« De Sacha@Macha » Yaël HASSAN et Rachel HAUSFATER-DOUIEB


hassan sachaEn novembre dernier, j’ai découvert la plume de Yaël Hassan grâce à un roman écrit aussi à quatre mains : La Fille qui n’aimait pas les fins, ce roman pour jeunes adolescents m’avait beaucoup séduite, et j’ai eu envie de découvrir un autre roman de cette auteure, roman qui figure sur la liste du ministère de l’éducation et qui semble bien connu des documentalistes.

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« Aurélien Malte » Jean-François CHABAS


Chabas Aurélien MalteAurélien Malte, environ trente ans, est en prison depuis treize ans pour homicide. Ce roman épistolaire pour adolescent s’ouvre le 21 janvier 2001. Pendant cette dernière année d’emprisonnement, il va écrire dans un cahier des lettres à sa visiteuse de prison, Anne, des lettres qu’elle ne lit pas. Aurélien y raconte sa vie en prison, son passé, sa décadence et les circonstances du meurtre qu’il a commis. Mais surtout, ces lettres lui permettent d’entretenir une conversation quasi quotidienne avec Anne, cette femme douce et patiente à laquelle il s’attache de plus en plus.

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« Le Vase où meurt cette verveine » de Frédérique MARTIN – Rentrée Littéraire 2012


martin le vase où meurt cette verveine lecture en coursJoseph et Zika sont septuagénaires, il habitent une maison entourée d’un jardin dont ils s’occupent avec passion. Zika est malade du cœur. Après un malaise inquiétant, elle doit suivre un traitement dans un hôpital parisien. Joseph et Zika ont deux enfants : un fils et une fille. Le premier vit à Montfort, la seconde à Paris. Leur fille refuse d’accueillir ensemble ses parents. Joseph s’installe alors chez leur fils et Zika, bien sûr à Paris près de l’hôpital. Ils quittent alors leur maison qu’ils louaient depuis de très longues années. Séparés pour la première fois de leur longue vie, Joseph et Zika vont commencer une correspondance.

De plus en plus, me semble-t-il, les auteurs s’intéressent aux personnes âgées, ils leur donnent une place principale dans leur roman. Ici, dans ce roman épistolaire, nous découvrons donc un couple très aimant, très uni, que la vie semble avoir épargné, de condition modeste et menant une existence douce dans leur maison qu’ils chérissent. La séparation de ce couple est donc double : ils sont physiquement séparés, mais séparés aussi de leur maison et donc de tout ce qu’ils ont vécu. Le sentiment de perte est donc important, et ils se retrouvent désorientés, sans repère, ont perdu leur place. L’amour qui les lit fortement entraîne des lettres tendres aux accents presque adolescents.

Je sais que ce roman a plu à de nombreux lecteurs, malheureusement je n’ai pas ressenti le même engouement pour les raisons que je vais tenter d’expliquer ici.

Tout d’abord plusieurs points concernant l’intrigue m’ont gênée. Le premier est que je ne m’explique pas pourquoi le couple doit rendre les clefs de leur maison. Cette incompréhension m’a poursuivie durant toute ma lecture et je n’ai rien trouvé qui justifie cela. Si Zika doit suivre un traitement, elle est censée pouvoir rentrer chez elle à la fin du traitement. Même s’ils sont de condition modeste, s’ils sont parvenus à payer jusqu’à présent leur location, pourquoi ne le pourraient-ils plus pendant le traitement, d’autant qu’ils sont logés gratuitement chez leurs enfants pendant la durée du traitement. Ces considérations peuvent paraître déplacées, mais il m’a manqué une raison valable pour accepter ce point d’autant que le couple tient énormément à leur maison.

Le deuxième point concernant la durée du traitement : un an. Là encore, quelque chose me gêne dans la vraisemblance. Si Zika avait un cancer et doive subir des chimio régulières, je comprends la nécessité d’être à proximité de l’hôpital, mais pour un traitement (et non une opération) cardiaque, je ne comprends pas pourquoi il faille rester si longtemps sur place. D’autant que si Zika rend compte de ses visites aux médecins au début du roman, très vite il n’en est plus question et on n’ignore en quoi consiste réellement ce traitement.

Certes tout cela peut être des points de détails, mais ils ont nui à ma lecture car, du même coup, la raison de cette correspondance semblait s’asseoir sur un postulat de départ qui, pour moi, ne tenait pas la route. Je suis prête à croire tout ce que me dit un auteur, mais j’ai besoin d’éléments clairs dans le texte pour y croire.

Malheureusement (oui encore), d’autres points ont stoppé mon enthousiasme. Il m’a semblé que Joseph et Zika appartenaient davantage à la génération de mes grands-parents (nés vers 1910) qu’à la génération de ma mère du même âge pourtant que les personnages de ce roman. Le style des lettres, les expressions désuètes employées comme « il y a grand plaisir » ou « Tu devrais être heureuse, ma chérie que tes parents se choient encore », les formules comme « Ma très chère femme »; « Mon cher mari », m’ont paru d’un autre temps, bien plus ancien, voire ampoulés surtout pour tes personnes de condition dite modeste. Non que les personnes de condition modeste ne savent pas écrire, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, mais il me semble que ce type d’expressions a un côté précieux qui va mal à des personnes simples, vivement tranquillement depuis des années dans leur maison. J’ai donc senti un décalage entre la perception des personnages que je pouvais m’être faite et leur façon de s’exprimer dans leurs lettres.

En fait je crois que je n’ai pas été sensible à ce couple. Je l’ai trouvé égoïste, très dur parfois avec ses enfants, surtout Zika, et le destin de leur fille m’a au contraire plus touchée, même si le dénouement sombre trop dans le drame. Cet amour m’est apparu comme exclusif, excluant tout jusqu’aux enfants. Le couple est au centre de tout, les autres ne font que tournoyer autour sans parvenir réellement à entrer dans ce cercle magique que Joseph et Zika ont créé autour d’eux. Cet amour a travers les années, qui semblent aussi fort qu’au moment de leur rencontre peut avoir quelque chose de fabuleux, sans doute rêvons-nous tous de nous aimer comme au premier jour, mais l’amour de ces deux êtres m’est apparu ici trop refermé sur lui-même. Isabelle, leur fille, le dit à plusieurs reprises, sa mère parle sans cesse de Joseph, l’évoque sans cesse, rejetant toutes les autres personnes et surtout leurs enfants au second plan. Joseph sans doute est aussi le personnage qui a su le mieux évoluer tout au long du roman, qui a su s’ouvrir aux autres, à ses petits enfants, à sa belle fille et à son fils, celui qui a su, grâce à la distance prendre conscience des autres en dehors de son couple.

Un roman donc que j’ai eu du mal à comprendre, qui parfois m’a mise parfois mal à l’aise par des scènes un peu excessives, mais qui a su en séduire d’autres que moi.

Roman lu dans le cadre du Challenge Ô vieillesse ennemie, du Challenge 1% Littéraire Rentrée 2012, Challenge Petit Bac 2013 liste principale Cat. OBJET (vase) et Challenge Amoureux saison 3 cat. Amours contemporaines.

challenge o vieillesse ennemiechallenge 1% littéraire 2012challenge Petit Bac 2013Challenge Amoureux saison 3

« Flavie » de George SAND


Voilà bien longtemps que je néglige celle qui pourtant est la figure tutélaire de ce blog, celle qui m’a accompagnée tant d’années et dont il me reste encore à découvrir bien des romans. Il était grand temps que je revienne à mes premières amours littéraires qui me constituent et ont fait la lectrice que je suis.

Ce « petit roman », comme Sand elle-même se plait à le nommer, fut acheté en avril à Nohant même, il est donc porteur d’une aura encore plus forte.

Roman épistolaire se déroulant à Florence, Milan pour finir à Paris, il rend compte d’un échange de lettres entre Flavie de Ker… et son amie Robertine. La première est une jeune fille de 21 ans qui se dit déjà « vieille fille », la seconde est mariée et mère de famille. Flavie est coquette, spirituelle et superficielle, se plaisant à faire chavirer le cœur des hommes sans parvenir elle-même à être touchée par l’amour. A Rome, où elle a séjourné quelques temps avec son père féru de botanique, elle a fait la connaissance de Malcolm Rosemonde, lui-même passionné de sciences naturelles, et envisage de l’épouser plus par amitié pour sa mère que pour lui-même. Mais avant de se décider franchement, elle a besoin de se faire une idée plus précise de l’homme. Aussi le couple père/fille et le couple mère/fils s’installent-ils à Florence quelques semaines afin de mieux se connaître. C’est à Florence qu’apparaît un homme de condition inférieure, quelque peu mystérieux, savant pourtant reconnu, un certain Emile Villemer.

Comme souvent dans les romans écrits après 1850 (celui-ci date de 1859), George Sand met en scène une de ces jeunes filles coquette, à « la tête légère », orgueilleuse de son rang et hautaine pour les personnes qu’elle n’estime pas digne d’elle, mais ayant des aspirations de femme libre qui lui viennent sans conteste d’une éducation paternelle trop permissive. Aussi a-t-elle des idées sur le mariage très arrêtées (du moins au début) qui nous la rendent assez sympathique malgré tout : […] je veux qu’il respecte les miens [ses goûts], qu’il ne gêne aucune de mes habitudes ou de mes fantaisies, qu’il se fie aveuglément à ma parole qui sera chose sacrée pour moi, et qu’il me laisse mener la vie qui convient à mon caractère et à mes idées. (p.17). Ces idées bien arrêtées trahissent néanmoins une absence de sentiments, et cet homme qu’elle décrit comme un futur mari possible n’est en fait rien d’autre que son père, et elle semble décrire ici davantage le rapport qu’elle entretient avec son père, qu’un quelconque rapport marital et donc amoureux. Son amie Robertine n’est pas dupe d’ailleurs quand elle lui répond : Espérons que ce beau Malcolm mettra un peu d’amour dans ce cœur endormi (p.29). Ce roman raconte finalement comment l’amour vient aux filles  pour paraphraser en le modifiant le conte de La Fontaine.

Car tout est là, et une fois de plus chez Sand, l’amour surgit là où nous ne l’attendions pas, bousculant les convenances, les pensées arrêtées, éclairant d’un jour nouveau l’existence et révélant la vérité sur soi.

Flavie va donc petit à petit, comme le papillon du même nom dont il est également question dans le roman, sortir de sa chrysalide pour devenir papillon, mais Sand use ici de la métaphore non d’un point de vue physique (comme cela est souvent le cas), puisque la jeune fille est reconnue dès le début d’une grande beauté, mais d’un point de vue moral. Elle va enfin sortir d’elle-même pour découvrir le monde autour d’elle : Vois-tu, j’avais vécu trop factice, antinaturelle, dans le convenu du monde, dans le scepticisme de l’esprit et dans le vide du cœur. (p.92).

Femme sans passion, si ce n’est passion d’elle-même, l’amour la heurte de plein de fouet et lui fait ravaler ses préjugés. J’ai beaucoup pensé à Elizabeth Bennet en lisant ce roman, non pour le rapport au superficiel, mais pour cette ironie dans les lettres et ces préjugés sur les êtres. Bien sûr les rangs sont opposés entre Lizzie et Darcy et Flavie et Emile, mais les préjugés de classe sont présents et le traitement à quelques similitudes, je ne saurais dire cependant si Sand lut Jane Austen, il me plaît à le penser.

Quoiqu’il en soit, George Sand signe ici un roman à la fois romanesque et ironique, dans lequel elle prend une certaine distance avec le romantisme (il gagnait, avec une agilité superbe, le sommet d’un grand vilain rocher que les petites Anglaises, ses cousines, avaient déclaré « beautiful » : elles sont romantiques. p.24). Sand est en effet, en 1859, dans une phase plus positiviste que romantique comme en témoigne l’empreinte scientifique de ce roman, mais l’amour n’est pas que l’apanage des romantiques. Toutefois bien des éléments marquent encore l’appartenance de Sand au romantisme : l’Italie, le titre prénom de l’héroïne ou encore un certain socialisme perceptible.

Livre publié aux Éditions Le Jardin d’Essai, disponible à la librairie du domaine de Nohant et sur commande dans toutes les bonnes librairies.

Roman lu dans le cadre du Challenge Romantique, du Challenge George Sand, du challenge Un classique par mois et du Challenge Il Viaggio.

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