« La Belle camarade » Martine Marie Muller

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J’ai reçu des éditions Robert Laffont, une biographie de Caroline Rémy, première femme journaliste, secrétaire de Jules Vallès, connue sous son nom de plume : Séverine. Cette biographie est écrite par Martine Marie Muller, professeur de lettres en région parisienne, ayant déjà écrit plusieurs ouvrages depuis 1993.

Méconnue, cette Caroline Rémy, fille de bourgeois, fait la connaissance de Jules Vallès quand le grand homme banni, lutte pour faire survivre son journal « Le Cri du peuple » et s’échine à mettre un point final à son roman L’insurgé. La jeune femme devient sa secrétaire puis est embauchée comme journaliste et finalement reprend le journal de Vallès après la mort de celui-ci.

Femme au destin exceptionnel, luttant pour la défense du peuple, des femmes et des opprimés en général, elle fit des reportages dans les mines, défendit Dreyfus aux côtés de Zola. Sa vie de femme est également marquée par un refus de la soumission au mari, et aux lois patriarcales et bourgeoises de l’époque.

Que dire pourtant de cette biographie ?

Comme cela nous est présenté dans la quatrième de couverture il s’agit bien d’une « biographie romancée » !! et là-dessus j’ai beaucoup à dire!

Depuis longtemps je suis réticente à ce genre hybride entre biographie et roman. Rendre compte de dialogues supposés, mettre en scène un personnage ayant existé, lui prêtant des phrases, des pensées sans appui documentaire m’a toujours paru suspect.

D’autre part, le genre de la biographie (non romancée) doit s’appuyer, d’après moi, sur une documentation précise dont il est bon de faire part aux lecteurs de la dite biographie : nécessité de citer les références en bas-de-page par exemple. Cet appui documentaire a le mérite d’ancrer le personnage « biographié » dans la réalité historique, mais aussi de permettre aux lecteurs de se référer à des sources qu’ils pourraient lui-même aller compulser.

Pour moi les deux genres : biographie et roman sont donc peu compatibles !

Le problème qui se pose avec cette biographie-là tient justement dans une sorte de brouillard référentiel !

Le texte comporte 3 types de texte : un récit avec dialogue, relatant la vie de Séverine ; des extraits en italique écrits à la première personne et des extraits d’articles de presse écrits (?) par Séverine !

Mais tout est mêlé sans que l’on ait aucune référence précise : les textes en italique sont-ils des extraits d’une autobiographie de Séverine ? sont-ils des textes inventés par l’auteur Muller ? on l’ignore et cette ignorance m’a beaucoup dérangée ! Concernant les extraits d’article, on ignore leur date de parution et dans quel journal ils ont paru… bref tout cela se noie dans un flou « artistique » qui n’apporte aucune réponse !

L’autre problème est le style même de cette biographie.

Certains chapitres ont pour titre une date qui permet plus ou moins de se repérer dans le temps… mais le style est plat, les personnages sont creux, sans relief, les noms se mêlent, les noms célèbres (Jules Vallès ; Sarah Bernard ou encore Zola…) donnent un certain aura à ce récit mais tout cela se perd dans une narration plate, faite de petits évènements qui se succèdent et s’enchaînent sans nous accrocher.
Les mêmes images sont parfois reprises à quelques pages d’intervalle : l’expression « des corps laqués par la sueur » par exemple est répétée deux fois à 5 pages d’intervalle pour parler la première fois des mineurs, la deuxième fois des ouvriers… belle image certes mais qui perd de son originalité ainsi répétée.

Les évènements historiques sont survolés, comme pour éviter d’assomer le lecteur, ou pour ne pas l’effrayer, mais du coup on manque d’éléments, on perd les tenants et les aboutissants et c’est d’autant plus dommageable que cette Sévèrine était très impliquée et engagée dans les luttes sociales et politiques. Même Jules Vallès apparaît comme un gros bonhomme soufflant et râlant, vitupérant et disparaît bien vite… ses romans sont à peine évoqués, comme si ne citer que les titres étaient suffisant…

En résumé, c’est une biographie qui permet de connaître une femme méconnue, sans doute extraordinaire, mais que l’auteur ne parvient pas à révéler. On reste sur sa faim, on s’ennuie même souvent. En se voulant accessible par la majorité, l’auteur a perdu de vu l’essence même d’une biographie, gommant toute référence, noyant le tout dans un roman sans envergure et sans relief. Je pense que cette première journaliste méritait mieux que ce pâle récit de sa vie !

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NOTE : 4 / 10

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