Samedi Sandien #30 : "Leone Leoni" (1834)


Leone Leoni est un roman écrit pendant le séjour de George Sand à Venise avec Musset.

Sand précise dans la préface du roman les circonstances de l’écriture de ce roman, qui semble intrinsèquement liées à sa situation personnelle :

Étant à Venise par un temps très-froid et dans une circonstance fort triste, le carnaval mugissant et sifflant au dehors avec la bise glacée, j’éprouvais le contraste douloureux qui résulte de notre souffrance intérieure, isolée au milieu de l’enivrement d’une population inconnue.

L’intrigue se situe précisément à Venise, et plus généralement en Italie (Milan). A l’ouverture du roman, Juliette, jeune fille d’une famille de la bourgeoisie commerçante, est en compagnie d’Aleo Bustamente. Désespérée par le départ de son amant, Leone Leoni, elle accepte de confier son histoire à Aleo.

Leone Leoni est l’histoire d’une passion folle entre Juliette et Leone, jeune homme noceur, joueur et séducteur, qui va emporter Juliette dans sa chute. Toujours dans cette préface écrite en 1853, George Sand précise :

Le dernier ouvrage que j’avais lu en quittant Paris était Manon Lescaut. J’en avais causé ou plutôt écouté causer et je m’étais dit que faire de Manon Lescaut un homme, et de Des Grieux une femme serait une combinaison à tenter et qui offrirait des situations assez tragiques, le vice étant souvent fort près du crime pour l’homme, et l’enthousiasme voisin du désespoir pour la femme.

Leone Leoni serait donc une réécriture du célèbre roman de l’Abbé Prévost. Mireille Bossis (sandienne reconnue) a largement étudié cette comparaison entre les deux romans lors d’une communication au Colloque International de Cerisy qui s’était tenu en 2004 ("Raison du coeur, raison du récit" disponible sur internet). Ce qui m’intéresse surtout ici, dans ce roman, est la réécriture au XIXème, en plein romantisme, d’une histoire libertine et jugée inconvenante au XVIIIème.

La Juliette de Sand, est une jeune fille gâtée par sa mère, guère intéressante dans le début du roman, inconsistante, coquette. Sa rencontre avec Leone Leoni va la transformer en amoureuse passionnée et romanesque. Le jeune séducteur va commencer par l’éduquer littérairement, en lui faisant lire Delphine de Mme de Staël. A la lecture des romans romantiques de la première génération, l’âme amoureuse et sensible de la jeune fille s’enflamme. Contrairement à l’Abbé Prévost, et comme le souligne Mireille Bossis, Sand prend le parti de Juliette, et la présente plus comme une victime, mais surtout ne condamne pas la passion, comme le fait Prévost par l’intermédiaire de Tiberge. Juliette, prise dans les filets de Leone Leoni, trahit son père malgré elle, et refuse de consentir aux exactions de son amants (vol, meurtre etc.).

Les éléments romantiques sont nombreux dans ce roman : la passion et ses obstacles, les duels, les rebondissements romanesques, l’Italie, mais aussi certains thèmes comme le carnaval, les déguisements, le mal-être que l’on tente d’oublier dans le jeu et l’étourdissement de l’amour facile. Sans vouloir faire ma Lagarde et Michard, il est bien évident que Leone Leoni a beaucoup à voir avec Musset (le jeu, la noce auxquels il s’adonna largement pendant leur séjour vénitien, et si l’on repense aux premières lignes de la Préface citées au début de ce billet). Ce rapprochement entre fiction et réalité a donc aussi la vocation de faire du couple Sand-Musset, Le couple romantique. Il semble que Sand, en transposant sa propre histoire amoureuse dans une œuvre romanesque romantique, la sublime :

Voulant échapper au spleen par le travail de l’imagination, je commençai au hasard un roman qui débutait par la description même du lieu, de la fête extérieure et du solennel appartement où je me trouvais.

Cette relation (Sand-Musset) entre deux enfants du siècle si emblématique du romantisme fut, je le crois de plus en plus, un amour sincère, certes, mais aussi, sans doute, exalté par leur statut d’écrivains romantiques. Ils étaient homme et femme amoureux, mais aussi,et peut-être surtout, leur amour aurait été autre s’ils n’avaient pas été les écrivains qu’ils furent.

Roman chroniqué dans le cadre de Challenge George Sand, du Challenge Romantique et  de Samedi Sandien : “En 2012 : George lit Sand.

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