« L’arrière-saison » Philippe Besson

BessonAu commencement, une peinture d’Edward Hopper, parmi les plus connues, et un besoin (nous apprend Besson sur la 4ème de couv.) de raconter l’histoire des personnages représentés:

hopper

L’idée de départ était donc séduisante, et l’envie de lire cet auteur était une raison supplémentaire. Je connaissais donc Philippe Besson, l’homme, et le chroniqueur de cette émission de télé que je regarde avec plaisir chaque samedi : « ça balance à Paris », mais j’avais été aussi charmée lors d’une de ses interventions à « La grande librairie ». L’homme est sympathique, drôle, intéressant… tout était donc rassemblait, pensais-je, pour que ce roman me plaise!

Et pourtant….

Une femme, des hommes… et Besson nous raconte une histoire de séparation et de retrouvailles. Ce n’est pas tant l’histoire, le sujet de ce livre qui m’a déplu, que la façon dont elle est racontée et pire encore le style, voire l’absence de style.

J’ai tout d’abord été plusieurs fois stoppée net par l’emploi d’expressions populaires mal venues compte-tenu du contexte :

« Non, pour sûr, elle ne s’était pas préparée à ça » / « Chez Phillies, il ne viendra plus de client, pour sûr » : expression populaire, qui ne convient pas dans la bouche d’une femme raffinée et dramaturge.

« répéter par devers lui » : expression que l’on emploie généralement en droit, ou du moins dans un contexte professionnel.

« il se dirige présentement« : adverbe régional ou vieux qui semble déplacé dans la pensée d’un acteur de 36 ans.

« Tout de même, il devine… » : exclamation dite familière employée ici sans point d’exclamation et dans la bouche d’un acteur raffiné qui n’aime pas les diminutifs (prend soin d’appeler le barman Benjamin et non Ben), qui s’habille de façon chic !

Ce qui m’a frappée, et sans faire la pédante ou autre, c’est bien le décalage entre l’expression utilisée et le contexte! Est-ce un snobisme d’écrivain ou pire des maladresses grammaticales ?…. d’autant que mes yeux se sont brouillés à la lecture de ce pléonasme grammatical contre lequel je me suis battu durant mes années d’enseignement : le fameux « Car, en effet » (p.53 et p.168). Rappelons donc que « Car » et « En effet » signifiant la même chose soit « effectivement », mises côte à côte, ces deux conjonctions de coordination sont donc redondantes !

Outre ces erreurs (parfois grossières pour certaines), l’accumulation de clichés sur le couple inséparable, sur la douleur de la séparation rend toute émotion impossible. Il manque un élément essentiel : la sincérité, l’éclat !

Vous voulez quelques exemples ? voici donc ce que l’on peut lire :

– « Ben constate que si la beauté peut passer ou lasser, si elle peut s’estomper ou finir par ennuyer, le charme, en revanche, ça ne part jamais, c’est là, pour toujours , ça reste, intact » (p.80)

– « Stephen tient en horreur le temps qui passe, et qui reprend ce qu’il avait octroyé » (p.125)

– « si ce Norman ne « viendra pas », c’est sans aucun doute qu’il devait venir » (p.143) certes !

– « selon elle on ne refait pas sa vie, on la continue… » (p.182) voilà une pensée nouvelle !

J’ai conscience d’être particulièrement acerbe dans cette critique, mais tous ces lieux communs (et quelques autres choses encore, les accumulations, les rythmes ternaires à la chaîne etc.) m’ont considérablement éloignée de l’intrigue, rendant ces personnages figés, lointains, sans consistance ! (tiens! moi aussi je tombe dans le rythme ternaire!)  me rendant ce roman ennuyeux, poussif.

Pardon donc pour cette critique, mais voilà deux livres qui me laissent sur le bord de la route (zut encore un cliché) et la colère est mauvais conseillère, même si la nuit porte conseil…. oups attention je fais du Besson !

Ce roman fait partie de la sélection du Prix Littéraire des Blogueurs, selon la règle établie je ne peux vous faire part de ma note, mais je pense que vous aurez compris qu’elle ne sera pas très bonne !

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12 Commentaires

  1. Lu il y a longtemps, j’ai aussi un très mauvais souvenir de ce roman ! Bon évidemment, je ne me souviens plus précisément si la langue utilisée m’avait choquée mais l’ennui ressenti est toujours bien présent, lui !

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  2. Je ne connais pas du tout l’auteur. C’est vrai que « l’intrigue » me paraîtrait attirante. Ceci-dit, si le style ne suit pas, je vais avoir du mal à me projeter dans l’histoire. Les quelques exemples que tu proposes ont déjà été bien pénibles à suivre. Je vais passer mon tour…

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  juillet 19, 2009

      Oui le style m’a vraiment fait décrocher! du coup je ne voyais que cela et ce fut une lecture pénible surtout après l’excellent roman de Oates ! il me faut un bon roman à présent…

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  3. Comme toi je m’attendais à mieux à quelque chose qui t’embarque quelque part… Je me rappelle m’être ennuyée… Et pourtant j’ai lu de bonnes critiques.

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  juillet 19, 2009

      je pense que Besson a, comme on dit, la carte ! parisianisme parisianisme quand tu nous tiens ! dommage !

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  4. Je n’ai jamais lu cet auteur, et là tu ne me donnes pas envie du tout !

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  juillet 21, 2009

      j’ai peut-être été un peu rude… toutefois je te comprends!

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  5. Moi j’ai lu Un homme accidentel du même auteur. On peut en faire exactement les mêmes critiques : une expression parfois limite et des clichés abondants. J’ai cru que c’était moi qui n’appréciais pas l’auteur à sa juste valeur. Ravie de voir qu’on est plusieurs à penser la même chose.

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    • leslivresdegeorgesandetmoi

       /  juillet 21, 2009

      Je suis allée voir les critiques sorties à l’époque sur ce roman de Besson! notamment une critique de Lire très enthousiaste, vantant le style etc. je ne comprends pas bien!

      merci pour ton commentaire et ta visite !

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  6. Je suis en train de lire un de ses romans. Je peux lui adresser les mêmes reproches qu’à celui-ci !

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  1. L’arrière-saison de Philippe Besson « Je Lis, Tu Lis, Il Lit

à vous....

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