphe heureux »), celle de Beckett résonne en moi malgré tout.

Par Leiloona

 



 

 

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28 Commentaires

  1. Delphinesbooks

     /  décembre 10, 2010

    Je suis ravie que tu évoques cet auteur qui me fascine littéralement et j’ai très envie de le relire d’ailleurs.
    Je n’ai pas lu cette pièce…

    Réponse
    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  décembre 10, 2010

      Pour moi c’est une relecture, je l’ai étudiée (avec En attendant Godot et Oh les beaux jours) en fac et à chaque fois je me laisse prendre !

      Réponse
      • Delphinesbooks

         /  décembre 10, 2010

        Je l’ai étudié au lycée, je ne m’en suis jamais « remise » !
        Et pourtant j’ai oublié de le citer dans les auteurs qui ont compté, et pourtant je pense souvent à lui.
        L’absurde à son paroxysme !

        Réponse
  2. Au programme du fiston et il m’en a lu des passages… De l’absurde à l’état pur !

    Réponse
    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  décembre 10, 2010

      C’est aussi au programme des TermL (c’est le cas de ton fils ?)…je sens que je vais voir arriver des commentaires du genre : pouvez-vous m’aider pour mon commentaire de texte !!! 😉

      Réponse
  3. Franchement, Beckett, je n’y arrive pas…

    Réponse
  4. margaux33

     /  décembre 10, 2010

    j’ai du mal à le lire . il me fait déprimer.

    Réponse
  5. Et bien j’avais vu la pièce « En attendant Godot » au lycée, au Cargo 😉 et j’avais trouvé l’écriture, le fond du discours absurde de cet auteur intéressants mais, comme Margaux, je ne pourrai le lire je crois que ça me ferait déprimer également.

    La citation de Camus vient de quelle oeuvre?

    Réponse
  6. J’évite souvent les Editions de Minuit car leurs livres sont souvent trop difficiles pour moi.
    De Beckett, j’ai lu uniquement En attendant Godot et je ne me sens pas très motivée pour continuer avec cet auteur…

    Réponse
    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  décembre 10, 2010

      C’est vrai que les éditions de Minuit sont assez élitistes ! Si tu as déjà lu « Godot », c’est déjà bien ! il faut lire ce qui nous donne envie !

      Réponse
  7. J’ai vu la pièce il y a deux ans au théâtre avec notamment Charles Berling. Avec mon petit groupe on s’était dit, hou là là, on ne s’attaque pas à du comique là, ça va même être lourd. Mais la pièce était excellente tant au niveau des décors, de la mise en scène que le jeu des acteurs ! On en est sorti enchantés. Par contre, je n’ai jamais lu du Beckett, pas bien pour une théâtreuse…

    Réponse
    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  décembre 10, 2010

      Pour ma part j’ai vu, il y a plusieurs années, « Oh les beaux jours », et j’en garde un très bon souvenir, également ! Tu peux tenter, ses pièces se lisent facilement malgré tout !

      Réponse
  8. Jamais lu, mais pas d’apel…

    Réponse
  9. Je ne pense pas être capable de lire cet auteur même si ce que tu en dis trouve un fort écho en moi.

    Réponse
    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  décembre 11, 2010

      Ce n’est pas une lecture difficile malgré tout, tu pourrais tenter le coup 😉

      Réponse
  10. Sylvie

     /  décembre 11, 2010

    Je ne l’ai jamais lu , pour l’instant cela ne me tente pas !!
    Si l’envie vient un jour …..

    Réponse
    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  décembre 11, 2010

      Je crois que Beckett fait parti de ces auteurs que l’on lit au lycée, un peu par obligation, et qui est fortement en rapport avec un mouvement littéraire !

      Réponse
  11. Hop, c’est moi le lapin d’Alice, toujours à la bourre ! 😆
    (Lien mis à jour)

    Alors relire cet auteur me transporterait moi aussi il y a quelques années, sur les bancs de la fac ! 😀

    Réponse
    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  janvier 15, 2011

      Tu t’es échappée d’un livre de Jasper Fforde pour changer ainsi d’identité ??? après le Jedi à la retraite, le lapin d’Alice !!! j’adore !

      Réponse

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